Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

30/03/12 à 09:03 - Mise à jour à 09:03

Une bombe à retardement

C'était un loup (presque)solitaire. Un petit délinquant fanatique et barbare qui se rêvait en martyr. Pour rejoindre les septante-deux vierges qui l'attendaient au paradis, il a massacré des innocents choisis minutieusement selon un plan diabolique.

Une bombe à retardement

Mohamed Merah voulait mourir en héros, en surhomme comme peuvent l'imaginer des faibles à l'esprit défaillant. Une auto-radicalité qui habite les psychopathes imbibés de bêtise et de haine. Une dérive monstrueuse du communautarisme. Combien sont-ils aujourd'hui en Europe à vouloir reprendre ce flambeau ? Quelques centaines qui se sont substitués aux structures d'Al-Qaeda décimées pour porter la violence extrême dans l'Occident honni.

Dans son rapport annuel sur ses activités de surveillance en 2010, la Sûreté de l'Etat affirmait que l'islamisme radical prospérait dans notre pays sous l'impulsion du mouvement salafiste et qu'il entendait bien y conforter son implantation. Une information confirmée par le ministre-président de la Région bruxelloise, Charles Picqué, dans notre édition du 16 mars dernier. La progression larvée s'installant au c£ur de plusieurs quartiers de la capitale, tout comme au sein de nos prisons. Souvenons-nous de la mutinerie d'Andenne de novembre 2011 qui a vu des détenus se rebeller contre une note de service réglementant la pratique de la prière en boutant le feu aux bâtiments. Les conversions à l'islam derrière les barreaux se multiplient un peu partout et si toutes ne s'inscrivent pas dans la radicalisation, beaucoup dérivent dangereusement. Grâce à un véritable lavage de cerveau des plus démunis, des plus fragilisés, endoctrinés et instrumentalisés par des manipulateurs tout-puissants. L'administration, les ministres de la Justice ? Aux abonnés absents, les agents et les directeurs étant totalement abandonnés pour gérer des situations de plus en plus délicates. Miraculeusement, ils peuvent compter sur l'aide des aumôniers musulmans pour neutraliser les desseins inquiétants de certains. Mais ils sont, hélas, encore trop peu nombreux pour faire face à cette situation alarmante.

De fait, le constat est sans appel et il devient urgent d'agir, de réagir. Dans les prisons, certes, mais aussi hors de leurs murs, dans nos cités. Le week-end dernier, musulmans, chrétiens, juifs et laïques sont descendus, ensemble, dans les rues de Toulouse pour condamner les égarements également politico-religieux des moudjahidine. Des images fortes. Plus rares dans notre pays. Ils sont encore trop nombreux, ceux qui, si ouverts et fraternels, restent étonnamment passifs devant l'extrémisme religieux, détournant le regard dans l'espoir que les solutions tomberont du ciel. Une naïveté coupable qui fait le lit des terroristes. Y compris au sein de la communauté musulmane, souvent silencieuse, alors que c'est elle la première victime collatérale des actes inacceptables posés par ces mini-franges bien décidées à détruire nos sociétés. Après l'attentat à la mosquée d'Anderlecht, qui a provoqué la mort d'un imam apprécié pour sa tolérance et son sens du dialogue, et les tueries de Toulouse qui nous ont tous interpellés, l'espoir est grand de voir enfin un engagement de toutes les communautés pour faire respecter les lois et l'autorité. Tous d'accord pour dire oui au droit à la différence, non à l'anarchie.

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