06/05/11 à 10:10 - Mise à jour à 10:10

Unanimité et discorde

J'AI CRU D'ABORD QUE JE N'AVAIS PAS BIEN ÉCOUTÉ. Ce fut tôt dans la matinée. En fait, 8 heures, ce n'est pas particulièrement tôt, mais c'était le lundi de Pâques. Et ce jour-là, nous avons le droit d'être quelque peu paresseux.

KRISTIEN HEMMERECHTS, Ecrivaine
Mon réveille-matin me laissait entendre la voix d'une femme francophone en colère. Ma radio était réglée sur la VRT. On y a jugé l'info suffisamment importante pour la diffuser sans la moindre traduction. Je serais tombée de ma chaise si je ne me trouvais pas au lit, car cette dame s'énervait de choses qui irritent aussi toute la Flandre. Son indignation rejoignait parfaitement celle des Flamands.

La femme en question était Karine Lalieux, députée PS et présidente de la commission spéciale de la Chambre traitant des abus sexuels. Le point de mire de son ire était l'archevêque Léonard, natif de la même région qu'elle. A ses yeux, Léonard se montrait trop accommodant à propos de Vangheluwe. Et minimisait les faits.

Après Karine Lalieux, des Flamands prenaient la parole qui approuvaient pleinement ses propos. Et je me disais que Léonard et Vangheluwe ont obtenu ce qui ne réussit plus aux politiciens depuis belle lurette : l'unanimité de part et d'autre de la frontière linguistique. Pour cela il faudrait remonter à l'époque de Dutroux. Dans notre pays, seuls les abus sexuels semblent encore échapper à la dictature du débat communautaire.

Quelques heures après, les médias relataient de nouveau la discorde habituelle : la Belgique francophone se formalisait de l'intention d'Yves Leterme d'accompagner nos souverains à Rome à l'occasion de la béatification de Jean-Paul II. La Flandre y voyait peu d'inconvénients. Business as usual. Si les uns disent a, les autres disent b.

Cette visite m'agace aussi. On n'attend rien de mieux du roi et de la reine. Ils sont profondément croyants et tiennent le pape en haute estime. Mais que va y chercher Leterme ? L'Eglise a maintenant autre chose à faire que de créer de nouveaux bienheureux. Elle doit porter la haire et le cilice et demander pardon à genoux aux victimes, non seulement pour les abus commis, mais aussi parce qu'elle a laissé faire. Le pays tout entier aurait pu être fier d'un Premier ministre qui transmettait ce message.

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