Des patrons de presse arrêtés en Algérie, la situation des médias toujours en berne au Maghreb

28/06/16 à 16:06 - Mise à jour à 16:08

Depuis les révolutions de 2011, un nouvel élan teinté d'une plus grande liberté d'expression de la presse semblait se diffuser dans les différents pays du Maghreb. Mais malgré les mutations médiatiques qu'ont connues les pays, les journalistes locaux sont toujours très restreints dans l'exercice de leurs fonctions. Récemment, des dirigeants algériens du groupe El Khabar et du journal El Watan ont été emprisonnés.

Des patrons de presse arrêtés en Algérie, la situation des médias toujours en berne au Maghreb

© REUTERS

Les pays du Maghreb ont connu des fortunes diverses dans leur quête de transition démocratique, que ce soit au niveau politique, économique ou sociale. Pour ce qui est de la sphère médiatique, malgré les promesses de changement, les médias indépendants continuent d'être muselés et réprimés.

Arrestations en série en Algérie

En Algérie, en avril 2014, peu de temps après sa réélection, le président Bouteflika déclarait : "je ne ménagerai aucun effort pour consolider et étendre la liberté d'expression". En dépit de ces belles paroles, les pressions directes et indirectes s'abattent toujours sur les médias. Les dernières victimes en date étant la chaîne de télévision KBC (appartenant à El Khabar) et le quotidien El Watan.

Le directeur de la production de KBC, Riad Hartouf, le directeur de la chaîne, Mehdi Benaïssa, mais aussi la directrice des programmes du ministère de la Communication Mounia Nedjaï, ont été emprisonnés. "Ils sont accusés de 'fausses déclarations' et d''abus de fonction'. Ils ont été placés sous mandat de dépôt, après un interrogatoire et une garde à vue de trente-six heures chez les gendarmes", précisait le média Liberté Algérie.

"Les autorités reprochent aux deux responsables de KBC d'avoir réalisé des émissions soi-disant 'sans autorisations légales'. Pourtant, Mme Mounia Nedjaï, haute responsable du ministère de la Culture, a bel et bien délivré cette autorisation de tournage aux responsables de KBC. Mais cela n'a pas suffi àconvaincre les enquêteurs de la Gendarmerie nationale. Bien au contraire, Mme Mounia Nedjaï s'est retrouvée interpellée et accusée à son tour de 'complicité' du tournage des émissions", ajoutait de son côté Algérie-Focus. Pour rappel, le groupe de presse avait été racheté par l'homme d'affaires et milliardaire, Issad Rebrab, en mars dernier. Il est connu pour ses critiques farouches envers le gouvernement.

La presse critique censurée selon RSF

Tout en condamnant l'action, Reporter sans frontières (RSF) (https://rsf.org/fr/actualites/algerie-rsf-condamne-lemprisonnement-de-deux-responsables-de-la-chaine-kbc) rappelait que le litige aurait dû être traité par l'Autorité de régulation de l'audiovisuel (ARAV), mise en place le 20 juin. Le soir même de ces arrestations, c'est le nouveau siège du média francophone El Watan qui était encerclé par les forces de l'ordre, qui avance comme excuses l'absence d'autorisations administratives pour occuper ces locaux. Pour RSF, "La rapidité et l'agressivité avec laquelle ont agi les autorités (ces) dernière(s) semaine(s) laisse à penser qu'il y a un réel désir de voir disparaître une certaine presse critique".

Ces cas récents ne sont malheureusement pas isolés puisque l'état contrôle aussi la majorité des circuits d'impression et de diffusion. En 2014, c'est le quotidien El Fajr qui avait été interdit d'imprimer, alors qu'en 2015, les chaînes El Djazaira TV et El Watan TV avaient été fermées. Le pays a, par ailleurs, été classé 129 en 2016, au classement mondial de la liberté de la presse, perdant dix places par rapport à 2015.

Le reste du Maghreb ne fait pas mieux

Du côté des voisins de l'Algérie, la situation n'est pas au beau fixe, comme le rapporte RSF sur son site. Au Maroc, les autorités du pays resserrent toujours plus l'étau sur les médias pour les empêcher de traiter de sujets sensibles (monarchie, islam, Sahara occidental...). Récemment, ce sont des journalistes de Canal+ qui ont été expulsés, car ils souhaitaient réaliser un reportage sur l'agression d'un couple homosexuel et le procès qui en découlait. Un an plus tôt, c'est une équipe de France 3 qui était victime d'expulsion suite à un reportage sur l'économie et les droits de l'Homme. En outre, des amendements introduits dans le Code pénal visent à limiter le droit d'information des journalistes.

En Tunisie, les médias semblent un peu moins contraints qu'au Maroc ou en Algérie (le pays est d'ailleurs classé en 96e position au classement mondial de la liberté de la presse, gagnant 30 places en une année). Pour autant, les accusions de diffamation sont encore monnaie courante bien qu'elles ne soient rarement suivies d'un procès. En parallèle, de grands changements en termes de pratiques journalistiques ont eu lieu sur le NET (à l'instar de l'Egypte) créant un véritable réseau de journalisme 2.0. Malgré tout, le média tunisien indépendant Inkyfada, a été piraté le 5 avril dernier, suite aux révélations sur les "Panama papers".

Enfin, en Libye, la situation ne s'est pas améliorée depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 (la Libye se classe parmi les pays faisant le plus obstacle à la liberté de la presse, 164e place). Depuis 2014, le conflit entre les gouvernements de l'Est du pays (à Tobrouk) et de l'Ouest (Tripoli) a généré une succession de crimes et exactions à l'encontre des journalistes du pays.

Par F. Ca.

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