Charlotte Flechet
Charlotte Flechet
Jeune professionnelle dans le domaine des politiques environnementales.
Opinion

05/12/15 à 15:29 - Mise à jour à 07/12/15 à 08:32

Accord sur le burden-sharing : Bien, mais il n'y a pas de quoi être fiers pour autant

Vendredi soir, les quatre ministres en charge de l'Environnement et du climat ont enfin abouti à un accord sur la répartition interne de leurs obligations climatiques européennes d'ici à 2020. Portant sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la contribution belge au financement climatique, la production d'énergies renouvelables et les revenus des enchères sur les quotas de CO2, la décision survient près de 6 ans après que le paquet " Energie et Climat " de l'Union européenne a été voté.

Accord sur le burden-sharing : Bien, mais il n'y a pas de quoi être fiers pour autant

La Belgique a reçu le premier "Fossile du Jour" à la COP21. © BELGA

Selon Véronique Rigot, Chargée de recherche & plaidoyer 'Environnement et Développement' au CNCD 11.11.11 "On a assisté cette semaine à une véritable Comedia dell'arte, et je dois dire qu'on est contents qu'elle se termine ! La Belgique va pouvoir se débarrasser de cette vieille casserole qu'elle traînait depuis 6 ans et que le politique a négocié pendant 2 ans (en 2013 sous l'impulsion wallonne et en 2015 sous l'impulsion bruxelloise)."

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Si l'accord est évidemment bienvenu, il n'en faut pas moins oublier que la Belgique est largement à la traine par rapport à ses voisins européens sur toute une série de questions liées à la lutte contre le changement climatique.

Si l'accord est évidemment bienvenu, il n'en faut pas moins oublier que la Belgique est largement à la traine par rapport à ses voisins européens sur toute une série de questions liées à la lutte contre le changement climatique. Alors que Charles Michel déclare que "les Belges, comme les Européens, sont parmi les plus ambitieux dans le monde " et que le ministre-président flamand Geert Bourgeois qualifie l'accord d' "ambitieux" et "historique", un retour à la réalité s'impose.

Production d'énergies renouvelables

Selon les données d'Eurostat, la part d'énergie provenant de sources renouvelables en Belgique tournait aux alentours de 7,9% en 2013. En comparaison, il s'agissait de 12,4% en Allemagne, 14,2% en France, 27,2% au Danemark et 4,5% au Pays-Bas.

Alors que la Belgique affiche fièrement un objectif de 13% de production renouvelable pour 2020, une étude commanditée par Greenpeace démontre que 33% de l'électricité produite dans le pays pourrait être renouvelable en 2020, 54% en 2030 et 95% d'ici à 2050.

En avril dernier, Paul Furlan annonçait que les objectifs wallons en matière d'énergies renouvelables d'ici à 2020 seraient ramenés de 20% à 13%, repoussant à 2030 l'objectif de 20% d'énergie renouvelable. Cette décision politique n'est pas sans conséquence car elle envoie le signal aux investisseurs que les énergies renouvelables ne sont actuellement pas une priorité. La prolongation de Doel 1 et 2 renforce encore ce signal et risque de ralentir les investissements dans le renouvelable.

De plus, comment s'engager dans la voie de la transition énergétique dès lors que l'état accorde deux fois plus d'aide au secteur pétrolier, sous forme d'exonérations fiscales, qu'au secteur renouvelable ? (WWF, 2014)

Financement climatique

Ce lundi, à l'ouverture de la COP21, Charles Michel a annoncé une contribution de 50 millions € par an afin d'aider les pays en développement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et s'adapter aux impacts du changement climatique.

Bien que la prédictibilité de ces transferts financiers d'ici à 2020 soit appréciée, le montant en lui-même est largement insuffisant si l'on considère la contribution historique de la Belgique au changement climatique et sa capacité financière. A titre de comparaison, la Suède débourse près de neuf fois plus d'argent que la Belgique.

Ce montant fait également pâle figure face aux promesses de la France de débourser 5 milliards de dollars annuels en 2020 et de l'Allemagne de doubler sa contribution pour 2020, qui atteindra alors 4,47 milliards de dollars. La promesse belge est d'autant plus modeste qu'elle provient principalement du budget de la coopération au développement dont les fonds ont récemment été compressés.

