Elections en Espagne: un coup dans l'eau

27/04/16 à 17:06 - Mise à jour à 17:06

Source: Afp

La situation politique en Espagne commence à prendre une tournure bien belge. Depuis le 20 décembre, date du dernier scrutin général, le pays se cherche un accord gouvernemental. Face à l'impasse, de nouvelles élections seront organisées le 26 juin prochain. Le point sur le premier échec du multipartisme espagnol.

Elections en Espagne: un coup dans l'eau

Pedro Sanchez (PSOE) et Pablo Iglesias (Podemos) n'ont pas su accorder leurs violons. © REUTERS

Le Roi d'Espagne Felipe VI déclarait hier ne pas avoir de candidat "disposant d'appuis suffisants à la Chambre des députés" pour obtenir l'investiture de la présidence. Dans la foulée, le Président du Congrès annonçait le lancement d'une procédure de dissolution du parlement, qui prendra acte le 3 mai prochain. Et qui implique de facto la tenue de nouvelles élections, qui auront lieu le 26 juin.

Les élections de décembre dernier ont revêtu un caractère historique en marquant la fin du bipartisme espagnol dans un système politique marqué par l'alternance entre le Parti Populaire (PP) et le Parti Socialiste Ouvrier (PSOE) depuis la fin du franquisme. Deux jeunes partis, Podemos (gauche radicale) et Cuidadanos (centre-droit), ont en effet fait une entrée remarquée dans un parlement qui se retrouvait soudainement beaucoup plus jeune, plus mixte, mais aussi composé de près de 62% de personnes n'ayant jusqu'alors jamais siégé dans une assemblée nationale.

Si l'enthousiasme était palpable à la sortie du scrutin, il est en tout cas retombé d'un fameux cran depuis. Les partis en lice pour une place au gouvernement ont reconnu leur incapacité actuelle à construire une majorité. Au jeu des négociations, tous semblent en tout cas avoir perdu quelques plumes.

Le PP du Premier Ministre sortant Manuel Rajoy est sorti des élections avec le plus grand nombre de voix et 123 sièges à l'assemblée. Mais entaché par des nombreux scandales de corruption, le parti a peiné à se trouver des interlocuteurs dans cette période de négociation. Manuel Rajoy s'est retiré en février de la course à l'investiture à la Chambre, assurant qu'il n'avait pas de majorité possible en vue des résultats. Derniers coup dur au sein du parti: la démission du Ministre (en affaires courantes) de l'industrie et de l'énergie, mouillé dans l'affaire des Panama Papers.

Le PSOE enregistrait quant à lui le pire score de son histoire en décembre dernier, et n'empochait "que" 90 sièges tout en restant en deuxième place dans les résultats. Son leader, Pedro Sanchez, se voyait déjà à la tête d'une grande coalition de gauche, avec notamment le parti Podemos de Pablo Iglesias (65 sièges). Mais ce dernier s'est montré bien décidé à ne lâcher aucune des conditions qu'il avait mises dans la balance au début des négociations à savoir la vice-présidence et la moitié des portefeuilles ministériels d'un éventuel gouvernement de coalition.

Le seul parti avec lequel le PSOE est parvenu à trouver un accord est donc Cuidadanos (40 sièges), un nouveau parti de centre-droit se proposant comme alternative citoyenne au PP et à ses vieilles méthodes.

Podemos avait alors organisé une consultation populaire auprès ses adhérents pour savoir si ceux-ci souhaitaient approuver ou non le soutien de leur parti à une telle coalition. Soutien qui fût rejeté à plus de 90% par près de 115.000 militants du parti, marquant un nouvel échec dans les négociations.

La campagne pour les élections de juin se tiendra donc dans un climat tendu et un peu désabusé après ce coup dans l'eau. On peut déjà s'attendre à ce que les partis se renvoient la balle quant aux responsabilités des uns et des autres dans le capotage des négociations. La tension entre les deux principales forces de gauche est en tout cas palpable.

"Le PSOE n'a jamais demandé quoi que ce soit en échange pour soutenir Podemos lors des municipales. La où (Pablo) Iglesias n'est pas, nous sommes arrivés à des accords"-Pedro Sanchez.

De son côté, Podemos chercherait une piste de coalition avec les écolo-communistes de la Gauche Unie (IU pour Izquierda Unida).

Arthur Sente (stg.)

En savoir plus sur:

Nos partenaires