L'Autriche prête à "protéger" ses frontières

03/07/18 à 14:48 - Mise à jour à 14:50

Source: Afp

L'accord d'Angela Merkel pour sauver son gouvernement, qui prévoit de refouler de nombreux migrants arrivant en Allemagne, a provoqué mardi critiques et interrogations en Autriche et en Italie, où il pourrait avoir un effet domino.

L'Autriche prête à "protéger" ses frontières

Sebastian Kurz © Reuters

Face à la pression de l'aile la plus à droite de sa coalition gouvernementale qui menaçait de claquer la porte, la chancelière allemande a de facto accepté lundi soir de clore définitivement sa politique migratoire généreuse de 2015-2016, lorsque son pays avait accueilli 1,2 million de demandeurs d'asile.

Le compromis trouvé après des semaines de conflit, menaçant l'avenir politique d'Angela Merkel, prévoit au bout du compte de renvoyer les demandeurs d'asile déjà enregistrés ailleurs dans l'UE vers le pays d'entrée et à défaut de les refouler vers l'Autriche voisine, gouvernée par une coalition réunissant l'extrême droite et les conservateurs.

Vienne a immédiatement accusé mardi Berlin de l'avoir mis devant le fait accompli. "A aucun moment nous n'avons été consultés", s'est agacée au Luxembourg la chef de la diplomatie autrichienne, Karin Kneissl, selon des propos rapportés par la presse autrichienne.

Et le gouvernement autrichien s'est dit dans un communiqué "prêt à prendre des mesures pour protéger" ses "frontières sud en particulier", avec l'Italie et la Slovénie, pour faire la même chose que l'Allemagne.

- 'Effet domino' -

L'accord conclu en Allemagne entre le parti de centre-droit (CDU) de la chancelière et le parti bavarois très conservateur CSU, prévoit de placer les migrants arrivant en Allemagne, mais déjà enregistrés dans un autre pays de l'UE, dans des "centres de transit" à la frontière avec l'Autriche.

Il ne seront plus, comme c'est le cas actuellement, répartis dans des foyers dans toute l'Allemagne.

Cela concerne en moyenne un quart des demandeurs d'asile, appelés à être expulsés dans le cadre d'accords bilatéraux. Au cours des cinq premiers mois de 2018 leur nombre s'est élevé à environ 18.000, sur un nombre total de demandeurs d'asile arrivés dans le pays de près de 69.000, selon les statistiques officielles.

Afin de tenter d'arrondir les angles avec Vienne, le ministre de l'Intérieur allemand, le très conservateur Horst Seehofer, à l'origine de la fronde contre Mme Merkel, a annoncé mardi son intention de rendre visite "dès que possible" au chancelier Sebastian Kurz.

L'Italie, principal pays d'entrée des migrants en Europe via la Méditerranée, ne veut pas être en reste. "Si l'Autriche veut faire des contrôles, elle en a tout le droit. Nous ferons la même chose", a prévenu mardi le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini.

Le risque d'un effet domino en Europe surgit au pire moment pour l'Autriche, qui vient de prend la présidence tournante de l'Union européenne pour six mois.

Les concessions octroyées par Angela Merkel sous la pression de sa droite dure risquent en effet de remettre en cause les grands principes du tout récent sommet de l'UE sur les migrants: promesse de privilégier des solutions européennes face aux tentations nationales et aide à l'Italie.

- 'Camps d'internements' -

En Allemagne même, Angela Merkel n'est pas encore sortie d'affaire pour sa crise gouvernementale.

Si elle est parvenue à amadouer M. Seehofer, elle va devoir encore convaincre son autre partenaire gouvernemental, cette fois de centre-gauche, d'avaliser l'accord. Et si le parti social-démocrate (SPD) refuse le compromis la crise gouvernementale reprendra de plus belle.

Le SPD est réservé et critique notamment l'appellation des "centres de transit", concept que le parti avait rejeté en 2015 au plus fort de la vague migratoire et qui évoque trop pour lui l'univers carcéral.

Les écologistes et la gauche radicale ont eux qualifié ces "centres de transit" de "camps d'internement", en référence au passé nazi du pays.

Les trois partenaires de la coalition -- CDU d'Angela Merkel, CSU de M. Seehofer et SPD -- doivent se retrouver mardi à partir de 16H00 GMT.

Angela Merkel reste donc sous pression. Et politiquement, même si elle a dans l'immédiat évité l'éclatement de son gouvernement, elle ressort politiquement "affaiblie" par les attaques en règle dont elle a fait l'objet de la part de Horst Seehofer, et "l'Europe avec elle", a jugé mardi Judy Dempsey, de l'institut Carnegie Europe.

Allemagne: un accord sur les migrants et beaucoup de questions

- Centres de transit

L'objectif de l'accord est de réduire le nombre de demandeurs d'asile dans le pays et de régler ainsi un conflit interne au gouvernement de coalition de la chancelière. Pour cela, il s'agit d'empêcher les migrants dont "la demande d'asile dépend d'un autre pays" d'entrer en Allemagne. La mesure phare est la création de "centres de transit", solution déjà envisagée par les conservateurs allemands lors de la crise migratoire en 2015. Le concept rappelle les zones extra-territoriales existantes dans les aéroports, d'où les migrants non autorisés peuvent être directement renvoyés.

Les refoulements seront réalisés sur la base d'accords conclus avec les pays d'entrée des migrants, la solution européenne si chère à la chancelière. Au cas où des pays refusent de les reprendre, comme l'a déjà signifié l'Italie, les migrants seront alors refoulés vers l'Autriche "sur la base d'un accord avec la République autrichienne".

'Clarification'

Le voisin autrichien se retrouve donc en première ligne. Le pays dirigé par une coalition entre conservateurs et extrême-droite a réclamé mardi une "clarification" de Berlin. La réaction de Rome est aussi particulièrement attendue. Les cas concernés sont relativement peu nombreux, selon le quotidien FAZ, avec quelque 18.350 migrants déjà enregistrés dans la base de données Eurodac entrés entre janvier et la mi-juin en Allemagne. La grande majorité des migrants arrivent sans avoir été enregistrés au préalable: l'Allemagne a fait état d'environ 68.400 premières demandes d'asile entre janvier et mai.

SPD sous pression

L'application de l'accord, conclu entre le parti démocrate-chrétien de la chancelière (CDU) et l'aile la plus à droite de sa coalition (CSU) dépend aussi du dernier partenaire gouvernemental, le parti social-démocrate (SPD). Or ce dernier avait fermement rejeté ces "centres de transit" en 2015. "Nous n'avons pas besoin d'énormes prisons à la frontière", avait dénoncé à l'époque Heiko Maas, actuellement ministre des Affaires étrangères.

Mais il est probable que le SPD accepte au final. A défaut, la coalition risquerait d'éclater et le parti, actuellement en pleine crise, craint plus que tout de nouvelles élections où il pourrait être dépassé par l'extrême-droite. "Pauvre SPD", a réagi le chef des Ecologistes, Robert Habeck.

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