Une fillette tuée par balle dans une camionnette: l'opposition réclame des explications au gouvernement

18/05/18 à 21:29 - Mise à jour à 21:31

Source: Belga

L'opposition au parlement fédéral réclame des explications du gouvernement après les événements survenus à Maisières lors de l'interception d'une camionnette transportant des migrants. Elle souhaite que l'enquête du comité P soit menée sans délai et que les résultats soient présentés au parlement le plus rapidement possible.

Une fillette tuée par balle dans une camionnette: l'opposition réclame des explications au gouvernement

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"Il n'y a pas que la Méditerranée qui soit meurtrière pour les migrants. Une enquête du comité P est nécessaire et le ministre de l'Interieur doit venir donner les résultats de l'enquête au plus vite devant le parlement sur ce drame humain", a réclamé la députée Julie Fernandez-Fernandez (PS). La députée se garde à ce stade du dossier de tirer des conclusions sur les responsabilités politiques. Elle constate toutefois que "la politique répressive annoncée à grands coups de communication par Jan Jambon et Theo Francken ne semble pas être efficace". L'attente était la même au cdH. Le député Georges Dallemagne a déposé une interpellation au Premier ministre, Charles Michel. "La mort par balle de Mawda est un choc. Le fait que le parquet ait prétendu le contraire est incompréhensible. Les règles d'engagement ont-elles été respectées?" a-t-il demandé sur twitter.

La députée bruxelloise et ex-ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet, a embrayé. "Si les conditions d'un cas manifeste de légitime défense ou de menace de mort sur des tiers n'étaient pas réunies, l'usage de balles n'est pas admissible", a-t-elle souligné. Des questions se posent aussi sur la première communication du parquet qui excluait une blessure par balle de la victime. "Pourquoi le parquet a-t-il menti hier soir? Comment se fait-il que celui-ci a communiqué durant de longues heures que le décès n'avait rien à voir avec les tirs de la police alors qu'on peut difficilement imaginer qu'ils ne l'aient pas constaté?", a lancé Raoul Hedebouw (PTB) qui souhaite aussi savoir quelles sont les consignes données à la police pour l'arrestation de migrants.

Les Verts ont quant à eux mis expressément en cause la politique du gouvernement. "C'est le résultat de la fuite en avant d'une politique de plus en plus répressive", a réagi la co-présidente Zakia Khattabi. "Pour nous, la responsabilité politique est clairement engagée". Interpellée sur les réseaux sociaux à propos de cette conclusion, elle s'est davantage expliquée, en visant également les "passeurs". "Pointer le gouvernement fédéral ne dédouane pas les passeurs de leur responsabilité... Mais, oui, une autre politique qui organiserait des couloirs sûrs, ne ferait pas les affaires des passeurs et aurait permis d'éviter ce drame. C'est ce qu'on appelle la responsabilité politique", a-t-elle dit. Le PS appelle également à l'ouverture de ces "couloirs sécurisés", qui ne peuvent se limiter à la Belgique mais engagent l'Union européenne. "Se contenter de systématiquement criminaliser les réfugiés ne mène nulle part", a déploré Mme Fernandez-Fernandez.

Rappel des faits:

Une camionnette interceptée à Maisière : La fillette a été tuée par balle

L'autopsie de la petite fille décédée dans la nuit de mercredi à jeudi sur l'autoroute E42 Namur-Mons a révélé que le décès de l'enfant avait été occasionné par une arme à feu. Une balle a traversé une joue de l'enfant, a expliqué, vendredi après-midi, Frédéric Bariseau, premier substitut du parquet de Tournai. La victime était à bord d'un véhicule qui contenait 30 migrants d'origine Kurde. A l'issue d'une course-poursuite sur la E42 entre Namur et Mons (70km), ce véhicule a été bloqué après des tirs des forces de l'ordre. Rien ne permet de préciser, pour l'instant, que l'enfant a été touché par les tirs de la police.

Le véhicule des fuyards a été bloqué vers 03h00 du matin sur un parking autoroutier à Maisières (Mons). "En ce qui concerne l'état de santé de la fillette, les services d'urgence ont d'abord parlé d'un traumatisme crânien. Les faits se sont déroulés dans le noir, ce qui a probablement altéré leur jugement", précisait vendredi Frédéric Bariseau. "L'enfant est rapidement décédé. Les résultats de l'autopsie, pratiquée en soirée, ont révélé que le décès avait été occasionné par une arme à feu. L'enfant a reçu une balle dans la joue. On n'exclut pas que cette balle ait été tirée par un policier ou encore par une des personnes qui était dans la camionnette en fuite. Les enquêteurs ont opéré un relevé des douilles afin de déterminer l'origine de l'arme et donc du tireur. Les caméras placées le long de l'autoroute doivent encore être exploitées. Tout le monde doit être entendu, notamment les policiers qui sont intervenus", ajoute-t-il. "S'il s'avère que c'est un policier qui a tué l'enfant, il aura d'une part une peine disciplinaire et sera poursuivi en justice, comme tout citoyen", indique encore le magistrat.

Le trajet effectué par la camionnette qui contenait 30 migrants, dont quatre enfants, n'est toujours pas connu. Sur un parking autoroutier de la région de Namur, une patrouille du WPR (police des autoroutes) a repéré une camionnette portant, tant à l'avant qu'à l'arrière, des plaques d'immatriculation non-officielles. "Les policiers ont envisagé l'hypothèse d'un vol cargo. Lors d'une tentative de contrôle, la camionnette a pris la fuite en douceur. A Sambreville, le véhicule a fait mine de s'arrêter, puis à redémarré. Cette camionnette a ensuite essayé, à plusieurs reprises, de causer des accidents afin de stopper la progression de la police." Les fuyards roulaient à une vitesse d'environ 90km/h. "A Maisières, la police de la route de Mons a placé des véhicules devant et à l'arrière de la camionnette, afin de faire tampon.

La camionnette a été dirigée vers une aire de parking où la police avait placé un camion à la sortie. Le chauffard a été pris dans une souricière et a heurté un camion avant de s'immobiliser. On ne sait pas précisément quand ont eu lieu les tirs de la police. Lors de l'intervention, il n'y avait plus personne au volant. En cas d'interception, c'est une technique des passeurs de mettre le véhicule au point mort, de le laisser filer et de se glisser à l'arrière avec les migrants.

Cette camionnette était équipée de vitres opaques à l'arrière", conclut le magistrat, qui précise que le père et la mère de la victime étaient à bord. A la demande de la juge d'instruction, le comité P a ouvert, jeudi soir, une enquête.

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