Groupe du vendredi
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Opinion

08/04/17 à 11:50 - Mise à jour à 11:50

Si quelque chose ne tourne pas rond avec la jeunesse d'aujourd'hui, c'est à cause de l'école

"Un grand nombre de problèmes dans notre société puisent leur source chez les jeunes. Les jeunes ne sont pas motivés, pas suffisamment intégrés, ils s'opposent à tous les systèmes, ne respectent pas la hiérarchie et ne profitent pas des opportunités qui leur sont offertes."

Si quelque chose ne tourne pas rond avec la jeunesse d'aujourd'hui, c'est à cause de l'école

© Getty Images/iStockphoto

"Ainsi, un très grand nombre de jeunes se retrouvent dans la criminalité, se radicalisent, vivent en marge de la société et ne contribuent pas à celle-ci. Décrocher un diplôme, ils ne l'envisagent plus ; prendre une initiative pour lancer quelque chose est un trop grand pas... Bref, ils ne savent pas ce qu'ils veulent et ne contribuent pas à la société." Tels sont en substances les griefs qui me parviennent généralement à propos de la 'jeunesse d'aujourd'hui'.

Et s'il s'agissait essentiellement d'un problème d'encadrement ? Nombre d'organisations pour la jeunesse possèdent une structure scolaire, laquelle fonctionne généralement avec un planning annuel qui se répète année après année. Il apparaît clairement que, sur le plan pédagogique, nous ne sommes pas sur la bonne voie. Les jeunes sont en effet à la recherche d'associations où ils peuvent être eux-mêmes, se détendre, partager ou signifier quelque chose, et non d'une organisation dont la structure leur rappelle les bancs de l'école.

Mon expérience de travail auprès des jeunes m'apprend que ceux-ci sont motivés et prêts à s'engager en faveur d'une société meilleure. Ils ne savent pas toujours quelle place ils occupent, mais donnez-leur un stylo et du papier, et ils se mettront à écrire des poèmes sur la façon dont ils se sentent dans leur société. Et parmi ces poèmes, il y a des perles : pas seulement du slam branché et des textes de rap, mais aussi des sonnets et des énigmes rimées. Ces poèmes sont une forme d'autoréflexion, une rencontre avec une identité qu'ils veulent découvrir et développer. Comme toute quête intérieure, une empathie sincère est décisive. En écoutant les jeunes, en les accompagnant et en les confirmant dans leur voie et leurs talents, vous leur montrez qu'ils sont capables.

Ce n'est là qu'un exemple de la façon d'inspirer et d'activer les jeunes. La même approche peut s'appliquer à d'autres situations : à la maison, à l'école, un peu partout dans toute la société, en réalité. Ainsi, les jeunes peuvent même devenir des concitoyens qui contribuent à une société stable. Une société qu'ils s'approprient et qu'ils appellent 'ma' société, loin des îlots individuels où seul l'ego est roi.

Vous inspirez les jeunes en les mettant en contact avec des modèles, en leur donnant des exemples concrets et en leur apprenant à découvrir leurs propres talents. Muslinked ou le Toekomstatelier de l'avenir à Bruxelles sont des associations qui montrent que les choses peuvent s'améliorer lorsqu'on communique mieux avec les jeunes, sur la base d'une approche positive. En utilisant également la langue et les médias des jeunes, ce qui est essentiel pour la compréhension mutuelle. L'activation, ce n'est rien de plus que soutenir les jeunes en maintenant les seuils aussi bas que possible pour qu'ils agissent par eux-mêmes. Et croire en eux. Croire aux jeunes, c'est leur donner la confiance et les moyens de s'approprier ce qu'ils veulent réaliser. Ils apprennent ainsi à être critiques et autonomes, mais aussi à travailler en groupe et dans les domaines dans lesquelles ils sont bons.

Tout cela peut se faire par essais et erreurs. En effet, les jeunes doivent aussi apprendre à gérer la critique et les revers. Comprendre que le succès n'est pas servi sur un plateau, mais qu'il nécessite des efforts.

Les recommandations suivantes peuvent contribuer à avancer dans la bonne direction :

- Les pouvoirs publics peuvent fournir un cadre pour le service communautaire. À travers ce dernier les jeunes apprennent de nouvelles compétences, nouent des contacts, et renforcent leur confiance en eux. Les initiatives récentes de Peter Van Rompuy (CD&V), notamment, dont l'objectif est de donner à chaque jeune l'opportunité de s'engager pour la Communauté, mais aussi de fournir le cadre juridique et la rémunération (des bénévoles) nécessaires aux structures encadrantes, méritent notre soutien.

- Les associations doivent oser déléguer leur planning et laisser les jeunes eux-mêmes se l'approprier.

- Les parents doivent apprendre à leurs enfants dès leur plus jeune âge à gérer la critique et les revers, ainsi qu'à être assertifs dans la vie.

- À l'école, l'enseignant doit se concentrer principalement sur la réalisation de l'apprentissage, tout en démontrant qu'il connaît l'univers des jeunes. Comme le dit Pedro De Bruckere (Arteveldehogeschool Gand) : "La gestion d'une classe commence par un bon enseignement. Un professeur joyeux dont les élèves disent après un certain temps : 'il est sympa, mais je n'ai rien appris' n'est pas un bon professeur." En outre, les enseignants doivent oser percer le propre univers des élèves, qui semble le début et la fin de tout. Établir un lien avec l'univers des jeunes est un outil pour enthousiasmer les jeunes et les motiver intrinsèquement (Schuit, de Vrieze & Sleegers, 2011).

- En tant que société, nous devons être moins critiques vis-à-vis des idées des jeunes, tant qu'elles s'intègrent dans notre système démocratique et ne constituent pas une menace pour la société. Bien souvent, c'est une évolution et non une révolution.

Laissez les jeunes décider eux-mêmes ce qu'ils veulent et comment ils souhaitent le réaliser. Laissez-les aussi déterminer pourquoi ils le veulent, et évaluer ensuite ce qu'ils ont accompli. Les jeunes savent ce qu'ils veulent, mais bien souvent, ils ne connaissent pas leurs propres talents ou ne croient pas suffisamment en eux, ce qui est notamment lié aux structures dans lesquelles ils sont censés aujourd'hui devenir adultes. Si quelque chose ne tourne pas rond avec la jeunesse d'aujourd'hui, ce sont les structures scolaires dans lesquelles elle doit apprendre à devenir adulte.

Abdelkarim Bellafkih est ingénieur, fondateur notamment de Freehands et Muslinked, et membre du Groupe du vendredi, une plate-forme politique pour jeunes d'horizons divers, soutenue par la Fondation Roi Baudouin - www.v-g-v.be @Friday_Group

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