Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

06/04/12 à 09:46 - Mise à jour à 09:46

Taisez-vous !

C'est la prière d'un père désespéré, à l'adresse de Sarkozy. A reprendre, en choeur, à l'égard de tant de "leaders d'opinion".

Il l'a dit six fois. En trois minutes de temps. A BFM-TV, en France. A l'adresse de Nicolas Sarkozy. "Taisez-vous." Six fois. Très précisément comme ça : "Monsieur le président de la République, s'il vous plaît, soyez digne : taisez-vous, taisez-vous ! Taisez-vous, s'il vous plaît. Taisez-vous ! Taisez-vous ! Vous nous faites du mal. Taisez-vous, Monsieur le président !" Avec d'autres phrases, entre.

Lui, c'est Albert Chennouf, le père d'Abel, l'une des victimes de Mohamed Merah, à Montauban. En plein deuil, il est sorti de ses gonds à cause des propos du candidat-chef d'Etat sur les "musulmans d'apparence". Et lui, l'inconnu, ivre de chagrin, suppliait Sarko de la boucler. Une bonne fois. C'était un grand moment. De savoir-vivre, de savoir-se-comporter, de savoir-ce-que-sont-les-gens, bien plus que de télévision. Une leçon de "la France d'en bas", au si petit grand patron de là-bas tout en haut.

"Taisez-vous !" Il aurait pu implorer aussi François Hollande, Marine Le Pen, tant de femmes et d'hommes politiques, tant de chaînes, tant de médias, tant de twittos, tant de monde. "Taisez-vous !" "TAISEZ-VOUS !"

Il aurait pu le prier au nom de beaucoup d'entre nous. Et pas seulement dans le contexte de l'intégrisme religieux. Il aurait dû le hurler. Pour couvrir ce raffut qui nous rend fous. Ce bruit de fond, ces cris stridents, ces discours, ces questions-réponses en direct, ces commentaires des "observateurs", en plateau ou derrière leur clavier, ces buzz, ces kilomètres de bourdonnements (rien que sur l'affaire DSK, au moins 540 000 tweets auraient été rédigés, soit 75 600 000 signes, soit presque huit fois plus qu' A la recherche du temps perdu, présenté comme le plus long roman courant, avec 9 609 000 caractères...).

Taisez-vous. Vous tous qui jacassez. Gardez pour vous vos grands oraux et petites phrases, vos avis et campagnes de promotion, vos bruits de bâtons qui fouettent les vagues de nos océans, vos moulinets dans le vent. Arrêtez vos émissions spéciales, breaking news sans news, qui montrent que vous ne voyez rien, qui disent que vous ne savez rien, mais qui supputent, décodent le conditionnel, analysent le peut-être, se ruent sur ce que tout le monde connaît, s'agitent comme des poules sans tête ni plumes. Taisez-vous. Vous parlez, vous parlez, vous parlez, mais vous ne voyez rien, vous n'entendez personne, vous avez le nez bouché et vous vous êtes greffé le nombril à la place du cerveau.

Et que nous soyons à célébrer nos amours, pleurer nos morts, subir nos défaites ou affronter nos angoisses, nous souhaitons que vous les respectiez. En silence (1).

Vous ouvrirez la bouche quand nous vous le demanderons. Si vous avez quelque chose à dire.

(1) Sur cet aspect des choses, avec Elio Di Rupo en Premier ministre, il faut convenir que nous avons, en Belgique, au moins cette chance. Un expert en com' qui reste motus, c'est inespéré. THIERRY FIORILLI

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