Salah Abdeslam va être remis à la France, sans doute très rapidement

31/03/16 à 17:52 - Mise à jour à 20:12

Source: Belga

La justice belge a donné jeudi son feu vert à l'extradition en France de Salah Abdeslam, suspect-clé des attentats du 13 novembre, attendue par les autorités françaises pour faire la lumière sur le réseau jihadiste derrière les tueries de Paris et Bruxelles.

Salah Abdeslam va être remis à la France, sans doute très rapidement

Salah Abdeslam © AFP

"Il souhaite collaborer avec les autorités françaises", a assuré un de ses avocats, Cédric Moisse, alors que le seul survivant des commandos qui ont tué 130 personnes dans la capitale française s'était muré dans le silence dès le lendemain de son arrestation, le 18 mars à Bruxelles, après s'être initialement exprimé.

Lire également l'article >>> Abdeslam souhaite "collaborer avec les autorités françaises" du 31 mars 2016

Le procureur fédéral est allé l'entendre en prison à Bruges, dans le nord-ouest de la Belgique. Salah Abdeslam lui "a donné son consentement" quant à l'exécution du mandat d'arrêt européen émis par la France, a dit Me Moisse.

Dès lors, "le transfèrement est autorisé" et "les autorités belges et françaises décideront après concertation des modalités de cette remise", a expliqué le parquet fédéral belge. Selon l'avocat, l'extradition devrait intervenir dans les dix jours.

Français de Belgique âgé de 26 ans, Salah Abdeslam, petit caïd radicalisé qui a grandi dans la commune de Molenbeek, semble au coeur du réseau du groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui a semé la mort à Paris en novembre dernier puis Bruxelles où 32 personnes sont mortes le 22 mars.

Selon le procureur de Paris, François Molins, il a "eu un rôle central dans la constitution des commandos du 13 novembre" en participant "à l'arrivée d'un certain nombre de terroristes en Europe", et "dans la préparation logistique de ces attentats".

Et il a au moins convoyé ce soir-là les kamikazes du Stade de France, en banlieue parisienne. Lui-même, dans ses premières déclarations, a minimisé son rôle. Il a aussi raconté qu'il "voulait se faire exploser au Stade de France" avant de faire "machine arrière", selon François Molins.

L'aéroport 'prêt' à rouvrir

Les enquêteurs se demandent s'il n'était pas plutôt chargé de l'attentat dans le nord de Paris mentionné dans la revendication de l'EI mais qui n'a pas eu lieu.

Son arrestation après plus de quatre mois de cavale semble en outre, selon les enquêteurs, avoir précipité le triple attentat-suicide à l'aéroport et dans le métro de Bruxelles.

Dans l'appartement bruxellois d'où sont partis les assaillants de l'aéroport la police a trouvé des explosifs et se demande si Abdeslam était censé participer aux attaques, peut-être avec d'autres cibles.

Un ordinateur a aussi été abandonné dans une poubelle près de cette planque : son analyse, toujours en cours, fait apparaître que son propriétaire avait fait des recherches notamment au sujet des bureaux et de la résidence du Premier ministre belge et du parlement. "Mais cela ne signifie pas du tout à ce stade que nous considérons qu'il s'agissait de cibles, et qu'il y a une menace sur ces lieux", a-t-on assuré à l'AFP de source proche de l'enquête.

Un ou plusieurs suspects sont recherchés après les attentats bruxellois, notamment "l'homme au chapeau", le troisième poseur de bombe de l'aéroport qui est parti avant que les deux kamikazes se fassent exploser.

Attentats à Bruxelles - Plusieurs médias diffusent la photo de trois suspects dans les attentats à Zaventem

Attentats à Bruxelles - Plusieurs médias diffusent la photo de trois suspects dans les attentats à Zaventem © BELGA

La réouverture de l'aéroport de Zaventem au trafic voyageurs continue d'être repoussée de jour en jour depuis les explosions. Il est désormais "techniquement prêt" pour une reprise partielle, mais aucun vol commercial n'aura lieu avant samedi.

