Saint-Josse: des Djiboutiennes en grève de la faim contre des viols commis par l'armée

02/05/16 à 16:12 - Mise à jour à 16:19

Source: Le Vif

Depuis une semaine, dix jeunes femmes originaires de Djibouti ont entamé une grève de la faim à la Maison du Peuple de Saint-Josse. Leur objectif : dénoncer les viols commis, en toute impunité, par les soldats de l'armée djiboutienne depuis près de 25 ans.

Saint-Josse: des Djiboutiennes en grève de la faim contre des viols commis par l'armée

Aïcha Dabalé, porte-parole du groupe et Fatouh Abdallah © Axelle Magazine

"La grève de la faim, ce n'est pas une forme de lutte qu'on a choisie dès le départ, c'est notre dernier recours" explique Aïcha Dabalé porte-parole du groupe. Les dix jeunes femmes originaires de Djibouti sont entassées sur des matelas à même le sol, affaiblies par la faim et la soif, mais plus déterminées que jamais à faire réagir les instances internationales.

Aïcha Dabalé analyse la situation: "A Djibouti, il y a plusieurs bases militaires occidentales, notamment la plus grande base française en Afrique comptant environ 1600 soldats, une base américaine dans le cadre de la lutte internationale contre le terrorisme, une base japonaise dans le cadre de la lutte internationale contre la piraterie maritime.... et même 600 soldats belges. Ils sont tous là parce Djibouti occupe une place géostratégique importante. Ce que nous leur reprochons, c'est de fermer les yeux sur ce qui se passe, c'est de la complicité !".

Ce petit pays de moins d'un million d'habitants situé sur la corne d'Afrique dispose en effet d'un avantage géostratégique considérable : le détroit de Bab-el-Mandeb, par lequel passent la plupart des grands pétroliers. Un argument de poids qui entraine un manque cruel de réaction de la part des autorités internationales.

Cette grève de la faim avait été initiée par les femmes djiboutiennes à Paris, le 25 mars dernier, au moment des élections à Djibouti. Elles ont tenu 19 jours sans manger. "Les filles belges ont voulu la poursuivre parce que la semaine prochaine, il y aura l'investiture du Président et donc il y a plein de fêtes organisées pour féliciter ce dictateur ! Le but est d'interpeler le Parlement, car l'Union Européenne est un soutien économique important pour Djibouti ! Ce qu'on veut c'est que l'argent versé soit conditionné en terme de respect des droits humains et des droits des femmes".

Vendredi dernier, les députés européens Louis Michel et Marie Arena sont allés à la rencontre des grévistes. Ils ont précisé qu'ils ne souhaitaient pas qu'elles abiment leur santé et qu'ils mettraient tout en oeuvre pour attirer l'attention de l'Europe sur ces viols.

Coups et blessures

La pression gouvernementale djiboutienne est telle que les médecins et les avocats refusent de parler des viols commis. "Quand les femmes violées se présentent pour obtenir une attestation de la part du médecin, ils refusent, car ils ont peur que le gouvernement ferme leur cabinet. Ils ne veulent pas faire d'attestation de violences sexuelles, simplement de coups et blessures, mais ce n'est pas suffisant pour elles, ce n'est pas comparable. Ensuite, les filles sont renvoyées vers des avocats, mais ils refusent également de les défendre" poursuit la porte-parole.

Les plaintes déposées par celles qui ont le courage de le faire n'aboutissent jamais, "elles sont totalement détruites par ces actes ignobles et il est impossible pour elles de se reconstruire, car elles côtoient en permanence leurs bourreaux" constate amèrement Aïcha Dabalé.

Pour ces femmes, le gouvernement de Djibouti tente d'acheter leur silence et de leur entourage: "Fatouh Abdallah, qui soutient toujours les grévistes, a été violée par la garde présidentielle quand elle avait 17 ans. Son père a porté plainte, ils ont voulu le payer, mais il a toujours refusé" dit-elle, désignant avec tendresse la jeune fille sourde et muette.

Actuellement, la réaction des autorités internationales se fait toujours attendre. Seul le hashtag #stopvioldjibouti permet à l'ensemble de la communauté de marquer son soutien. Les femmes djiboutiennes, touchées de près ou de loin par ces viols, continueront donc encore à s'affamer pour dénoncer cette réalité passée sous silence.

Par Axelle Verstraeten

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