Etienne Dujardin
Etienne Dujardin
Juriste et Chroniqueur
Opinion

03/02/16 à 10:18 - Mise à jour à 10:18

Trop de politiciens et de niveaux de pouvoirs, pas assez de prises de responsabilités

Depuis toujours, j'entends qu'il existe un fossé entre les élites politiques et le citoyen. Le politique en est conscient, il le sait, il le sent. Mais que fait-il pour changer cela ? Pas grand-chose.

Trop de politiciens et de niveaux de pouvoirs, pas assez de prises de responsabilités

© Belga

Je regardais l'émission Les Décodeurs sur la RTBF ce week-end. Jean Quatremer, toujours percutant, a démonté le système politique belge et ses différentes lacunes et Eric Van Rompuy a directement crié au "Belgium Bashing". Il faut cesser d'utiliser cette excuse à tort et à travers. Vu le peu de renouvellement politique en Belgique où un député le reste souvent à vie et un ministre pendant parfois 15 ans ou plus, il n'est pas surprenant que peu de politiques reconnaissent que le système actuel comporte des lacunes. Ils y ont tous participé. On voit pourtant qu'il manque plus que de l'huile dans les rouages. Le dernier comité de concertation composé d'acteurs multiples incapables de travailler ensemble de manière constructive sur les problèmes des tunnels à Bruxelles en est la preuve. Un tel système dans le secteur privé ne tiendrait pas une demi-seconde. L'heure est à la rationalisation !

Qui connaît le nom de deux députés provinciaux ?

Les compétences sont trop éclatées, les parlementaires sont bien trop nombreux. Qui connaît le nom de deux députés provinciaux ? Connaissez-vous seulement leurs compétences ? Nous envoyons 4 ministres à la Cop 21 à Paris. Cela a-t-il franchement du sens alors que l'enjeu climatique n'est pas régional ni fédéral, mais mondial ? N'est-il pas temps de supprimer les provinces et de transmettre leurs compétences par exemple aux régions ? J'étais pour le maintien du Sénat, il avait une certaine utilité, mais dans son format actuel, il ne sert plus à rien. Il fallait soit le garder comme il était, soit le supprimer, mais le conserver en sachant qu'il coûte 50 millions d'euros par an pour ne rien faire ou presque, cela nuit à l'image du politique.

En terme électoral, le parti qui proposerait un peu plus de rationalité ne serait pas perdant, il est donc étonnant que personne ne se saisisse du dossier. On va me dire : oui, mais c'est du communautaire, c'est difficile d'agir, c'est une histoire de compromis... D'accord, mais mettons le débat sur la table aux prochaines élections. Je pense que la population en a assez du communautaire. Elle veut des réformes structurelles courageuses en matière de sécurité, d'emploi, de lutte sans merci contre la fraude sociale, mais aussi fiscale. Augmenter les taxes comme le proposent certains ne donne rien. Par contre, activer une lutte sans merci contre la fraude fiscale serait un signal de justice sociale bienvenu. Le meilleur argument contre le communautarisme est d'offrir une bonne gestion à ce pays. Crier aux loups à chaque sortie de De Wever ne sert à rien, mais le renforce. Certains partis suggèrent qu'on vote sur l'indépendance ou non de la Flandre. Ce n'est pas cela la priorité qui va rapprocher les citoyens des élites. Au contraire : donnons plus de voix aux citoyens et consultons-les, d'une manière ou d'une autre (même non liante pour éviter les problèmes juridiques), en cours de mandat si nécessaire sur des sujets importants, comme le décret inscription, la politique de mobilité (voiture, transports publics), la politique migratoire, la défense des services publics dans les zones rurales. Je serais étonné de voir de grandes différences entre les régions du pays sur de tels sujets. Il me semble que ce serait plutôt un bon moyen de renforcer l'unité nationale.

Il est temps, par ailleurs, que les politiques assument leurs responsabilités. Je ne comprends pas pourquoi un ministre qui est en charge de la mobilité depuis des années et qui doit fermer des tunnels importants de la capitale, faute de prévoyance, ne se pose même pas la question d'une démission. Et nous pourrions citer d'autres exemples du même type... Certaines réactions de déni sont également insupportables. Voir le député Ahmed El Khannouss affirmer devant une caméra que "Molenbeek n'est pas dépassé par le terrorisme" n'est pas un bon signal. Pourquoi les autorités de cette commune se sont-elles montrées frileuses de l'aide du fédéral pour contrôler l'ensemble des maisons de cette commune ? Ne serait-il justement pas normal de savoir qui habite ou non sur un territoire ?

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Politicien ne devrait pas être un métier à vie

Le constat peut sembler dur. Cependant, je pense que si la presse internationale est si sévère avec notre pays aujourd'hui, c'est que certaines questions se posent. Au lieu de se lamenter, de crier au complot, cela peut être l'occasion d'un sursaut bénéfique à la démocratie. J'ai apprécié la sortie du jeune député Georges-Louis Bouchez qui proposait cette semaine d'organiser des primaires dans les partis, de supprimer les suppléances et les cases de tête. Il a ouvert le débat sur un point sensible qui permettrait de diminuer le pouvoir des présidents de partis et d'en donner plus à l'électeur. Ce genre de proposition va dans le bon sens. Le parti Ecolo a déjà lui aussi fait quelques bonnes propositions en la matière.

Politicien ne devrait pas être un métier à vie. Après des années dans l'exercice du pouvoir, le recul devient difficile pour s'imprégner de nouvelles idées. La charge politique est un métier difficile qui nécessite beaucoup de sacrifices. Il est plus facile de commenter que d'agir. Cependant, lancer le débat est utile et il faudra sûrement faire des réformes courageuses que demande celui que le politique doit servir en premier, à savoir : le citoyen.

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