Verhofstadt : " La N-VA en 2014 ? C'est l'aventure du repli sur soi "

27/09/13 à 10:02 - Mise à jour à 10:02

Source: Le Vif

L'ancien Premier ministre Guy Verhofstadt ambitionne de monter des listes pro-européennes aux élections de 2014 et s'apprête à présenter un projet de Loi fondamentale pour une Union fédérale. Et il tire sur les "élites nationales" qui n'ont pas su gérer la crise financière, les eurosceptiques qui défendent la thèse "anachronique" du rétablissement des frontières, et la N-VA...

Verhofstadt : " La N-VA en 2014 ? C'est l'aventure du repli sur soi "

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Le Vif/L'Express : La crise économique a aiguisé le ressentiment à l'égard de l'Europe...

Je le dis depuis des années : la crise est mal gérée. Nos élites nationales sont incapables d'apporter les bonnes réponses. Aller vers une Union européenne renforcée est absolument nécessaire. Prenons le dossier des banques. Les Etats-Unis, où le problème est pourtant né, l'ont réglé tout de suite, dès 2008, en recapitalisant leurs banques. Chez nous, on s'est disputé pour savoir s'il devait être réglé au niveau national ou européen. Cela a créé de la méfiance. Tout reste bloqué. L'argent des banques n'est plus transféré dans l'économie réelle, dans des entreprises. C'est la cause de la crise actuelle ! Avec une réponse européenne, la confiance aurait tout de suite été restaurée.

La thèse eurosceptique, elle, est complètement stupide. Dire qu'il faudrait se protéger derrière les frontières nationales est un mensonge anachronique, incompréhensible alors que le monde connaît précisément une évolution contraire. Tous les problèmes sont de plus en plus interconnectés, des questions de compétitivité à celle du réchauffement climatique. Les eurosceptiques veulent donner l'impression que la souveraineté nationale existe encore. Nous disons le contraire : il faut réinventer la souveraineté au niveau européen ! Ces thèses pro-européennes commencent à s'organiser pour les élections de 2014. Nous préparons des listes dans tous les pays.

Pourtant, les nationalistes ont le vent en poupe, que ce soit la N-VA en Flandre, Marine Le Pen en France, l'UKP au Royaume-Uni...

Leurs thèses sont complètement erronées. En Flandre, la N-VA se prétend pro-européenne. Mais regardez les dossiers concrets et vous verrez qu'ils sont anti-européens. Ils sont contre les listes transnationales, contre des ressources propres pour l'Union européenne, contre une politique de migration européenne... Ils sont pour les directives budgétaires, mais cela se limite à ça. Des nationalistes restent des nationalistes, ils n'aiment pas les structures fédérales, que ce soit au niveau belge ou européen.

Faut-il une rupture ?

J'espère que les élections donneront l'impulsion nécessaire pour faire tout ce que l'on n'a pas encore réalisé. Les milieux européens sont saisis d'un sentiment de panique qui repose sur le fait que les gens ne comprendraient pas un renforcement de l'Europe. Tout le monde a peur. Je dis que si aucun homme politique ne prend la peine de l'expliquer, les gens ne comprendront jamais. S'il n'y a pas des hommes politiques pour défendre une vision européenne radicale, nous n'aurons jamais une opinion publique pro-européenne !

Quelle est votre ambition personnelle ? Vous avez été Premier ministre pendant huit ans, une fonction exécutive ne vous manque-t-elle pas ?

Non. Ce dont je rêve, c'est de traduire cette vision européenne dans des listes pour 2014. Et reconstruire le paysage politique.

Vos convictions fédéralistes européennes ne vous ont-elles pas déjà coûté cher, notamment lorsque vous visiez la présidence de la Commission européenne ?

C'était en 2004 et cela avait beaucoup à voir avec le fait que j'avais mené l'opposition à l'intervention en Irak avec les Français et les Allemands, à juste titre je crois. C'est incroyable ! Là-bas, il n'y avait pas d'armes chimiques et ils sont rentrés dedans. En Syrie, il y en a, elles sont utilisées par Bachar el-Assad - c'est tout à fait clair selon une source objective comme Human Rights Watch - et on ne fait rien. C'est une tragédie. Il fallait intervenir il y a deux ans, au moment du massacre de Homs, quand il n'y avait pas d'extrémistes. Il faut quand même se rappeler qu'en Syrie, cela a commencé comme en Tunisie, en Libye et en Egypte. Ce sont des classes moyennes, des jeunes gens qui veulent un avenir, de la démocratie et de la liberté d'expression. Plutôt que de les aider, on les a laissés tomber. Les extrémistes ont rempli le vide laissé par la communauté internationale. Il y a six millions de déplacés, deux millions de réfugiés, plus de 100 000 morts et cela continue ! Je critique fortement la stratégie américaine: ils ne mettent sur la table ni l'élimination des armes chimiques, ni l'élimination de celui qui les a utilisées. Je suis désespéré que la communauté internationale ferme les yeux. Demain, quoi ? On utilisera une bombe atomique et comme seule réaction, on les mettra sous contrôle ? Je ne comprends pas qu'il n'y ait pas de sanctions.

Votre regard sur le fait, en Belgique, que la N-VA garde le vent en poupe ?

Les gens peuvent juger d'eux-mêmes l'action de la N-VA dans les villes où elle est au pouvoir. Quand je vois que ses élus veulent changer les noms des rues ou demandent de retirer le nom d'une friterie en français... Cela ne peut qu'ouvrir les yeux des gens sur le fait que la N-VA ne s'occupe pas des vrais défis.

L'interview intégrale dans Le Vif/L'Express de cette semaine

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