Signe que la menace terroriste continue de planer sur l'Europe, une nouvelle opération policière franco-belge a été menée jeudi à Courtrai, dans le nord-ouest de la Belgique, dans l'enquête distincte sur un projet d'attaque déjoué en France.

Dans un quartier bouclé par la police et l'armée, les forces de l'ordre, munies de détecteurs de métaux et accompagnées de chiens, ont notamment fouillé les abords d'une maison et un petit bois, selon un photographe de l'AFP. Mais aucune interpellation n'a eu lieu et les enquêteurs n'ont trouvé ni armes ni explosifs.

Arrestation de Reda Kriket - Abderamane A. sous mandat d'arrêt pour participation aux activités d'un groupe terroriste

Arrestation de Reda Kriket - Abderamane A. sous mandat d'arrêt pour participation aux activités d'un groupe terroriste © BELGA

La justice française avait inculpé mercredi soir le principal suspect de cette "action terroriste imminente", le Français Reda Kriket, et des hommes en lien avec ce dossier sont également écroués aux Pays-Bas et en Belgique.

Salah Abdeslam: chronologie des attentats de Paris à l'extradition

- 13 novembre 2015

A 21H59, une Clio noire, louée par Salah Abdeslam arrive dans le nord de Paris. Les enquêteurs se demandent s'il n'est pas au volant après avoir déposé trois kamikazes aux abords du Stade de France.

Il dépose la voiture dans le 18e arrondissement, mentionné par le groupe Etat islamique dans sa revendication, puis se rend dans la banlieue sud, à Montrouge, où un gilet d'explosifs sera retrouvé le 23 novembre.

- 14 novembre

A un contrôle routier à Cambrai, près de la frontière franco-belge, un homme présente aux gendarmes des papiers au nom de Salah Abdeslam. La voiture est autorisée à repartir, Salah Abdeslam étant inconnu des services français et ne figurant pas dans les fichiers, à l'inverse des services belges.

Un mandat d'arrêt européen est délivré contre lui le 24 novembre. Pendant quatre mois, il reste introuvable.

- 15 mars 2016

Une équipe de six enquêteurs franco-belges se présente pour une perquisition de routine devant un appartement de Forest, dans le sud-ouest de la capitale belge. Ils sont accueillis par des tirs d'armes automatiques. L'un des trois hommes à l'intérieur de l'appartement est tué, deux autres prennent la fuite.

- 18 mars

En début d'après-midi, le parquet fédéral belge confirme que des empreintes de Salah Abdeslam ont été retrouvées dans l'appartement perquisitionné à Forest.

Quelques heures plus tard, on apprend qu'une importante opération de police est en cours à Molenbeek. A 18h00, des sources policières confirment que Salah Abdeslam a été arrêté, blessé à une jambe.

- 19 mars

Entendu au siège de la police fédérale belge, Salah Abdeslam reconnaît avoir "voulu se faire exploser au Stade de France" le soir des attentats, avant d'avoir fait "machine arrière".

Il minimise son rôle dans les attentats, chargeant son frère Brahim et Abdelhamid Abaaoud, ami d'enfance qu'il dit à peine connaître.

Salah Abdeslam est inculpé pour "meurtres terroristes et participation aux activités d'un groupe terroriste". Son avocat annonce que son client refusera son extradition vers la France.

Il est incarcéré à la prison de Bruges (nord de la Belgique).

- 22 mars

Un triple attentat-suicide fait 32 morts et 340 blessés à Bruxelles.

Interrogé par les enquêteurs juste après ces attaques, Salah Abdeslam se refuse à la moindre déclaration.

Deux jours plus tard, son avocat affirme que son client n'était "pas au courant" des attentats de Bruxelles et qu'il souhaite désormais être remis à la France "le plus rapidement possible".

- 31 mars

Avant une audience devant la cour d'appel de Bruxelles consacrée à l'examen du mandat d'arrêt européen émis contre Salah Abdeslam, son avocat affirme que son client est prêt à "collaborer avec les autorités françaises".

La justice belge approuve sa remise à la France.

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