Taxe Tobin :"Ce n'est quand même pas la N-VA qui doit décider de tout dans ce pays"

29/11/16 à 15:00 - Mise à jour à 15:23

Source: Belga

La volonté de la N-VA d'enterrer la taxe Tobin est "totalement inacceptable", réagit mardi le chef du groupe Ecolo-Groen à la Chambre, Kristof Calvo. "Après avoir saboté la justice fiscale au niveau national, la N-VA sème la zizanie au niveau européen", déplore-t-il.

Taxe Tobin :"Ce n'est quand même pas la N-VA qui doit décider de tout dans ce pays"

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"Ce n'est quand même pas la N-VA qui doit décider de tout dans ce pays et de ce qui est bon ou pas bon dans une déclaration de gouvernement auquel elle participe", s'indigne de même le député PS Stéphane Crusnière. Les verts et les socialistes demandent au Premier ministre Charles Michel de "rappeler à l'ordre la N-VA".

Dans une carte blanche publiée par le quotidien De Tijd ce mardi, le député européen N-VA Sander Loones a appelé les partenaires de coalition de son parti au niveau fédéral à débrancher la prise de la taxe Tobin. Pour Sander Loones, "la taxe a plus d'inconvénients que d'avantages. C'est l'illustration de la fausse bonne idée".

La taxe Tobin est une taxe sur les transactions financières dont dix pays européens, parmi lesquels la Belgique, négocient la mise en oeuvre depuis plusieurs années. Une proposition de compromis doit atterrir sur la table des ministres des Finances européens au début du mois prochain. A ce moment, le ministre N-VA des Finances Johan Van Overtveldt, très réservé sur le projet, sera appelé à s'exprimer.

Pour Kristof Calvo, la perspective que la Belgique quitte les négociations serait "honteuse", car cela signifierait de facto la mort de la taxe Tobin. L'introduction d'une taxe sur les transactions financières permettrait de lutter contre la spéculation destructive et d'aller vers plus de justice fiscale au niveau européen, estime Ecolo-Groen, selon qui "la N-VA montre à nouveau son vrai visage comme parti des grandes banques et des multinationales", alors que le MR s'est toujours dit en faveur d'une taxe Tobin, y compris Charles Michel.

"Depuis 2004, notre pays a réitéré, de la manière la plus officielle qui soit - loi, résolution, coopération renforcée - son soutien à la mise en place d'une taxe sur les transactions financières. La volte-face à laquelle nous assistons aujourd'hui est impensable et inacceptable! Ce n'est quand même pas la N-VA qui doit décider de tout dans ce pays et de ce qui est bon ou pas bon dans une déclaration de gouvernement auquel elle participe! A part la N-VA, les partis de la majorité actuelle ont totalement adhéré à cette volonté d'aboutir à la mise en place de cette taxe. Je leur demande donc: ont-ils perdu la mémoire? ", renchérit le député PS Stéphane Crusnière.

Le groupe PS à la Chambre dénonce la "stratégie du pourrissement" élaborée par le ministre des Finances "pour protéger un secteur qui, rappelons-le, a détruit l'économie réelle. Rappelons aussi qu'il s'agit d'une taxe sur les transactions financières à faible taux mais qui doit permettre de réguler autant que faire se peut les marchés financiers et qui engendrera de nouveaux moyens pour la solidarité européenne et internationale. Ici, la N-VA nous annonce clairement son choix: protéger le monde de la finance qui est pourtant responsable de cette crise", ajoute encore le député socialiste. "Tous les pseudo-arguments de la N-VA pour détricoter la taxe Tobin ont été démontés un à un lors d'auditions approfondies en commission des Finances."

Pour le cdH, la taxe vise une certaine équité fiscale en faisant contribuer les spéculateurs. "La N-VA fait la pluie et le beau temps dans ce gouvernement en décidant même d'aller à l'encontre de l'accord de gouvernement. Y a-t-il encore un capitaine à la barre ?", demande la députée Catherine Fonck au Premier ministre Charles Michel.

L'Open Vld, en revanche, trouve "masochiste" que la Belgique approuve une taxe qui ne serait pas appliquée dans toute l'Union européenne ou au moins dans tout le Benelux. Sans la participation des Pays-Bas et du Luxembourg, la taxe Tobin coûtera des emplois et chassera les institutions financières du pays "juste au moment où de grandes institutions installées au Royaume-Uni pensent à traverser la Manche", considère le vice-premier ministre Open Vld Alexander De Croo, interrogé par l'agence Belga. Actuellement, les conditions pour une taxe Tobin ne sont pas remplies, conclut-il.

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