Michel Delwiche
Michel Delwiche
Journaliste
Opinion

13/03/13 à 12:15 - Mise à jour à 12:15

Sierre : Tant que la vérité n'est pas établie...

Des cérémonies seront organisées aujourd'hui et demain en Suisse et en Belgique à la mémoire des 28 personnes ( 22 enfants, les deux chauffeurs et quatre accompagnateurs) décédées dans l'accident d'autocar qui a eu lieu il y a un an dans le tunnel de Sierre, en Suisse.

Sierre : Tant que la vérité n'est pas établie...

© Image Globe

Il était 21h15 ce mardi 13 mars 2012 quand le car belge s'est écrasé contre le mur de béton perpendiculaire à la route, au bout d'une niche de dégagement. Le choc a été d'une violence inouïe. Le véhicule roulait à 100 km/h, la vitesse autorisée, et en une fraction de seconde il a été stoppé net. Toute l'énergie de l'accident est passée dans le car.

Un an après, on ne connaît toujours pas les causes précises de la catastrophe. Le chauffeur, Geert Michiels, venait de prendre le volant pour relayer son collègue qui venait d'effectuer la vertigineuse descente depuis le village de Saint-Luc, dans le Val d'Anniviers, où les enfants venaient de passer une semaine de classes de neige. Il a pris l'autoroute et s'est engagé dans le tunnel qui passe sous la petite ville de Sierre. Deux minutes plus tard, c'était le drame. Dès le début de l'enquête, les autorités suisses ont établi que la vitesse n'était pas en cause, que le car était en parfait état, que le chauffeur ne présentait aucune trace d'alcoolémie et devait être reposé, qu'il n'était pas au téléphone et n'envoyait pas de SMS, et que la version un moment émise de la manipulation d'un DVD pouvait être écartée.

Il a également été question d'un médicament antidépresseur, mais pris à faible dose, et d'un possible accident cardiaque. Quant à l'hypothèse du suicide, son épouse la balaie : Geert lui a téléphoné vers 20 heures, il était exubérant, il y avait beaucoup d'ambiance dans le car, a-t-elle confié au Nieuwsblad, et il s'est inquiété de ce qu'il mangerait de bon à son arrivée à la maison parce que, a-t-il expliqué en rigolant, "ici ce n'était pas terrible".

Pour l'accidentologue français Patrick Botto, spécialiste des accidents d'autocars depuis plus de 30 ans, le chauffeur a dû avoir un moment d'inattention. On sait que le car a d'abord heurté le bord droit du tunnel, un choc qui l'aurait déporté vers la gauche, explique-t-il, et peut-être le chauffeur a-t-il voulu, instinctivement, par réflexe, compenser ce mouvement en donnant un coup de volant vers la droite, mais un coup de volant trop appuyé, qui a emmené le véhicule dans la niche réservée aux arrêts d'urgence, puis droit dans le mur. La FBAA (la Fédération belge des exploitants d'Autobus et Autocars) a proposé, à sa charge, les services de Patrick Botto pour tenter de faire la lumière sur le drame, mais cette proposition n'a jamais reçu de réponse.
Les familles des enfants veulent évidemment savoir ce qui s'est passé avant, et après, l'accident. Certaines d'entre elles ont mis en cause la lenteur de l'intervention des secours. La première ambulance, qui venait de Sierre, a mis plus d'un quart d'heure après la réception de l'alerte, et cette alerte elle-même aurait été donnée plusieurs minutes après le crash, les images de vidéosurveillance ne montrant pas de façon claire qu'il y avait eu un accident. D'autres parents ont fait enlever les noms des chauffeurs de la plaque commémorative apposée à Saint-Luc. Tant qu'ils ne sauront pas la vérité, ils en voudront au monde entier.

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