Nicolas de Pape
Nicolas de Pape
Journaliste
Opinion

20/01/15 à 15:42 - Mise à jour à 18:41

Terrorisme : ni l'option sécuritaire, ni l'angélisme

Alors que les thèses complotistes bruissent sur le Net depuis le massacre de la rédaction de Charlie-Hebdo (était-ce bien Coulibaly qu'on a sorti les pieds devant de l'hypermarché casher ? N'a-t-on pas tiré sans sommation sur les terroristes planqués à Verviers et pourquoi ?, etc.), notre société ouverte et libre se voit aujourd'hui proposer une sorte de 'à prendre ou à laisser' : ou bien vous refusez le flicage du citoyen, et ne venez pas vous plaindre si vous êtes pris en otage, ou bien vous acceptez la soldatesque dans les rues en permanence. Posé en ces termes, le dilemme est vite résolu. 70% de nos compatriotes saluent la présence des militaires dans nos rues. Et nous aussi.

Terrorisme : ni l'option sécuritaire, ni l'angélisme

Mesures de sécurité au palais de Justice de Bruxelles. © Belga

Pourtant, la réflexion porte bien plus loin. Et la solution, complexe, se trouve sans doute dans l'entre-deux, entre la béatitude libertarienne et l'approche ultra-sécuritaire digne des théocraties et des dictatures post-communistes.

Devant les nouveaux moyens électroniques de traçabilité, on ne peut guère se contenter de hausser les épaules en disant : bah... Tant que je n'ai rien à me reprocher, quelle importance ?

Dès à présent et plus encore dans un avenir proche "on" saura ce que vous lisez, sur quels jeux vidéos vous vous éclatez, ce que vous mangez, les lieux de loisir que vous fréquentez, les films que vous regardez, les livres que vous lisez et même, via les réseaux sociaux, ce que vous pensez.

Et les géants du GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), déjà quasiment monopolistiques, ont des appétits d'ogre comme on l'a vu dans la proposition avortée de Facebook de racheter Snapchat, et les velléités d'Amazon de vendre désormais presque tout en ligne, même des denrées périssables. Des fusions-acquisitions sont à craindre dans ce monde des mastodontes mondialisés quasi tous américains qui pourraient déboucher sur deux, voire un seul acteur qui réunirait un moteur de recherche, une centrale d'achat et de réservation, des réseaux sociaux, la télévision, les télécoms... : bonjour le très galvaudé Big Brother.

Avec la multiplication des caméras de surveillance, le traçage des GPS, des smart-et i-phones, ce sont jusqu'à nos déplacements quotidiens qui sont potentiellement sous surveillance.

Même des spécialistes du cryptage mettent en garde contre l'avènement d'une dictature technologique. Car ces données, même si elles sont en principe entre de bonnes mains - policiers assermentés, compagnies qui ont signé des chartes de protection de la vie privée-, ne sont pas totalement à l'abri de manipulation.

Tout le paradoxe est là : c'est à l'aide précisément des nouvelles technologies de l'information que les prédicateurs islamistes sévissent et recrutent, armés d'une panoplie d'arguments rendant leur combat aussi excitant qu'un jeu vidéo ou qu'un blockbuster hollywoodien. Alors que des dizaines de sites européens ont subi une cyber-guérilla suite à l'attentat de Charlie-hebdo, l'Europe réunit à Lille ce 21 janvier le Forum international de la cybersécurité (FIC). Il alimentera les conversations des grands de ce monde dans les jours qui viennent.

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Peut-on se contenter d'opposer à des djihadistes sans foi ni loi le respect irréfragable de la vie privée ?

Peut-on se contenter dès lors d'opposer à des djihadistes sans foi ni loi le respect irréfragable de la vie privée ? Faut-il que le Parlement européen, drapé dans ses habits de premier communiant, refuse qu'on livre la liste des passagers aériens aux services compétents ? Notre ministre de l'Intérieur, Jan jambon, inspiré par l'exemple britannique, entend avancer sur ce dossier au risque de fâcher l'UE. Il faut, coûte que coûte, surveiller les allées et venues de nos apprentis djihadistes dont certains ont à peine 16 ans. Au risque, bien sûr, que Monsieur Tartempion, amateur de kyte surf sur les plages d'Antalya, y figure également.

Notre sécurité implique des concessions : entre deux extrêmes - le Patriot Act versus une sorte de "jouir sans entrave" d'inspiration soixante-huitarde -, gageons que la Belgique et l'Europe choisiront un compromis alliant légalisme, efficacité et pragmatisme.

Car, n'oublions pas que ce sont les libertés auxquelles nous tenons tant qui sont dans le viseur des terroristes islamistes.

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