Vlaams Belang qui pleure, N-VA qui rit

05/08/11 à 13:25 - Mise à jour à 13:25

Source: Le Vif

Bonne nouvelle pour le pays : le Vlaams Belang, qui rêve de voir "crever" la Belgique, lutte pour sa propre survie. Mauvaise nouvelle pour le pays : sa croisade séparatiste trouve à se recycler à la N-VA sous une forme respectable. Donc, plus redoutable.

Vlaams Belang qui pleure, N-VA qui rit

© IMage Globe

Il n'y a pas dix ans, la capacité de nuisance du Blok semblait sans limites. Scrutin régional de 2004 : l'extrême droite capte 24,2 % des voix flamandes, et rafle le titre de premier parti de Flandre. C'est alors son neuvième succès électoral d'affilée. Le couronnement de quinze ans d'une ascension brutalement inaugurée par "le dimanche noir" de novembre 1991, où le parti a rallié 400 000 suffrages. Le Vlaams Blok mène la danse, seul contre tous. Imperméable au cordon sanitaire dressé autour de lui, qui est alors à deux doigts de se rompre. "On ne fraie pas avec ces gens-là", ont décrété l'ensemble des partis démocratiques flamands. Mais à l'issue des élections de 2004, pas moins de cinq formations (le cartel CD&V - N-VA, le VLD, le cartel SP.A-Spirit) doivent unir leurs forces pour éviter l'entrée de l'extrême droite dans la majorité parlementaire. Le doute s'installe. "Fait significatif : les pontes du Vlaams Blok sont reçus, pour la première fois, par le formateur [NDLR : du gouvernement régional flamand] Yves Leterme", relève Pascal Delwit, politologue à l'ULB (1). Vient enfin le début du bout du tunnel. Aux communales de 2006, Filip Dewinter et le VB ratent le coche à Anvers, coiffés par le SP.A Patrick Janssens. C'est un tournant : le Vlaams Blok perd son brevet d'invincibilité, et dans le créneau populiste cela ne pardonne pas. Rebaptisé Vlaams Belang suite à sa condamnation en justice pour racisme, le parti confirme son reflux à chaque scrutin : 19 % des voix aux fédérales de 2007, 15,3 % aux régionales de 2009, 12,4 % aux fédérales de 2010. La spirale négative une fois enclenchée, les couteaux sont tirés, le navire prend l'eau.

A la longue, le cordon sanitaire a fait oeuvre utile. Il a fini par convaincre nombre d'électeurs de l'inutilité de voter pour une formation maintenue dans un état permanent d'opposition. Il n'en a pas toujours été ainsi : durant deux décennies, cet isolement a été l'agent dopant de l'extrême droite flamande. D'autres forces ont donc eu aussi raison de la marée brune, en se nourrissant sur la bête blessée. C'est au scrutin régional de 2009 que la curée se manifeste. "15,1 % des électeurs qui avaient voté Vlaams Belang aux élections de 2007 se sont alors tournés vers la N-VA, et 7,6 % d'entre eux ont glissé vers la Lijst Dedecker." Teun Pauwels, jeune chercheur au Cevipol à l'ULB, voit dans cette concurrence la cause la plus significative des malheurs électoraux de l'extrême droite. "La LDD a profité des positions anti-immigration et de la défiance à l'égard du politique. La N-VA a partagé avec le VB les votes nationalistes flamands et les votes des mécontents." Un an plus tard, le parti de Jean-Marie Dedecker est quasi rayé de la carte politique au scrutin de juin 2010, alors que le Vlaams Belang poursuit sa descente aux enfers. La N-VA triomphe (27 % des voix) et fait main basse sur ce florissant marché électoral.

Mais l'affaire n'est pas dans le sac. Dewinter, Annemans and Co n'ont qu'un genou à terre. Troisième force politique au parlement flamand avec 19 élus, 12 députés fédéraux, le VB n'est pas liquidé. "A la différence de la LDD, le Vlaams Belang conserve une structure solide, un positionnement idéologique. Je ne crois pas à sa disparition totale, j'estime son potentiel électoral à 10 à 15 %. L'immigration reste un sujet de préoccupation. Il n'est pas impossible que, sous la houlette d'un président plus charismatique, le Belang reprenne des couleurs, à l'instar du FN français", poursuit Teun Pauwels. Filip Dewinter le claironne : il se satisferait volontiers d'une force électorale tournant autour des 10 %, convaincu de pouvoir se refaire une santé sur le vieux fonds de commerce xénophobe du parti. C'était avant le déchaînement de violence en Norvège qui a placé aussi le Vlaams Belang en délicate posture sur ce terrain sensible de l'extrémisme. Au point de contraindre la direction du parti à devoir nier avec force "avoir livré la munition idéologique au tueur Breivik" et avoir pu ainsi inspirer son carnage. Fâcheuse, très fâcheuse publicité...

Pierre Havaux

Retrouvez l'intégralité de l'article de Pierre Havaux dans le Vif/L'Express de cette semaine.

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