Carl Devos
Carl Devos
Politologue à l'Université de Gand
Opinion

30/03/12 à 09:23 - Mise à jour à 09:23

Une insolente arrogance

Il manque à Di Rupo Ier un vaste projet axé sur l'avenir.

Accident meurtrier en Suisse oblige, les grands débats politiques se sont arrêtés pendant un bref moment. Encore faut-il dire que le monde politique s'est montré très noble dans l'accompagnement de ce drame inhumain. Le bourgmestre de Lommel, Peter Vanvelthoven, a dépassé de la tête et des épaules la classe politique. Et la digne présence d'Elio Di Rupo a rendu à la politique son autorité morale.

Juste après le contrôle budgétaire, le crash de l'autocar a interrompu l'agenda politique. Entre-temps, la vie parlementaire a repris de plus belle. Quoique. Déjà en arrière-fond de la tragédie, le Parlement a débattu de l'article 195 de la Constitution. La Rue de la Loi s'est en outre penchée sur les compétences usurpées et les nominations politiques. La politique n'y a pas rehaussé son image, contrairement à ce qui s'est passé après la catastrophe dans le tunnel de Sierre.

La volonté de modifier l'article 195 de la Constitution pour la durée d'une seule législature va à l'encontre de l'esprit dudit article et manifeste une insolente arrogance. Le même gouvernement n'appelle-t-il pas la population à respecter les règles, à se garder de toute fraude fiscale ou sociale, à travailler plus longtemps, bref, à oublier ses intérêts personnels ?

La discussion sur les compétences usurpées ne renforce pas la transparence et l'efficacité de la fédération belge. Elle témoigne d'un vilain fédéralisme fondé sur le système parapluie : faire endosser le coût des dépenses à autrui. Les citoyens risquent de devoir payer la note. Comme ils ont déjà été invités à le faire quand Di Rupo Ier a pris sa première mesure : l'arrêt inopiné des réductions fiscales pour la rénovation verte des habitations. Le malaise des citoyens fut à la mesure de la brusquerie de la décision gouvernementale. Beaucoup ont ressenti comme une tromperie vexante le mauvais prétexte que le gouvernement a mis en avant, à savoir que tout ce qui touche à l'habitat ressortira bientôt aux Régions. L'exaspération provoquée dans la population par les nominations politiques et la manière scandaleuse dont nos politiques ont traité le dossier Dexia est du même ordre.

Depuis sa formation, le gouvernement a surtout géré la crise : il a essayé de maîtriser les conséquences ou la critique des mesures concernant les pensions ou le budget. Il s'est employé à tempérer l'inquiétude et le mécontentement. Il a voulu enserrer le budget dans les limites fixées par l'Europe. Di Rupo Ier s'est révélé un expert en damage control. Il lui manque un vaste projet enthousiasmant, axé sur l'avenir : la condition nécessaire pour regagner la confiance des citoyens, surtout en Flandre.

Les incendies étant éteints, provisoirement - Dexia est suspendu au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès - le vrai travail du gouvernement peut enfin commencer. A Di Rupo Ier de montrer ce qu'il vaut. Or, à en croire les sondages, l'équipe devra accomplir un solide travail de rattrapage.

Hélas, le plan de relance annoncé avec grand bruit paraît voué à un longue odyssée semée d'embuches, de dates limites lointaines, d'une foule de négociations, en l'absence du moindre dynamisme.

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