Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

15/06/12 à 11:03 - Mise à jour à 11:03

Une éclaircie dans la crise

En apparence, l'opération a été nette et sans bavure. Il n'y a pas eu besoin de dramatisation théâtralisée lors de sommets de chefs d'Etat et de gouvernement successifs pour "sauver le soldat Rajoy".

Les milliards que les ministres des Finances de l'Eurogroupe ont promis, entre deux matchs de l'Euro 2012, le samedi 9 juin, relèvent du soutien sectoriel aux banques et non du plan de sauvetage d'un Etat, a insisté le Premier ministre espagnol. Meilleure preuve, l'aide n'est pas soumise à un - nouveau - programme d'austérité et son montant sera ajusté en fonction d'audits commandés par Madrid à des bureaux d'experts indépendants. L'Union européenne aurait donc appris de ses errements dans la gestion de la crise grecque.

Rien qu'une illusion ? L'envers du décor révèle un Mariano Rajoy arc-bouté à son obstination de ne pas solliciter l'aide européenne pour écarter le spectre d'un scénario à la grecque et finalement vaincu devant l'ampleur du gouffre par les pressions extérieures, dont celle, cruciale, du président américain Barack Obama. Et, à l'autre extrémité, une Angela Merkel tentée tout de même de conditionner l'aide à une nouvelle salve de mesures d'austérité. Mais l'Espagne n'est pas le Portugal. L'Espagne, c'est la quatrième économie de l'Union européenne, 12 % du PIB européen, des sociétés très actives sur le continent américain, et le berceau des Indignés. Bref, selon que vous serez puissant ou misérable... L'Irlande l'a redécouvert à ses dépens, elle qui, en novembre 2010, n'a pu bénéficier d'une aide de 85 milliards d'euros pour son secteur bancaire que moyennant un plan d'austérité.

Pourtant, l'argent qu'elle recevra demain, l'Espagne devra bien le rembourser. Et risquer de replonger dans la spirale de l'endettement public. Solution provisoire donc avant un nouveau soubresaut ? Pour éviter une fuite des dépôts déjà amorcée, il était urgent d'agir. Mais l'histoire est loin d'être finie.

Déjà point une autre hypothèque. Qui les électeurs grecs vont-ils sacrer dimanche à l'issue des élections législatives, répétition de celles du mois de mai ? A l'époque, il avait manqué deux élus à la Nouvelle Démocratie (droite) et au Pasok (socialiste), les seuls partis prêts à souscrire aux exigences de l'Union européenne, pour pouvoir former une majorité. Depuis, la popularité de la gauche radicale Syriza, opposée au plan d'austérité européen, et de son leader Alexis Tsipras semble avoir encore grandi. La crise de la dette grecque va donc rebondir lundi avec, au mieux dans l'entendement des Européens, une volonté des futurs dirigeants d'Athènes de renégocier le calendrier du plan d'austérité.

On le voit, ce ne sont pas les réponses ponctuelles, même utiles, qui préserveront durablement l'Europe de la crise. C'est cependant de ses épreuves que l'Union européenne tire le plus souvent les ressources pour progresser. Le péché originel de l'euro réside dans l'absence, à tout le moins, d'union budgétaire. Or son préalable, l'union bancaire, commence enfin à rallier les plus sceptiques. Et même Angela Merkel s'est résolue à promouvoir plus d'intégration politique. De quoi placer des espoirs raisonnables sur le succès du sommet européen des 28 et 29 juin, consacré à la croissance par la volonté de François Hollande, mais qui pourrait bien rester comme le point de départ d'une salutaire avancée fédéraliste.

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