Greenpeace : "J'étais cachée entre les deux réacteurs nucléaires"

08/12/11 à 09:49 - Mise à jour à 09:49

Source: Le Vif

Alice fait partie des neuf militants qui se sont introduits lundi dans la centrale de Nogent-sur-Seine. La jeune femme, interpellée puis libérée, raconte l'opération choc de Greenpeace.

Greenpeace : "J'étais cachée entre les deux réacteurs nucléaires"

© Reuters

Alice n'a rien d'une guerillera. La jeune femme de 31 ans, infirmière à Paris, n'est "pas plus sportive que la moyenne". Pourtant, lundi, à l'aube, elle s'est introduite avec huit autres militants de Greenpeace dans la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, dans l'Aube.

"A peine 15 minutes pour passer les grillages"

"Les gens ont l'impression que nous sommes des cadors physiques. Pas du tout", confie-t-elle en évoquant les profils de certains de ses compagnons d'intrusion: une étudiante de 22 ans, un retraité d'une soixantaine d'année, avec qui elle est resté cachée à l'intérieur de la centrale, une ergothérapeute, une autre retraitée...

"Et c'est bien là ce qui est effrayant", soupire-t-elle en évoquant la "facilité" avec laquelle ils sont entrés, sans grande préparation. "A peine quinze minutes pour passer les grillages", et, aux environs de 6h du matin, le groupe d'activistes était à l'intérieur de la centrale, "sans voir de gardes". S'ensuivent presque cinq heures à jouer au chat et à la souris avec les gendarmes, puisqu'Alice n'a été interpellée qu'à 10h50.

"J'étais cachée entre les deux réacteurs, avec un autre militant. Nous étions allongés par terre, à même le sol, dissimulés par des buissons. On a entendus les gendarmes tourner un moment autour de nous. Et c'est le GIGN qui a fini par nous trouver. Mais tout de même, très longtemps après l'intrusion."

L'explication selon laquelle la sécurité les aurait laissés faire, elle n'y croit pas. "Pendant deux heures avant qu'ils ne nous trouvent, j'entendais les gendarmes dire 'Mais où est-ce qu'ils sont ?' S'il était si simple de nous trouver rapidement, pourquoi ne l'ont-ils pas fait?"

Conséquences judiciaires

Une fois trouvée, elle a été emmenée à la gendarmerie de Nogent-sur-Seine, pour une garde à vue plus longue que prévue. "On nous avait d'abord annoncé une sortie le soir même. Mais au dernier moment, le programme a changé. Nous ne sommes sortis que le lendemain matin, pour passer devant le procureur." Libre mais sous contrôle judiciaire, elle n'a "plus le droit de s'approcher des centrales", sourit-elle. Et ce jusqu'au procès, prévu en janvier.
A-t-elle eu peur ? "Oui, bien sûr. Ce n'est pas une partie de plaisir de passer au-dessus de barrières électriques et de passer à côtés de réacteurs nucléaires." Quant aux conséquences judiciaires, de l'amende à la prison ferme, elles les connaissaient avant de mener l'action. "Evidemment, si je peux éviter d'aller en prison, c'est mieux. Mais mon casier judicaire est moins important qu'une catastrophe nucléaire, non?"

Les motivations d'Alice sont claires. "Nous avons ouvert un débat, montré de graves dysfonctionnements dans la sécurité des centrales nucléaires. Et si personne ne fait rien, comment savoir autrement que par ce type d'actions ? Si un jour j'ai des enfants, je ne veux pas qu'ils connaissent une catastrophe nucléaire." Sans connaître les détails, sa famille sait qu'elle milite depuis quatre ans à Greenpeace. Reste à leur annoncer que c'était elle, lundi, qui est entrée au coeur de la centrale.

Lucie Soullier

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