Vers un ministère francophone des Médias ?

07/02/14 à 11:01 - Mise à jour à 11:01

Source: Le Vif

Dans la foulée de l'affaire Tecteo/L'Avenir, les partis politiques sont-ils prêts à réguler le secteur des médias en difficulté ? Le Vif/L'Express dévoile une note prudentissime de Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l'Economie (PS).

Vers un ministère francophone des Médias ?

© belga

A la fin de l'année dernière, le patron de Tecteo, Stéphane Moreau (PS), a aligné les rendez-vous avec des responsables politiques (Charles Michel, Benoît Lutgen, Jean-Pierre Grafé...) ou économiques (Bernard Marchand pour Rossel ou Bernard Thiry, patron liégeois d'Ethias), et même des journalistes. Le capitaine de l'intercommunale liégeoise ne s'attendait pas au tsunami de réactions outrées qui a suivi l'annonce de son acquisition des Editions de l'Avenir, fleuron de la presse régionale wallonne, historiquement catholique. Opération qui devait être suivie d'une prise de participations dans La Libre Belgique et La Dernière Heure (groupe IPM). "Berlusconisation de la Wallonie" : la formule de Charles Michel, président du MR, a fait mouche. Stéphane Moreau s'est retrouvé cloué au pilori, isolé ou mal compris, jusque dans ses propres troupes.

Depuis le 17 décembre, Tecteo n'a plus réuni son conseil d'administration. Et l'Autorité belge de la concurrence (SPF Economie) n'a toujours pas rendu son avis sur l'opération de rachat des Editions de l'Avenir par Tecteo, alors qu'elle a donné son feu vert en un temps record à la réorganisation de la presse quotidienne flamande en un duopole : le Persgroep (Laatste Nieuws, etc.), qui a fait appel de la décision, et Mediahuis, ex-Corelio. Ce délai vient à point nommé pour permettre au ministre Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l'Economie (PS) qui a les secteurs en difficulté dans ses compétences, de peaufiner, avec la Société régionale d'investissement de Wallonie (SRIW), son projet de sauvetage de la presse quotidienne francophone, au plus mal : d'après une première étude réalisée par le consultant McKinsey à la demande de la SRIW, ses pertes cumulées pourraient atteindre entre 75 et 175 millions d'euros dans les six prochaines années.

"N'y a-t-il pas des synergies à géométries variables, sur le plan opérationnel (imprimerie, régie publicitaire, informatique), du contenu, de produits, associant aussi d'autres opérateurs (par exemple, les câblos), qui pourraient renforcer l'ensemble des acteurs du secteur de la presse quotidienne francophone ?" s'interroge Jean-Claude Marcourt dans une note que le Vif/L'Express a parcourue. De là viendrait le "rapprochement" entre Rossel et Tecteo, qui pourrait faire imprimer L'Avenir sur les presses de Rossel (Nivelles), déjà amplement financées par la Région wallonne.

Reste à voir si les pouvoirs publics voudront davantage investir dans un secteur qui charrie des questions ultra sensibles telles que le pluralisme ou l'indépendance rédactionnelle. Marcourt reste très prudent. Dans la même note, il écrit : "Il n'est pas imaginable que des outils financiers publics interviennent pour favoriser un des acteurs au détriment des autres. L'aide à la presse, qui doit garantir la diversité démocratique, relève de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une intervention d'un outil financier régional, SRIW ou autre, n'est envisageable que dans le cadre d'un projet économique viable et dans le respect des règles de concurrence entre les différents acteurs. Les outils publics ne sont pas là pour couvrir des pertes et pour exonérer un management et des actionnaires existants de tout effort propre. Une éventuelle intervention des outils publics, wallon ou bruxellois d'ailleurs, doit être légitime, équitable et transparente."

Avant ou après les élections du 25 mai ? Le ministre wallon se donne encore quelques mois pour réfléchir. Au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, où se sont terminés les Etats-généraux des médias d'information, le député Jean-François Istasse (PS) recommande la création d'un poste de ministre des Médias, avec des compétences élargies par rapport à celles dont dispose actuellement la ministre Fadila Laanan (PS).

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine

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