Blog : confessions d'une autiste

04/06/12 à 16:02 - Mise à jour à 16:02

Source: Le Vif

Magali Pignard est une jeune Française atteinte d'un autisme léger. Elle a un fils, Julien, qui lui est atteint d'un autisme sévère. Dernièrement, elle a créé un blog qu'elle consacre à sa maladie. Elle explique les démarches qu'elle entreprend pour soigner son enfant et confie les difficultés auxquelles elle est confrontée au quotidien notamment lors de rencontres ou de simples conversations.

Blog : confessions d'une autiste

© Thinkstock

Extrait tiré du blog "The Autist" de Magali Pignard (hébergé par L'Express.fr).


"Adolescente, je voulais des relations sociales, mais je ne savais trop comment m'y prendre, et je passais mon temps plutôt à observer les échanges.


Certaines expériences comme vivre à l'étranger, faire du sport en club ou jouer de la guitare en public m'ont "équipé", donné des clefs pour entrer en relation. Cela m'a donné aussi le goût du risque, que je ne prenais pas auparavant. Maintenant, je participe plus : avec des réussites, notamment parce que je suis de nature curieuse et spontanée, mais aussi avec des échecs. Je vais essayer d'expliquer pourquoi des fois "ça ne marche pas".

Les sables mouvants

Parler avec quelqu'un, c'est un petit peu déstabilisant : la personne pense des choses que je ne pense pas et donc je ne peux pas suivre, contrôler son raisonnement. Je sens aussi qu'elle me juge, selon ma posture, mon apparence physique, la manière dont je dis les choses, l'intonation de ma voix. Je sens qu'elle est en train de me faire rentrer dans un cadre qu'elle aura choisi parmi tous ceux qu'on lui a appris, et je me sentirai prisonnière de son jugement. Un jugement dont je pourrai difficilement me défaire.


Avant, cela m'exaspérait quand une personne avait un point de vue différent du mien, sur un sujet. Je vivais cela comme un affrontement, un peu comme si cette personne me soutenait que 1+1=3. Il y a de quoi sauter au plafond non ?

La conversation : un jeu aux règles changeantes

Je ne sais pas intuitivement quand parler, quand écouter l'autre : par exemple quand j'ai quelque chose à dire, je dois le dire tout de suite, je n'hésite pas à couper la parole. J'ai peur en fait de ne plus avoir l'occasion de le dire, ou de l'oublier.


Souvent, je perds vite l'attention de l'entourage : ma voix manque d'emphase, et pour maintenir l'attention, je me dépêche de dire ce que je veux dire, le plus vite possible. C'est pour ça que je peux paraître synthétique, car que je veux marquer l'attention par des mots, images chocs sans tourner autour du pot, de toute façon j'en suis incapable. J'ai aussi souvent plusieurs idées qui viennent en même temps, et je dois vite sélectionner laquelle dire, certains mots ne me viennent pas naturellement, c'est un peu parfois comme si je parlais dans une langue étrangère.


Quand le sujet m'intéresse vivement, je choque et passe pour une mal élevée, comme par exemple si je dois expliquer la situation de l'autisme en France à des personnes non concernées qui ne se rendent pas compte du parcours qu'on doit mener. Qui sont quelque part dans leur monde.


Quand le sujet de discussion ne m'intéresse pas du tout, je sais me taire. J'écoute ( enfin j'essaye ), et je me concentre pour essayer de deviner ce que la personne veut que je réponde, et dire ce qu'elle veut que je dise, bien sûr en paraissant naturelle, sans qu'elle s'aperçoive que j'essaie juste de poursuivre l'échange sans m'impliquer.

Décalage

Je n'en avais pas conscience auparavant, mais je me rends compte que, chaque fois qu'il y a un rassemblement de personnes informel, que ce soit autour d'un buffet, pendant une pause entre deux cours quand j'étais lycéenne, étudiante ou prof, je me retrouve systématiquement seule. Pendant un repas c'est moins flagrant car l'espace est déjà structuré : c'est simple, il suffit de rester assis. Mais quand on doit être debout, dans un rassemblement de personnes qui se regroupent naturellement pour converser, c'est différent.

C'est dans ces moments-là que je me rends compte de mon décalage... Et que je me sens diminuée."

Le Vif.be avec L'Express.fr

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