Vietnam la bataille perdue du têt

19/04/18 à 21:00 - Mise à jour à 12/04/18 à 16:28

Le 30 janvier 1968, durant la trêve du Nouvel An vietnamien, l'armée du Nord-Vietnam et le Vietcong déclenchent simultanément une vaste offensive contre toutes les grandes villes du Sud. Si la victoire ne fut guère au rendez-vous sur le plan militaire, pour le camp communiste, elle fut indéniable sur le front politique. L'envoyé spécial de L'Express raconte l'affrontement qui conduisit les Etats-Unis à se retirer d'une guerre devenue insoutenable pour le peuple américain.

" Il y a des coups de feu à la grille. Je pense qu'il vaut mieux que j'y aille. " Celui qui parle : un adjoint du général William Westmoreland, commandant en chef américain au Vietnam. Il répond à l'appel téléphonique du correspondant de L'Express à Saigon. Le lieu : le grand quartier général américain à la base de Tan Son Nhut, à 7 kilomètres du centre de Saigon. Il est 11 heures 50 du matin, le 31 janvier 1968. Westmoreland attendait ses ennemis à Khe Sanh, près du 17e parallèle, à 600 kilomètres au nord de la capitale ; ils sont à sa porte. Même son bureau n'est pas épargné par les projectiles. Quelques heures plus tôt, en pleine nuit, un commando du Vietcong s'est emparé de l'ambassade des Etats-Unis à Saigon. Les GI viennent à peine de la reconquérir, en tuant un à un les petits hommes porteurs de brassards rouges. Simultanément, en ville, le canon des chars et les bombes des avions ponctuent le crépitement des mitrailleuses. Des dizaines d'autres commandos-suicide, obéissant au même mot d'ordre fulgurant, ont attaqué les points névralgiques et occupé des quartiers entiers. La veille, de Da Nang à Nha Trang sur une bande côtière de 500 kilomètres du nord au sud, le Front National de Libération a investi une dizaine de villes. Cette semaine devait être celle de la trêve du Têt, le Nouvel An vietnamien. C'est l'embrasement, la guerre généralisée. Les Américains sont partout sur la défensive. Le général Fred Weland, commandant à Saigon, déclare que pour assurer la sécurité en ville, il lui faudrait les 500 000 GI déployés sur l'ensemble du Vietnam. Le gouvernement de Hanoi et le FNL, en envoyant leurs soldats à la mort, leur ont promis la victoire pour le mois de février, selon les documents interceptés par les services de renseignements américains. Pour ces services, qui n'ont cessé de décrire, au cours des mois, l'usure de l'ennemi, il s'agit d'un " sursaut de désespoir " ou d'une " diversion ". Mais pour des dizaines de millions d'Américains, à 14 000 kilomètres de distance, c'est un réveil brutal. On parlait d'impasse, d'enlisement. L'incendie de Saigon illumine une guerre...

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