USA: mobilisation contre le spectre d'une bactérie résistante à tous les antibiotiques

01/06/16 à 07:37 - Mise à jour à 07:37

Source: Belga

(Belga) Les autorités sanitaires américaines vont redoubler d'efforts pour empêcher l'émergence d'agents microbiens résistants à tous les antibiotiques, après la récente découverte d'une patiente infectée par une bactérie mutante insensible à un antimicrobien de dernier recours.

Les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont annoncé mardi la mise en place, dès l'automne 2016, d'un réseau de laboratoires régionaux et dans chaque Etat ainsi que dans sept grands centres urbains et territoires, pour traquer la résistance microbienne dans des échantillons humains et y faire face. Les CDC vont également débloquer de nouvelles ressources pour épauler les services de santé des Etats dans leurs efforts visant à endiguer des flambées d'infection résistantes aux antibiotiques et empêcher la propagation de ces agents pathogènes. La crainte d'un scénario catastrophe s'est accrue depuis la détection chez une femme de 49 ans, atteinte d'une infection urinaire tenace, d'une souche d'Escherichia coli (E. coli) porteuse du gène MCR-1. Cette découverte a fait l'objet d'un récent rapport dans la revue médicale Antimicrobial Agents and Chemotherapy. Les CDC ont précisé qu'ils travaillaient avec le ministère de la Défense, dont des virologues ont détecté la bactérie, ainsi qu'avec les autorités sanitaires de l'Etat de Pennsylvanie (est), où la patiente a été hospitalisée, pour "identifier les personnes qui ont pu être en contact avec elle afin de prendre les mesures nécessaires pour éviter une contagion locale". Le gène MRC-1 est redouté car il rend cette bactérie résistante à la colistine, un antibiotique datant de 1959 utilisé en dernier recours contre les enterobactéries résistantes aux carbapénèmes (ERC). Il s'agit d'une autre classe importante d'antibiotiques utilisée pour traiter la multi-résistance bactérienne. C'est la première fois qu'on trouve le gène MRC-1 dans une bactérie infectant un humain aux Etats-Unis et qui avait déjà été détecté en Europe et en Chine dans des volailles et des porcs. Mais la bactérie E. coli, qui a infecté cette malade aujourd'hui guérie, était heureusement encore sensible aux carbapénèmes, ont précisé les CDC. Le gène mutant MCR-1, qui se trouve sur un petit fragment de l'ADN microbien, a la capacité de passer d'une bactérie à l'autre, propageant potentiellement la résistance aux antibiotiques dans plusieurs espèces bactériennes. Si les enterobactéries résistantes aux carbapénèmes acquièrent ce gène, il n'y aura alors plus aucun antibiotique actuellement disponible pour les arrêter, redoutent les autorités sanitaires. "Nous sommes très près de voir émerger des enterobactéries qui seront impossibles de traiter avec des antibiotiques", a mis en garde le Dr Lance Price, de l'Université George Washington cité par le New York Times. Pour le Dr Tom Frieden, le directeur des CDC, "nous risquons de revenir à un monde pré-antibiotiques". Les CDC et les Instituts nationaux de la santé traquaient ce gène dans des bactéries en Amérique du Nord depuis son émergence en Chine en 2015. La détection de MCR-1 pour la première fois aux Etats-Unis "est un signe avant-coureur de l'émergence d'une bactérie résistante à tous les antibiotiques", ont écrit les auteurs de cette découverte. Avec un taux de mortalité pouvant aller jusqu'à 50%, les enterobactéries résistantes aux carbapénèmes sont considérées par les CDC comme l'une des plus grandes menaces de santé publique. Mais les scientifiques du ministère de la Défense soulignent dans un blog que le gène MRC-1 est rare. Ils précisent que les chercheurs des agences fédérales ont analysé 44.000 bactéries salmonelle et 9.000 bactéries E.Coli dans des prélèvements sur des humains et dans la viande dans les supermarchés sans en trouver trace. Selon le Dr Frieden, il est cependant impératif "de faire de très gros efforts pour protéger l'efficacité des antibiotiques pour notre génération et celle de nos enfants" et de développer de nouvelles classes d'antibiotiques tout en prenant des mesures favorisant un meilleur usage de ces médicaments largement sur-prescrits par les médecins. Jusqu'à 30% des antibiotiques oraux prescrits en consultation par des médecins aux Etats-Unis sont inappropriés, selon une récente étude publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA). Ce mauvais usage des antibiotiques est la principale cause du développement de la résistance microbienne, qui touche deux millions de personnes aux Etats-Unis et fait 23.000 morts par an, pointent les CDC. (Belga)

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