Un "jeudi rouge" le 21 février ?

05/02/13 à 14:38 - Mise à jour à 14:38

Source: Le Vif

Réunie en bureau fédéral mardi matin, la FGTB a décidé de quitter la table des négociations qui se déroulent actuellement au sein du Groupe des 10, a-t-on appris via un tweet posté par Rudy Pirquet, secrétaire général du SETCa Charleroi. Une "mobilisation massive" est par ailleurs annoncée le jeudi 21 février.

Un "jeudi rouge" le 21 février ?

© Belga

"Le président et la secrétaire générale ont rendu compte à leurs instances, centrales professionnelles et régionales, de l'état des discussions concernant les avis demandés par le gouvernement aux interlocuteurs sociaux. La FGTB estime ne pas être en mesure aujourd'hui de poursuivre la concertation sociale", a confirmé le syndicat socialiste dans un communiqué.

Celui-ci estime notamment "inacceptable que le gouvernement se soit fait le relais des demandes patronales", en pointant le gel des salaires décrété unilatéralement par le gouvernement ainsi que la révision, de fait, du panier de l'index.

La FGTB regrette également que les autorités ne prennent pas leurs responsabilités alors que le syndicat les a interpellées "sur l'urgence d'appliquer les premiers avis, déjà rendus et avalisés, singulièrement ceux qui portent sur la liaison des allocations sociales au bien-être et l'augmentation du salaire minimum interprofessionnel."

"Les employeurs réclament un allongement du temps de travail via l'augmentation des heures supplémentaires", poursuit le syndicat socialiste. "Il n'est pas acceptable que l'on augmente encore la possibilité pour certains travailleurs de prester ces heures supplémentaires alors que d'autres sont licenciés et dans l'attente d'un emploi, le tout sans garanties d'un enregistrement électronique du temps de travail pour permettre un contrôle syndical accru", ajoute t-il.

C'est dans ce contexte que le syndicat a décidé d'une "mobilisation massive" le jeudi 21 février. Un préavis de grève couvrant l'ensemble des secteurs sera déposé et une manifestation - dont les modalités restent à définir - sera organisée dans les rues de Bruxelles. "La FGTB se mobilisera massivement le 21 février prochain pour le pouvoir d'achat des travailleurs, c'est-à-dire pour le maintien intégral de l'index, contre le gel des salaires et pour une fiscalité plus juste et plus progressive", conclut le syndicat.

Il revient désormais au gouvernement de "prendre ses responsabilités"

A l'issue du Conseil ministériel restreint mardi vers 20h30, les membres du gouvernement ont, une fois encore, regretté la décision de la FGTB de suspendre la concertation sociale au sein du Groupe des 10. La ministre de l'Emploi, Monica De Coninck (sp.a), va entamer des contacts informels avec les partenaires sociaux pour tenter de renouer le dialogue entre les différents protagonistes.

"Le Conseil ministériel restreint prend acte avec regret de la nouvelle situation entre les partenaires sociaux", a-t-on appris à l'issue du kern. "La ministre de l'Emploi prendra, très prochainement, des contacts informels avec les partenaires sociaux

"Il va falloir que le gouvernement prenne ses responsabilités. La FGTB choisit à nouveau de tirer la prise. C'est dommage", avait estimé un peu plus tôt dans la soirée le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, tout en déclarant ne pas comprendre la décision du syndicat socialiste.

"Il est dommage que pour énième fois, la FGTB ne soit pas capable de faire un accord. On peut se poser la question de savoir si c'est toujours un partenaire social. C'est une organisation qui est contre tout", a déploré, pour sa part, le ministre des Pensions Alexander De Croo (Open Vld).

"Le pays a besoin de réformes et de réformes supportées par tout le monde. On ne peut pas continuer à être pris en otage par les partenaires sociaux et singulièrement par la FGTB", a-t-il ajouté.