De plus, les promesses financières faites depuis 2010 n'ont pas encore toutes été honorées. Or, il est essentiel pour les bénéficiaires de l'aide financière d'avoir une vision claire de quand l'argent sera déboursé afin de pouvoir au mieux planifier leur action climatique.

Selon la Plateforme Justice Climatique, qui réunit les organisations environnementales, les syndicats, les organisations Nord Sud et les Conseils de la jeunesse, "la contribution annuelle [de la Belgique] doit augmenter de manière à atteindre sa part équitable de l'objectif mondial de 100 milliards de dollars, qui correspond à 500 millions d'euros annuels en 2020". Pour le moment, on est seulement à 10% de ce montant.

Pourtant, il existe des solutions relativement peu couteuses pour trouver cet argent. La Plateforme recommande par exemple de recourir à des mécanismes de financement innovants tels une taxe sur les transactions financières, l'utilisation des revenus issus de la vente de crédits carbone ou encore la réorientation des subsides aux énergies fossiles.

Réduction des émissions de gaz à effet de serre

Enfin, la Belgique a encore beaucoup de pain sur la planche pour réduire ses émissions. Selon les projections de l'Agence Européenne pour l'Environnement dévoilées le mois dernier, la Belgique fait partie des quatre pays qui risquent de ne pas atteindre leur objectif de réductions d'émissions à l'horizon 2020 dans le cadre du paquet Climat-Energie de l'UE. Le pays n'est également pas en voie de réaliser ses objectifs en matière d'efficacité énergétique dans le cadre de la même politique européenne.

Par ailleurs, la proposition de résolution du parlement sur le mandat belge à la COP21 ne prévoit aucune augmentation des objectifs à 2030 et ne contient aucun objectif à long terme de neutralité des émissions de GES.

S'il est vrai que les émissions de GES ont chuté de 18,9% entre 1990 et 2013, c'est dû principalement à une restructuration de l'industrie wallonne et à des hivers plus doux. Il est donc primordial que l'ensemble du pays redouble d'effort à la suite de la Wallonie qui, dans son décret climat, a adopté un objectif de 30% de réductions d'émissions d'ici à 2020.

Une politique climatique tournée vers le passé

Si la Belgique a reçu le premier "Fossile du Jour" à la COP21, ce n'est pas seulement pour l'absence d'accord sur le burden-sharing mais bien en raison d'une politique climatique orientée vers le passé.

Selon Julie Vandenberghe, chargée de mission énergie et climat chez WWF Belgique, "la Belgique a des politiques fiscales très démodées. Les voitures de société sont encore très subsidiées alors qu'il existe d'autres alternatives comme les allocations de mobilité. Ces solutions sont inspirées par le passé, elles ne préparent pas la Belgique au futur."

Tandis que le reste du monde se projette vers 2030 et 2050, la Belgique a perdu un temps précieux à se mettre d'accord sur ses ambitions pour 2020. Pour la société civile, l'une des futures priorités de la Belgique est de se mettre d'accord sur une politique nationale pour lutter contre le changement climatique. Comme l'affirme Véronique Rigot, du CNCD 11.11.11. "Maintenant, place à une politique climatique concertée, dont le premier geste concret sera d'établir le Plan national climat."

Pour Julie Vandenberghe de WWF, "Il est impossible de prendre des mesures efficaces contre le changement climatique si on ne sait pas où on va, quels sont nos objectifs et comment assurer la cohérence entre régions."

Il est fort probable que l'accord de Paris entérine des cycles de cinq ans en matière de réduction des émissions de GES. Il est donc essentiel de trouver un moyen de faire fonctionner efficacement la Commission Nationale Climat. La Belgique ne peut pas se permettre de s'accorder sur ces questions 6 ans après que les décisions sont prises au niveau européen. C'est extrêmement inefficace, cela pénalise nos partenaires et cela nous empêche de jouer un rôle constructif et ambitieux dans les négociations.

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