"Tout le monde veut donner plus d'argent à l'enseignement..."

28/03/13 à 20:43 - Mise à jour à 20:43

Source: Le Vif

Le ministre de l'Enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Claude Marcourt, a dit comprendre les doléances exprimées ce jeudi lors de la manifestation étudiante, en particulier à propos du manque de financement structurel, dénoncé tant au nord qu'au sud du pays.

"Tout le monde veut donner plus d'argent à l'enseignement..."

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M. Marcourt a toutefois rappelé les contraintes du système d'"enveloppe fermée". Dans ce cadre il a insisté sur les initiatives qu'il a prises sous cette législature pour faciliter l'accès aux études supérieures: gratuité du minerval pour les boursiers, gel de l'indexation du minerval, aide à la mise à disposition de support informatique, etc.

Le ministre a aussi mis en avant son projet de réforme du paysage de l'enseignement supérieur, qui divise toujours le gouvernement. La réorganisation en zones géographiques doit favoriser les synergies entre les établissements au lieu d'une concurrence coûteuse pour les deniers de la Fédération. "Nous voulons faire en sorte que le budget soit utilisé au mieux pour le bénéfice de tous les étudiants", a-t-on indiqué au cabinet du ministre.

Le budget annuel consacré à l'enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles atteint 1,3 millions d'euros, dont 710 millions pour les universités et 470 millions pour les Hautes écoles.

Le ministre flamand de l'Enseignement, Pascal Smet, a tenu un discours similaire. "Tout le monde veut donner plus d'argent à l'enseignement, mais nous devons tenir compte des moyens limités dont nous disposons dans ces temps économiques difficiles", a-t-il dit. Le budget flamand de l'enseignement est bien dépensé, a-t-il assuré. "Nous pouvons être fiers de notre enseignement supérieur, qui combine une grande qualité avec un accès libre", a-t-il ajouté, en insistant sur son action pour "maintenir et même renforcer" cette situation.

Les universités ont ainsi entamé cette année une procédure de recrutement de 1.000 professeurs supplémentaires, soit une augmentation de 38%, a-t-il dit.

Des milliers d'étudiants dans les rues de huit villes du pays

Plusieurs milliers d'étudiants francophones et néerlandophones participaient ce jeudi à une journée d'action nationale dans huit villes du pays pour réclamer un refinancement de l'enseignement supérieur, une mobilisation qui s'est focalisée au sud du pays sur le projet de décret du ministre Marcourt.

La manifestation annuelle printanière de la Fédération des étudiants francophones (FEF) a pris cette année une autre dimension grâce à une association avec son homologue néerlandophone de la VVS (Vlaamse vereniging van studenten), en plus du soutien traditionnel de plusieurs organisations syndicales.

Du début de l'après-midi jusqu'en début de soirée selon les villes, les cortèges de manifestants défilaient dans les rues de Bruxelles, Gand, Liège, Louvain-la-Neuve, Namur, Anvers, Mons et Louvain pour "un enseignement de qualité pour tous et un refinancement public", alors que les deux enseignements communautaires sont contraints dans des enveloppes budgétaires fermées.

Les étudiants manifestent notamment contre des infrastructures d'enseignement insuffisantes, le maintien de la sélection en médecine, la flexibilisation des études, le manque de moyens octroyés à l'aide à la réussite ou encore la pénurie de kots.

Les étudiants flamands se mobilisent plus particulièrement contre l'approche quantitative du financement de l'enseignement supérieur, en fonction du nombre de diplômés sortants ou d'articles publiés ("output").

Côté francophone, la mobilisation se focalise sur le projet de décret du ministre Jean-Claude Marcourt réformant l'enseignement supérieur, mais sans aborder ses aspects financement, ce qui fait craindre à la FEF une évolution vers le modèle flamand d'"output".

En pointe de cette opposition, l'Université catholique de Louvain (UCL) a même suspendu ses cours de 12h30 à 16h pour permettre aux étudiants de manifester, non pas expressément contre la réforme du paysage de l'enseignement supérieur - un dossier où elle apparaît relativement isolée vis-à-vis des autres universités - mais officiellement "pour un refinancement de l'enseignement supérieur", qui constitue le dénominateur commun des manifestants.

L'ULB a elle aussi suspendu les cours, soutenant notamment la revendication d'un financement public de l'enseignement à hauteur de 7% du PIB minimum, dont 2% pour l'enseignement supérieur. Plusieurs Hautes Ecoles ont suvi le mouvement.

A Bruxelles, étudiants francophones et néerlandophones se sont rassemblés devant le cabinet du ministre Marcourt avant de se rendre à celui de son homologue néerlandophone Pascal Smet.

Sur la place Stéphanie au pied du cabinet Marcourt, les étudiants francophones n'ont pas sollicité de rencontre avec le ministre, dont le projet de décret devait revenir ce jeudi sur la table du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, réuni place Surlet de Chokier.

"Nous ne voulons pas nous cantonner au cadre imposé par le décret, qui n'aurait qu'un effet stérile s'il ne prévoit pas de financement", a commenté David Méndez Yépez, le président de la FEF, répondant ainsi à la question du positionnement de son organisation quant à la découpe envisagée du paysage de l'enseignement supérieur.

La fédération francophone salue les efforts de collaborations entre réseaux promus par le projet, "mais à quoi cela sert-il par exemple de faire entrer dans la bibliothèque de l'ULB des étudiants d'autres établissements si les moyens financiers ne permettent déjà pas de répondre à la saturation des infrastructures", questionne-t-il.

De son côté, l'Union des Etudiants de la Communauté française (Unécof) a dit accueillir favorablement les modifications qui ont été apportées au dernier avant-projet du décret. Concernant le paysage, elle réclame clairement l'éviction des zones académiques, ce niveau intermédiaire entre l'académie unique et les pôles, ajouté au projet du ministre socialiste à la demande de l'UCL soutenue par le cdH.

Ces zones, à défaut d'être supprimées, doivent être limitées à des compétences secondaires, dit l'Unécof. Au contraire de la FEF, l'Unécof accepte que le financement soit absent du décret, laissant au gouvernement le soin de pencher "rapidement" sur cet aspect dès l'approbation du décret "paysage".

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