Etienne Dujardin
Etienne Dujardin
Juriste et Chroniqueur
Opinion

04/10/16 à 09:42 - Mise à jour à 09:41

Trois dossiers qui pourraient encore faire mal au CDH

Les sondages se suivent et se ressemblent pour le CDH et ils ne sont pas bons. Seuls les résultats des élections comptent, on le sait, mais, là aussi, le CDH est en recul constant depuis plus de 10 ans.

Trois dossiers qui pourraient encore faire mal au CDH

© Belga

Il est plus qu'urgent pour le parti humaniste de faire son introspection. Aujourd'hui encore, on se demande comment son centre d'études laisse passer des dossiers tellement opposés à l'intérêt de pans entiers de son électorat de base. On pense à 3 dossiers en cours : l'enseignement, les allocations familiales et les déductions fiscales dans le cadre du logement principal.

En matière d'enseignement, le décret Inscription a déjà été une erreur magistrale et a fâché le parti centriste avec ses électeurs. Plus récemment encore, plus de 100 directeurs d'écoles libres ont lancé un cri de détresse à la suite de la réforme des titres et fonctions. Les responsables d'écoles dénoncent les délires administratifs et le manque d'autonomie et soulignent que si cela continue : "Il faudra trouver un enseignement plus librement privé que le privé bureaucratisé, avec pour résultat l'élargissement de ce fameux fossé entre classes favorisées et défavorisées ! " On ne peut pas comprendre comment certains n'ont pas vu ce risque arriver à grande vitesse malgré plusieurs alertes émises. Le fait qu'autant de directeurs prennent ainsi la plume vaut plus que toutes les mises en garde possibles.

Un autre dossier très chaud va être celui des allocations familiales. Ce dossier est emblématique à plus d'un égard. Tout d'abord, cela montre les limites d'un régionalisme à outrance, où un enfant se verra peut-être octroyer un montant différent selon qu'il est wallon, flamand ou bruxellois. Cela n'est certes pas la responsabilité du parti humaniste, mais de tous les partis qui ont voté la dernière réforme de l'État. Cependant, le CDH défend très mal les familles qu'il a pourtant mises au coeur de son message. La fin du système de progressivité sera pénalisante pour toutes les familles de trois enfants, voire de deux enfants, selon le nouveau montant d'allocations qui sera déterminé. Il est déjà amusant de constater que les ministres en charge signalent tous que la réforme ne rentrera pas en vigueur avant 2019 et qu'elle ne sera pas rétroactive. Si la réforme était tellement avantageuse pour les familles, il ne serait évidemment pas utile de préciser ce genre d'éléments. Une étude néerlandophone du Centrum voor Sociaal Beleid a d'ailleurs récemment montré que la fin de la progressivité des allocations familiales décidée en Flandre, pourtant sans doute plus généreuse dans les montants octroyés, sera pénalisante pour la toute grande majorité des familles. Il ne faut pas demander ce que cela va donner dans les autres régions.

Dans le cadre des déductions fiscales pour le logement principal, là encore, les mesures prises ne vont pas dans le bon sens et le contribuable y perdra. On peut déjà le dire en Région wallonne et cela sera aussi le cas à Bruxelles. Dans cette dernière région, il y aura un abattement plus important à l'achat, mais on ne pourra plus déduire son emprunt hypothécaire et le contribuable sera donc fortement perdant à long terme. De plus, certains cas frisent l'absurde. En effet, la personne qui achète un immeuble à Bruxelles à 495.000 euros sur fonds propres se verra attribuer une déduction fiscale de 22.500 euros. Par contre, celui qui doit financer son bien de 502.000 euros à crédit, car il n'a pas les fonds hérités d'une vieille tante américaine, mais doit compter sur son seul travail, n'aura droit à aucune réduction. C'est totalement absurde et incompréhensible.

Certains élus du CDH ont déjà alerté publiquement sur ces sujets qui pénalisent l'enseignement ou qui touchent les classes moyennes, mais ils n'ont vraisemblablement pas été écoutés suffisamment. Les difficultés que rencontre le CDH aujourd'hui ne sont pas celles d'un déficit de personnalités, il en compte bien plus que le PTB qui le dépasse pourtant dans les derniers sondages. Son problème est un problème de ligne idéologique et de défense des dossiers qui comptent pour son électorat.

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