A Calais, le rêve anglais de Guli et Mamadou, migrants du Darfour

02/08/15 à 13:55 - Mise à jour à 13:55

Il aimerait rallier Liverpool ou Manchester, "moins surpeuplées" que Londres, y devenir électricien, puis faire venir sa famille. Guli, migrant de Calais venu de la région soudanaise du Darfour, "rêve" d'Angleterre, sans vraiment savoir ce qui l'attend de l'autre côté de la Manche.

A Calais, le rêve anglais de Guli et Mamadou, migrants du Darfour

Illustration. © Reuters

Allongé dans l'herbe au soleil couchant, un sandwich à la main, il observe au loin le va-et-vient des trains dans le tunnel sous la Manche, où il va tenter de se faufiler dans la nuit, en imaginant sa vie future.

Dans cette région du nord de la France, point de départ des trains pour l'Angleterre, des centaines de clandestins prennent chaque nuit d'assaut les clôtures dans l'espoir de se faufiler sur le site, malgré les risques.

"C'est mon rêve d'arriver là-bas", répète ce mince jeune homme de 29 ans, qui joue avec la pointe de sa barbichette en se mordillant la lèvre.

Guli a entendu dire que "l'économie britannique" était "l'une des meilleures d'Europe" et qu'il y était plus facile qu'ailleurs de travailler.

"D'après ce qu'on m'a raconté, on peut aussi trouver une maison", ajoute-t-il, lui qui vit depuis trois semaines sous une tente de la "new jungle", le bidonville de Calais, au milieu des détritus.

Et puis il y a "la langue". Comme la plupart de ces réfugiés, souvent venus du Soudan, de Somalie ou d'Erythrée, il parle un anglais correct, étudié pendant sa courte scolarité, qui lui permettra, espère-t-il, "d'évoluer" facilement en Angleterre. "Je ne dis pas que la France, ce n'est pas bien. Mais la langue, c'est le plus important."

Pour le reste, sa connaissance du Royaume-Uni, où il n'a ni famille, ni amis, semble parcellaire. Il ignore tout de Londres, sinon que "c'est l'une des plus belles villes d'Europe" et qu'il y a beaucoup de monde.

"Je pense que ça ressemble à la France. Mais moi, je ne veux pas vivre à Londres. Plutôt Liverpool ou Manchester."

Son ami Mamadou, 25 ans, qui vient de s'asseoir à ses côtés, le coupe: "Ou l'Écosse !" Lui était fermier au Darfour et espère devenir mécanicien au Royaume-Uni.

Chelsea, les Beatles et la reine

Tout deux se connaissent depuis l'enfance. En avril, ils ont quitté ensemble El Fashir, la capitale du Darfour, région sécessionniste du Soudan en guerre depuis 2003, où Guli a été emprisonné deux mois, raconte-t-il, à cause de ses "opinions politiques en faveur de la démocratie".

Il a laissé là-bas une femme et deux enfants, à qui il passe parfois un coup de fil --presque tous les migrants possèdent un téléphone.

Que connaissent les deux hommes des clichés sur l'Angleterre ? Les Beatles ? Sourire gêné de Guli: "Jamais entendu parler..." La reine ? "Queen Elizabeth. Je sais à quoi elle ressemble. Il y a sa photo dans les livres."

Le football ? Mamadou, en polaire beige et fausses chaussures Lacoste délacées, hésite, puis cite Chelsea et Everton, deux clubs où a évolué l'attaquant Romelu Lukaku, un footballeur belge d'origine congolaise.

Ils évoquent aussi le nom du premier ministre britannique, David Cameron, mais sans connaître sa position sur les migrants, ni l'énorme polémique autour d'eux à Londres depuis une semaine.

"Je ne pense pas que les Anglais seront très accueillants", imagine cependant Guli. "Ici, en France, les gens ne sont déjà pas gentils avec nous. Mais, on ne pourra se faire une idée que quand on y sera."

Ils réclament des infos sur la vie au Royaume-Uni et froncent les sourcils, songeurs, à l'évocation de températures encore plus basses là-bas qu'à Calais.

Mamadou change de sujet: "Un jour, on ira à Monaco." Pourquoi Monaco ? "Parce qu'on nous a dit que c'était une ville spécialement pour les gens riches."

Avec l'Afp

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