Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

02/12/11 à 10:35 - Mise à jour à 10:35

Une haie à la fois

Il doit tenir. Plus de six mois, plus d'un an... Jusqu'aux prochaines législatives, c'est bien le moins. Le futur gouvernement n'a pas le choix, il est obligé de s'ancrer dans la durée. Notre pays est encore sous haute surveillance.

Une haie à la fois

La facture liée à l'impasse politique est salée. Et la météo financière, bien sombre. Sans parler des tangages provoqués par l'euro, de la menace rampante des agences de notation. Il en faudra des années pour rassurer les marchés ! De fait, l'addition de départ était déjà bien lourde. La triste conséquence de trente ans d'imprévoyance. Rien n'est gagné. Et bien des zones obscures de l'accord inquiètent. Enfin, la Belgique est toujours plombée par un endettement caché, le vieillissement de sa population. Et une question latente : que nous coûtera le sauvetage des banques ? Hélas, hélas, les tendances lourdes ne se sont pas volatilisées sous l'effet d'une mystérieuse euphorie. Le futur est pavé de données fluctuantes qui nécessiteront, inévitablement, des adaptations et de nouvelles mesures très vite. Autant de sources potentielles de crispations pour les partenaires de la coalition.

Les frères ennemis d'hier ont donc suivi la voie de la sagesse et allumé le calumet de la paix. C'était la bonne nouvelle de la semaine. Pour combien de temps ? La question titille d'autant plus les esprits qu'il n'y a plus place, désormais, pour des scènes hystériques, des charges à la mitraillette lourde, des attaques cinglantes, des affrontements stériles, de l'impéritie et du désordre. Une étincelle ne peut plus tout enflammer. Si nous avons échappé miraculeusement à l'embrasement tenté par les nationalistes de la N-VA via le cordon incendiaire du communautaire, ce n'est pas pour sauter à nouveau sur les mines des querelles idéologiques. Bien entendu, l'avenir repose sur la confiance des citoyens. Pour autant qu'ils puissent s'appuyer sur la loyauté de nos élus. Or la classe politique sort laminée de ces 530 jours de crise. Et le scepticisme populaire est patent. Au gouvernement d'apporter, au fil des mois, la preuve que nous avons raison de le soutenir et qu'il ne nous entraîne pas dans un nouveau coup fourré.

On le sait déjà, 2012 s'annonce plus difficile que 2009, et la confection du budget 2013, plus exigeante encore que l'épure fraîchement conclue. Socialistes, libéraux et sociaux-chrétiens devront résister dans la solidarité. Tout en étant réactifs et créatifs. Dépassées, les vieilles ficelles budgétaires. L'art du compromis à la belge pourrait atteindre des sommets inégalés, la crise ayant inévitablement déquillé vieux adages et réflexes. Fini de courir après les événements, vive l'anticipation, et ce malgré des marges de man£uvre de plus en plus serrées.

Le vieux monde s'écaille. L'expérience et l'expertise ne suffisent plus. Faire de la politique autrement, tel est le nouveau credo. Pas facile dans un contexte qui impose sans cesse le précieux consensus. De grands pas dans l'indispensable métamorphose de notre pays viennent d'être franchis. Ce n'est pas le moindre mérite d'Elio Di Rupo et des négociateurs. Ils ont su prendre des risques. Seront-ils aussi courageux demain ? A voir. Mais, comme dirait l'ex-président français Jacques Chirac : "Une haie à la fois."

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