A peine créé, le nouveau parti de Sarkozy se divise sur l'islam

04/06/15 à 17:36 - Mise à jour à 17:36

Source: Belga

Rénové pour tourner la page des divisions, le parti de droite Les Républicains (appelé jusque samedi dernier UMP) de Nicolas Sarkozy a replongé jeudi dans les querelles internes avec un premier thème de travail consacré à la question sensible de l'islam en France.

A peine créé, le nouveau parti de Sarkozy se divise sur l'islam

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Annoncée en février comme une "convention sur l'islam" par M. Sarkozy, peu après les attentats djihadistes de Paris, cette rencontre consacrée à la deuxième religion de France - cinq millions de personnes - a finalement pris la forme d'une simple "réunion de travail" à "huis clos".

Cette nouvelle dénomination n'a pas convaincu les sceptiques ni apaisé les craintes des autorités musulmanes qui redoutent une "stigmatisation", dans un pays où les actes antimusulmans se sont multipliés depuis janvier. "Je ne souhaite pas que mon parti soit brutalisé, que les Français soient opposés les uns aux autres", a lancé jeudi Rachida Dati, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, originaire d'Afrique du nord.

"Je ne referai pas une campagne sur la burqa", a-t-elle ajouté en allusion au débat sur l'interdiction du voile intégral lancé par le candidat président Sarkozy en amont de l'élection présidentielle de 2012. "Arrêtons de nous focaliser sur le foulard!", a aussi réclamé Alain Juppé, principal rival de Nicolas Sarkozy à une future primaire des Républicains pour la présidentielle de 2017.

"Ne tombons pas dans l'extrémisme et dans la stigmatisation systématique". Autre candidate probable à la primaire, la vice-présidente des Républicains, Nathalie Kosciusko-Morizet, s'est étonnée que la nouvelle formation d'opposition consacre ses premiers débats à l'islam, qui "n'est pas le seul sujet". "Mauvaise idée", a-t-elle jugé.

Face à ces dirigeants au discours modéré, représentant une ligne "libérale classique" au sein de la droite, "Nicolas Sarkozy mise sur une tendance populiste, sur l'angoisse de l'encerclement", estime le sociologue Raphaël Liogier, auteur d'un ouvrage baptisé "Ce populisme qui vient". "Tous les thèmes généraux 'l'immigration, l'étranger, etc...' sont synthétisés symboliquement dans le mot 'islam'".

L'utiliser "signifie: on va vous défendre contre l'agression identitaire". Pour M. Liogier, "Nicolas Sarkozy chasse sur les terres du Front national", le parti d'extrême droite de Marine Le Pen, mais "ce n'est pas payant parce qu'on préfère toujours l'original à la copie". Cette dernière a ironisé jeudi sur cette réunion "à huis clos sur 'l'islam en France'" de l'ex-parti UMP, "sans doute honteuse du bilan de Nicolas Sarkozy en la matière".

Le gouvernement socialiste porte un regard "extrêmement inquiet" sur ce débat, a réagi son porte-parole, Stéphane Le Foll. "Une première convention sur l'islam, à huis clos... Je voudrais savoir où ce parti qui se prétend républicain veut aller". "Coalition des grandes consciences et des autruches", a contre-attaqué Henri Guaino, ancienne plume de Nicolas Sarkozy, l'un des organisateurs de cette rencontre. "Les sujets qui divisent, il ne faut pas en parler ?", a-t-il ironisé.

"Vous parlez de l'immigration, vous êtes xénophobe (...) Vous parlez de l'islam, vous êtes islamophobe". Invité à participer à la réflexion, le Conseil français du culte musulman (CFCM), instance créée en 2003 par Nicolas Sarkozy - alors ministre de l'Intérieur -, a tout d'abord sèchement décliné l'invitation.

"On ne peut pas participer à une telle initiative qui stigmatise les musulmans", a expliqué mercredi Abdallah Zekri, membre du bureau exécutif du CFCM. Jeudi, quatre représentants du CFCM étaient toutefois présents, suscitant la "colère" de M. Zekri. "Les invités ont subi des pressions de la part de Nicolas Sarkozy qui a dit à certains: 'vous pensez que je ne serai pas là en 2017 ?'", a-t-il affirmé.

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