Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

08/02/17 à 14:16 - Mise à jour à 14:16

Tourne la roue de la fortune

"Monsieur Michel, je me sens outragée." La carte blanche publiée le 6 février sur levif.be, rédigée par Barbara Dufour, enseignante au collège du Sacré-Coeur de Charleroi, a fait un carton.

Tourne la roue de la fortune

© Belga

Plus de 29 000 partages sur Facebook et 200 000 lecteurs uniques, en 24 heures. Jamais une opinion n'a eu pareil écho sur notre site. Son auteure y répond aux propos tenus dans Le Vif/L'Express du 3 février par Louis Michel. Le député européen était interrogé sur l'évolution, désastreuse, de la considération des citoyens pour le personnel politique. Michel senior assénait son dépit face à cette rancoeur de plus en plus marquée : "Sur le plan du rapport problématique entretenu avec l'argent, le monde politique n'est statistiquement pas différent du commun des mortels", "l'impact des réseaux sociaux peut-être terrifiant", "le politique se sent coincé de toutes parts, il est tétanisé", "attention à ce que le moralisme et la bien-pensance ne mènent à un maccarthysme et ne vienne casser la démocratie", "le politique ne peut plus faire correspondre son action aux tendances lourdes de la population, il est quasiment condamné à être derrière la troupe, il court après les rêves disparates des citoyens"...

Surtout, dans l'entretien qu'il nous accordait, celui qui avait lancé, il y a vingt ans, les "Assises de la démocratie" pour davantage de transparence et de moralité en politique abordait la toujours plus explosive question de la rémunération de ceux que les électeurs envoient aux parlements. Un sujet à manier donc avec beaucoup de précaution. Ce qui n'est pas la spécialité de Big Loulou. Et ça a donné ceci : "Limiter le parlementaire à un mandat rémunéré 4 800 euros net par mois ? Vous obtiendrez un Parlement coupé de la réalité, peuplé de fonctionnaires et d'enseignants mais désertés par le monde de l'entreprise et les avocats. Ce genre de mesure éloignera de la politique des tas de gens qui ont la motivation, le talent, l'intelligence et la formation pour (les pousser plutôt, dès lors, à) accomplir un job où ils pourront tout simplement gagner davantage. Quel entrepreneur acceptera de sacrifier ses week-ends, ses soirées, ses vacances pour gagner 4 800 euros net par mois ?"

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''Monsieur Michel, je me sens outragée.'' Jamais une opinion n'a eu pareil écho sur notre site.

Evidemment, séisme de magnitude 7. Parce qu'en pleine affaire Publifin, le plus gros scandale politico-financier wallon depuis trente ans et l'affaire Agusta; parce qu'en plein Penelope Gate en France; parce qu'en pleine prolifération, galopante, de la conviction populaire que les dirigeants ne font que s'enrichir en appauvrissant les dirigés, en se taillant des lois pour augmenter leurs privilèges, etc. Parce que cette forme de mépris pour les fonctionnaires, les enseignants, les non "professionnels de la politique", pour tous ceux qui ne font pas partie de la bonne caste. Parce que ce montant présenté comme une aumône par quelqu'un rémunéré, comme tout eurodéputé, 6 600 euros net, par mois, hors indemnités de frais généraux (4 300 euros mensuels), de déplacement (4 200 euros annuels) et de présence aux réunions des organes du Parlement (300 euros par jour, et 153 euros supplémentaires si les réunions ont lieu hors des Etats-membres). Alors que le salaire moyen mensuel, brut, est, lui, de 3 900 euros à Bruxelles, 3 360 en Flandre et 3 170 en Wallonie. Nouvelle preuve éclatante du gouffre abyssal entre les réflexions des uns et les réalités des autres.

C'est tout ça qui a fait sortir de ses gonds Barbara Dufour. Et avec elle, une foule grandissante. Outrée. Outragée. Rappelant, à tous les élus en fait, que "la politique n'est pas un jeu dont le but est de s'en mettre plein les poches et dont les règles sont édictées par ceux-là mêmes qui en profitent. La politique est un engagement à organiser la société au service de la population. Il est urgent que vous et vos amis s'en rappellent. Car le risque est grand, et peut-être même imminent, que la roue de la fortune tourne. Et alors..."

Et alors, séisme de magnitude 9. La maximale. Qui fera tout s'effondrer. En commençant par les étages les plus hauts.

"''Monsieur Michel, je me sens outragée.'' Jamais une opinion n'a eu pareil écho sur notre site."

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