Soudanais torturés : Clash entre le Premier ministre et la N-VA

21/12/17 à 18:42 - Mise à jour à 18:58

Source: Belga

Sur les bancs de la majorité, le climat n'était pas au beau fixe. La N-VA a grogné. Charles Michel a répondu. "Il n'y aura pas d'expulsion tant qu'une enquête n'aura pas fait la lumière" a encore précisé Michel. Après la réponse du Premier ministre, M. Francken a quitté l'hémicycle.

Soudanais torturés : Clash entre le Premier ministre et la N-VA

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"Il n'y a pas eu du tout de réprimande, il ne m'a pas tapé sur les doigts. Il ne doit pas dire qu'il a décidé qu'il n'y aurait pas de rapatriements, car il n'y en avait pas de prévu avant la fin du mois de janvier. " dit Theo Francken (N-VA), secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations, particulièrement remonté devant la caméra de VTM. Avec cette sortie, il répond vertement au dernier dossier en date qui secoue le gouvernement Michel.

Et le ton est particulièrement mordant. Le "il" dont parle Francken est le Premier ministre Charles Michel (MR). Ce dernier a déclaré à la RTBF ce matin qu'il suspendrait les rapatriements de Soudanais jusqu'à la fin du mois de janvier. Et ce jusqu'à ce qu'une enquête apporte plus de la clarté sur le sujet.

Francken semblait avoir été piqué par une guêpe. "Je fais ce qu'il m'a dit en août: pas de seconde Calais. Et j'applique la loi. Je ne trouve pas que cela soit correct. Mais soit. Il est le Premier ministre et nous entretenons de bonnes relations. Cependant l'insinuation selon laquelle il n'y aurait pas de rapatriement jusqu'à la fin du mois de janvier et qu'elle est suspendue d'ici là est absurde. Il n'y en avait pas de prévues. " dit encore Francken.

Il n'y aura pas d'expulsion tant qu'une enquête n'aura pas fait la lumière

Il n'y aura pas d'expulsion de Soudanais tant qu'une enquête indépendante n'aura pas éclairci les informations relatives à leur mauvais traitement lors de leur retour au Soudan, a indiqué jeudi le Premier ministre, Charles Michel, devant la Chambre. Il espère en obtenir les résultats au mois de janvier.

Les nationalistes flamands n'ont pas paru sur la même longueur d'ondes que le Premier ministre. Ils ne veulent pas entendre parler de suspension des expulsions vers le Soudan. Le désaccord est apparu en séance plénière. "Il n'y pas de suspension, et c'est une bonne chose", s'est félicitée jeudi Sarah Smeyers (N-VA).

Mercredi, M. Michel avait annoncé que ces expulsions étaient suspendues jusqu'à la fin janvier tandis que le secrétaire d'Etat à l'Asile, Theo Francken (N-VA), expliquait qu'il n'y avait de toute façon pas d'expulsion programmée vers le Soudan prévue avant cette échéance.

Le Premier ministre s'est gardé de se prononcer sur les informations parues mercredi, qu'il a apprises par la presse. "C'est peut-être vrai. Dans ce cas, c'est très grave et nous devrons réagir. Mais nous devons d'abord mener une enquête indépendante", a-t-il souligné.

Le gouvernement arrêtera les modalités de cette enquête vendredi.

M. Michel a insisté sur l'importance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui prohibe la torture et les mauvais traitements, "un principe sacré". Il n'a toutefois pas n'a pas remis en cause l'action de son gouvernement dans ce dossier. Il s'agit d'empêcher que ne se constitue à Bruxelles un "Calais bis", a-t-il rappelé, peuplé de "transmigrants" qui pour leur grande majorité ne souhaitent pas demander l'asile en Belgique mais se rendre en Grande-Bretagne. "La Belgique a agi, dans ce cadre, comme d'autres pays européens", a-t-il dit.

L'opposition n'a pas manqué de rappeler au gouvernement les mises en gardes qui lui avait adressées à propos de sa "coopération technique" avec le Soudan, l'une des dictatures les plus répressives de la planète. "Les pires craintes se sont vérifiées", a fait remarquer Georges Dallemagne (cdH). "Etes-vous parvenu à dormir hier soir?", a demandé Julie Fernandez-Fernandez (PS), alors que Benoît Hellings (Ecolo) fustigeait la "honte" de la Belgique, prix à payer pour avoir coopéré avec une police politique.

La politique menée par la majorité traduit une "idéologie de fond", selon Raoul Hedebouw (PTB): "tous les étrangers sont des profiteurs, alors, dehors".

DéFI s'est attiré les foudres du Premier ministre en utilisant les mots de "rafles" et de "déportation": un "amalgame scandaleux" avec une autre période de l'histoire, d'après M. Michel.

Sur les bancs de la majorité, le climat n'était pas au beau fixe. La N-VA n'a pas applaudi la réponse de M. Michel. Le CD&V a fustigé les nationalistes. "Bien sûr, il faut une politique de retour mais toujours dans le respect des droits de l'homme, et sans risque que les personnes soient maltraitées. Si on ne peut le garantir, on ne peut les renvoyer. Il s'agit d'êtres humains", a lancé Nahima Lanjri à la N-VA et à M. Francken. Après la réponse du Premier ministre, M. Francken a quitté l'hémicycle.

Plusieurs associations appellent le gouvernement au respect du droit international

Le gouvernement fédéral était au courant des risques de torture qu'encouraient les Soudanais présents en Belgique et renvoyés dans leur pays, écrivent jeudi le CNCD-11.11.11, le CIRÉ et Amnesty International dans un communiqué commun. L'équipe gouvernementale n'a pas agi en respect de la dignité humaine, du droit international et a donc violé "consciemment" l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme, s'insurgent les associations.

Mercredi, l'Institut Tahrir pour la politique au Moyen-Orient a livré le témoignage de ressortissants soudanais victimes de torture et de violences à la suite de leur expulsion de la Belgique vers le Soudan. Plusieurs associations de défense des droits humains avaient pourtant averti le gouvernement belge en septembre des "graves risques" d'une collaboration avec le Soudan, indiquent-elles. Si les faits sont avérés, il s'agit d'une "preuve évidente que le gouvernement Michel s'enferme dans sa tour d'ivoire, insensible et déconnecté totalement du vécu des populations migrantes vulnérables, des revendications des associations qui les soutiennent et du respect du droit international", ajoute le communiqué. "Il n'y a pas de pire sourd que celui qui ne veut entendre." Les associations rappellent avoir demandé dès 2016 la mise en place d'un centre d'accueil temporaire et d'orientation des migrants en transit, leur permettant d'explorer "dans des conditions dignes" les possibilités de séjour selon leur profil.

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