Climat :"L'Arabie saoudite a tout à perdre et pas grand-chose à gagner"

09/12/15 à 12:49 - Mise à jour à 12:48

Source: Afp

L'Arabie saoudite, deuxième producteur de pétrole mondial, a beaucoup à perdre dans la transition énergétique que doit impulser le futur accord de Paris sur le climat, et se retrouve accusée de vouloir limiter sa portée pour retarder le crépuscule de l'or noir.

Climat :"L'Arabie saoudite a tout à perdre et pas grand-chose à gagner"

© Reuters

"Pendant longtemps, l'Arabie saoudite n'a pas été en première ligne dans ces négociations, mais là, ils bloquent à peu près sur tous les sujets", affirme à l'AFP Pascal Canfin, expert auprès du World resources institute. "Ils essaient d'affaiblir l'accord pour qu'il affecte le moins possible leur économie", renchérit Harjeet Singh, de l'ONG Action Aid, car "ils ont tout à perdre et pas grand-chose à gagner". Le royaume saoudien tire l'essentiel de son produit intérieur brut des exportations de pétrole et est assis sur les plus grandes réserves connues de pétrole. Les scientifiques estiment que la plupart des réserves d'énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) devront être laissées dans les sous-sols pour limiter la hausse de la température mondiale en dessous 2°C, l'objectif poursuivi par les 195 pays participant aux négociations sur le climat au Bourget. Cela implique que les pays opèrent une révolution énergétique, en délaissant rapidement le charbon et le pétrole pour produire de l'électricité: un virage possible grâce aux énergies renouvelables, en plein essor et aux coûts de plus en plus compétitifs, ou au nucléaire.

Mais Ryad ne l'entend pas ainsi. A la tribune de la COP21 lundi, le ministre saoudien du pétrole Ali Al-Naimi s'est dit favorable au solaire et à l'éolien, au gaz, et à la capture/stockage du carbone. Mais il a aussi appelé de ses voeux à "des politiques de réduction d'émissions de gaz à effet de serre qui ne discriminent aucune source d'énergie". "Cela signifie: +il ne faut pas viser les fossiles+, c'est quand même impensable de dire ça à la tribune alors que la communauté internationale tente justement de trouver les moyens d'en sortir", s'exclame Célia Gautier du Réseau action climat, qui regroupe les ONG françaises. "Ils savent qu'il y aura une fin du pétrole, ils commencent à diversifier leur économie, mais ce qu'ils veulent c'est ralentir le processus, c'est empêcher l'accord de Paris de l'accélérer", accuse-t-elle.

Un risque de blocage?

Le Venezuela, qui tire la moitié de son PIB de l'or noir, "est dans la même situation (...) ils refusent le mot +décarbonation+ de l'économie par exemple", relève Célia Gautier, pour qui "les pétroliers font tout ce qu'ils peuvent pour avoir un accord le moins ambitieux possible". "Sur les sujets clé comme les objectifs de long terme et la date de révision des engagements des pays, l'Arabie saoudite défend les options les plus faibles", regrette Célia Gautier. Sur l'aide aux pays en développement, Ryad défend, comme les pays émergents, un statu quo. "Sur la base du PIB/habitant, ils seraient en position de participer à l'aide aux pays du Sud, mais ils rejettent cette option, et demandent même à bénéficier de financements et de technologies pour se diversifier", résume Pascal Canfin. Y-a-t-il finalement un risque réel de blocage par Ryad dans les prochaines 48 heures? Lors des conférences climat de l'ONU (COP), aucun pays n'a de droit de veto, mais le consensus le plus large est recherché. "Si l'Arabie saoudite bloque, que feront les autres pays pétroliers et les pays dans leur zone d'influence géographique comme l'Egypte?", interroge Pascal Canfin.

Selon Safa Al Jayoussi, porte-parole du réseau d'ONG arabes IndyAct, "jusqu'ici Ryad s'est beaucoup exprimé au nom du groupe Arabe (22 pays), mais cela ne reflète pas la vision de tous ses membres, dont certains sont franchement engagés dans le développement des énergies renouvelables comme le Maroc ou la Jordanie".

Et si malgré tout, dans la nuit de jeudi à vendredi lorsqu'un accord est espéré, il y avait blocage? "Cela pourrait se terminer par des coups de fils entre Paris et Ryad", avance Pascal Canfin, ex-ministre français du Développement.

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