De son côté, la vice-Première ministre socialiste, Laurette Onkelinx, s'est montrée plus compréhensive. "Je comprends évidemment les crispations mais j'appelle à ce que les partenaires sociaux reviennent le plus vite possible autour de la table. La politique de la chaise vide n'est pas la bonne", a-t-elle dit, soulignant l'importance "déterminante" des partenaires sociaux.

"Nous avons toujours souhaité que la concertation continue et que l'on puisse arriver à des accords", a déclaré la ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet. Selon la vice-Première cdH, "il y a quatre accords possibles qui sont sur la table dont 200 millions d'euros pour la politique sociale".

Enfin, le ministre des Finances Steven Vanackere a rappelé que la richesse de notre pays a été en grande partie bâtie sur la capacité des partenaires sociaux à prendre leurs responsabilités.

Et dans un communiqué, le CD&V a jugé que si la FGTB ne souhaitait
plus participer à la concertation sociale, les autres partenaires
sociaux devaient tout de même poursuivre les négociations.

La nervosité est due aux tergiversations du gouvernement, selon la CSC Les tergiversations du gouvernement, qui tarde à répondre aux avis des partenaires sociaux, mène à une certaine nervosité, estime pour sa part le président de la CSC, Marc Leemans, pour qui la décision de la FGTB de suspendre sa participation à la concertation sociale est une expression de cette nervosité.

Selon Marc Leemans, la CSC a toujours joué la carte de la concertation quelles que soient les difficultés. Mais, ajoute le président du syndicat chrétien, le fait que le gouvernement doive encore se pencher sur les propositions formulées par le Groupe des 10 ne facilite pas les choses.

Le président de la CSC appelle le gouvernement à répondre rapidement à ces avis. L'objectif est d'avoir, pour le 18 février, un accord portant non seulement sur une modernisation du marché du travail, au sujet de laquelle les partenaires sociaux ont remis, fin de la semaine dernière, un avis au gouvernement, mais également sur les autres accords conclus auparavant. Il s'agit notamment de la liaison au bien-être des allocations sociales ou de baisses de charges ciblées.

A leur arrivée au Lambermont pour une réunion du Comité ministériel restreint, plusieurs vice-Premiers ministre ont toutefois réfuté toute lenteur dans le chef du gouvernement. Par ailleurs, Marc Leemans souligne que les syndicats avaient déjà décidé en front commun, il y a 10 jours, d'une mobilisation le 21 février à Bruxelles. "Mais ce sont deux dossiers distincts", selon lui. Cette mobilisation vise à protester contre le blocage des salaires, la réforme de l'index ou la question de l'harmonisation des statuts d'ouvrier et d'employé.

Dans un communiqué, le syndicat libéral souligne lui aussi que cette mobilisation du 21 février "était déjà programmée". La CGSLB annonce qu'elle va procéder, ce jeudi, à une consultation plus large de ses instances pour préciser sa stratégie

La FEB ne veut pas renégocier les accords

La Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) ne veut, elle, pas renégocier les précédents accords finalisés entre les partenaires sociaux. Elle réagissait ainsi au fait que la FGTB "fait une nouvelle fois échouer la concertation sociale".

La FGTB a montré ces derniers mois qu'elle était dans l'"incapacité ou (l') impossibilité de conclure un AIP". "Elle rejette à présent la méthode qu'elle a toujours soutenue, à savoir fournir des réponses conjointes des partenaires sociaux aux demandes formulées par le gouvernement", dénonce la FEB. Pour l'organisation patronale, "il n'est en aucun cas question de renégocier les accords en matière de flexibilité ni toutes les réponses précédemment fournies par les partenaires sociaux au gouvernement. Le tout est dans le tout ! " "Participer aux négociations et encore mener des actions par la suite n'est en effet pas une attitude qu'il faut récompenser", poursuit la FEB. La FEB demande que le gouvernement mette en oeuvre sa décision de blocage salarial.

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