Tuerie de Liège: 4 questions auxquelles devra répondre Koen Geens au parlement

31/05/18 à 11:10 - Mise à jour à 14:01

Source: Belga

Le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) devra répondre cet après-midi devant le parlement à de nombreuses questions sur la tuerie de Liège revendiquée par l'EI. Voici 4 questions auxquelles il sera confronté, détaillées par le Morgen.

Tuerie de Liège: 4 questions auxquelles devra répondre Koen Geens au parlement

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  • 1. Pourquoi une permission pénitentiaire a-t-elle été accordée à Benjamin Herman, l'attaquant de Liège ?

Koen Geens a mis l'accent sur le fait que Herman a été puni pour chacun de ses faux-pas. Ce qui a surpris le Vice-premier ministre Alexander De Croo et les membres de son parti (Open VLD): "qu'une personne qui est jugée pour des faits graves ait eu la possibilité de quitter la prison et de commettre à nouveau des délits graves."

Selon l'Open Vld, une permission pénitentiaire reste un privilège. Et Herman, avec son lourd passé de délinquance, ne le méritait pas.

Toxicomane, Benjamin Herman a fait de très nombreux séjours en prison depuis 2003. Il y a purgé plusieurs peines de prison pour vols avec violence, infractions aux lois sur les stupéfiants, coups et blessures, vandalisme ou encore incendie volontaire. Tout comme son frère, de trois ans son cadet, il était considéré comme très instable et pouvant être extrêmement violent. Il avait eu récemment des problèmes en prison.

Le congé pénitentiaire qui lui avait été accordé lundi s'inscrivait dans la préparation d'une sortie de prison en fin de peine à l'horizon 2020.

  • 2. Comment Benjamin Herman a-t-il pu être radicalisé en prison?

L'OCAM n'avait pas connaissance de Herman, mais Charles Michel a précisé lors d'une conférence de presse mardi que le nom de l'assaillant était apparu dans deux rapports de la Sûreté de l'Etat et un de la police, lié à la radicalisation en prison, mais de manière indirecte.

La Sûreté de l'Etat était au courant que Herman avait des contacts avec des co-détenus islamistes dont Fouad B. et Yassine D. Ces derniers étaient qualifiés d''Homegrown Terrorist Fighters' par l'OCAM, surtout Fouad B., un trentenaire de Verviers.

Yassine D. aujourd'hui âgé de 31 ans doit purger un total de 32 ans de prison. Il était notamment connu pour son évasion du palais de Justice de Bruxelles en 2009 et la prise d'otage d'une directrice de prison en 2010. Il était aussi ami et complice de Khalid El Bakraoui, le kamikaze du métro lors des attentats de Bruxelles.

Un changement d'attitude dans le chef de Benjamin Herman avait été constaté depuis qu'il fréquentait Yassine D. lors des périodes au préau commun. Le régime spécial de sécurité ultra-strict interdisant à ce dernier tout contact avec les détenus de droit commun, comme Benjamin Herman, avait récemment été adouci.

"Nous faisons depuis des années de nos prisons des oubliettes: on ne se soucie pas de ce qui s'y passe. Et là, nous en subissons les conséquences dramatiques", déclare le député sp.a à la Chambre Hans Bonte. La mise en place de blocs de cellules séparées pour les prisonniers radicalisés n'est pour lui pas une solution satisfaisante. "Les prisonniers qui y séjournent obtiennent encore plus de prestige et de partisans."

  • 3. Est-ce que les autorités auraient pu empêcher l'attaque de Liège?

Selon Geens, les services de renseignement disposaient de toutes les informations sur Herman : le parquet, la police, l'OCAM. "Ils ont tous décidé que cet homme n'était pas un danger".

La Sûreté de l'Etat avait Herman indirectement dans le viseur. Les gardiens de la prison de Marche-en-Famenne où il était emprisonné le trouvaient aussi dangereux. "Pourquoi fait-on encore rapport de nos observations si personne n'en prend compte? ", se plaint un gardien anonyme de Marche-en-Famenne dans un groupe Facebook.

Le personnel de la prison de Marche-en-Famenne avait également émis des inquiétudes au sujet de la radicalisation de Benjamin Herman, dans un dernier rapport émis samedi, quelques jours avant les faits perpétrés durant une sortie autorisée du prisonnier.

"La leçon la plus importante après les attentats de Bruxelles était que les services de renseignements devaient partager leurs informations rapidement. Et aussi les informations qui venaient des gardiens. C'est seulement de cette manière que l'on peut assembler toutes les pièces du puzzle et prévenir de tels drames", avance Stefaan Van Hecke (Groen).

  • 4. Le système des congés pénitentiaires doit-il être plus strict?

Geens, lui-même, ne préfère pas rouvrir le débat sur les congés pénitentiaires classiques, ceux que les détenus obtiennent à la fin de leur peine. "Cela enverra les gens sans espoir en prison, car ils se préparent pour la fin de leur peine et espèrent pouvoir s'adapter au climat de la société", selon lui. La N-VA, elle, ne remet pas le principe en cause, mais désire un meilleur contrôle des détenus qui obtiennent un congé pénitentiaire.

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