Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

30/05/12 à 11:38 - Mise à jour à 11:38

Syrie : pourquoi il n'y aura pas d'intervention militaire

L'expulsion des ambassadeurs est une mesure plus symbolique qu'efficace. Inutile d'imaginer une escalade dans la crise syrienne. Les Russes sont toujours là pour protéger leur allié syrien.

Syrie : pourquoi il n'y aura pas d'intervention militaire

© Image Globe

En réponse au massacre de Houla, plusieurs pays occidentaux, dont la Belgique, ont décidé de déclarer persona non grata l'ambassadeur de Syrie. La mesure a une valeur plus symbolique qu'efficace. Pourquoi ?

1. Certes le discrédit qui frappe le régime de Bachar al-Assad est encore un peu plus grand aujourd'hui. La responsabilité de l'armée dans la tuerie démontre s'il le fallait encore que Damas n'entend pas respecter le plan Annan de sortie de crise qui prévoit l'arrêt des violences et le retrait des villes des chars syriens. Mais discrédité aux yeux des puissances occidentales, le régime syrien l'était déjà. Le renvoi des ambassadeurs n'y change rien. Sauf symboliquement.

2. Le massacre de Houla aurait pu avoir pour effet d'infléchir la position de la Russie et de la Chine. Il n'en est rien. Après s'être ralliés à une déclaration - pas une résolution - du Conseil de sécurité condamnant "une série de bombardements par les tanks et l'artillerie gouvernementale", les deux grands soutiens de la Syrie ont rapidement reprécisé leurs lignes rouges et instillé le doute sur la paternité unique de l'armée dans le massacre. Responsabilité partagée, a insisté le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Or, il est vrai que des interrogations demeurent sur les faits eux-mêmes. Les observateurs de l'ONU ont confirmé que la plupart des victimes de Houla n'avaient pas succombé en raison des bombardements. "La plupart (...) ont été sommairement exécutées lors de deux incidents différents", soulignent les enquêteurs de l'Onu qui rapportent des témoignages d'habitants accusant les milices "chabiha" supplétives du régime. Un scénario plausible, mais qu'une enquête approfondie et indépendante devrait impérativement confirmer.

3. Hors l'aval de la Russie et de la Chine aux Nations unies, il n'y aura pas d'intervention militaire internationale, même si une partie de l'opposition la réclame aujourd'hui. Tout le monde le sait. Le président français François Hollande l'a clairement précisé lors de son interview mardi soir sur France 2. Du reste, cela arrange plutôt les dirigeants occidentaux qui ne souhaitent pas se lancer dans une opération militaire qui serait trop aventureuse et dont les conséquences sont imprévisibles, notamment en raison des soutiens au Liban et en Iran du régime de Bachar al-Assad.

4. La marge de manoeuvre de ceux qui veulent légitimement le départ du président syrien est donc réduite.

Armer la rébellion ? Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a évoqué cette hypothèse à demi-mot dans une interview qu'il a donnée au Monde. "La réalité, c'est que les frontières sont poreuses et que des armes entrent en Syrie", a reconnu M. Fabius. Mais la rébellion est divisée et en partie noyautée par des islamistes radicaux. De surcroît, le régime est aussi armé par l'étranger (Le Canard enchaîné révèle cette semaine qu'un détachement du FSB, ex-KGB, s'est installé à Damas dans ce but), et cette fuite en avant risquerait de mener à une guerre civile totale.

Une "solution à la yéménite", avec retrait du président Assad et transition menée par un proche du régime ? Solution médiane peut-être la plus praticable, mais qui serait loin de régler tous les défis de l'après-conflit. En outre, les conditions sont loin d'être remplies pour envisager aujourd'hui pareil scénario. La radicalisation des belligérants, l'extrémisme des soutiens du régime Assad et les enjeux régionaux ne plaident pas pour une voie négociée. Reste à espérer que le renforcement des sanctions, la saisine de la Cour pénale internationale et le soutien à une rébellion unie finiront par faire imploser le pouvoir syrien de l'intérieur. En attendant, il faut arrêter de faire croire que l'expulsion de quelques ambassadeurs rapproche d' une opération militaire étrangère, c'est de la politique-spectacle.

Gérald Papy

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