Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

05/04/13 à 09:58 - Mise à jour à 09:58

Roué Janus

De la bricole, des rustines, un zeste d'imagination, beaucoup de rouerie... et voilà l'ajustement budgétaire de 2013 ficelé.

Ouf, tout le monde respire ! Les politiques, bien sûr, véritables maîtres de l'esquisse et qui ont réussi une nouvelle fois le grand écart entre la droite et la gauche. La population, qui n'a pas vu son pouvoir d'achat brutalisé, un signal apprécié à court terme par les marchés financiers qui craignent comme la peste une récession à la grecque. L'Europe enfin, dont les diktats sur les mesures structurelles ont été respectés. Tous contents ! Tous victimes consentantes du syndrome de l'autruche. On verra bien demain. Et si, demain, la relance devait pointer le bout de son nez ? Dans les arcanes du pouvoir, on veut y croire. De la méthode Coué, devenue mantra alors qu'elle n'est que poudre de perlimpinpin.

Tout ce tintouin pour en arriver là. On se pince. Mais on s'incline aussi. Car ce budget, c'est aussi un travail d'orfèvre, de la dentelle, du grand art d'alchimiste et d'apothicaire. Bluffer tout le monde avec autant de panache, soyons juste, demande une sacrée maestria ! In petto, personne n'est dupe, certes, mais tous font semblant. Et tant pis si les bombinettes à retardement s'accumulent en dessous du tapis, la trêve pascale ne permettant pas aux fâcheux de crier trop fort. Un avant-goût de la tonalité du conclave budgétaire de juillet prochain. Normal, les yeux des politiques sont rivés sur 2014, l'année de tous les dangers. La spirale du pire est à venir, donnons donc du temps au temps en ondoyant dans le vague, en laissant flotter. Au diable la stratégie ! Beaucoup trop risqué. Non, mieux vaut jouer avec la râpe à fromage. Rira bien qui rira le dernier... surtout si, dans un an, il faut peut-être embarquer Bart De Wever, le paria, dans une coalition au fédéral. Le cauchemar. Alors on ruse, on louvoie, on esquive, on dessine des mesurettes trempées dans l'eau tiède, le tout saupoudré d'un maximum de com', et hop, ça passe !

La com', nerf de la guerre. Surtout quand il s'agit de vendre du vent. Mais pour tous les dossiers sensibles, c'est toujours la discrétion qui est de mise. Motus et bouche cousue. Pour preuve, ce trésor de guerre puisé dans l'argent public que les partis se sont octroyés sans modération depuis 1989, comme le prouve notre enquête cette semaine. Pas moins de 88 millions, un véritable pactole logé en placements et en liquidités par un "club des douze" au portefeuille bien garni. Plus question ici de râpe à fromage, mais bien de lois cousues sur mesure pour alimenter les bas de laine aux crochets du contribuable-électeur. Là, on ne lésine pas, la tendance lourde est même à l'enrichissement permanent. A l'origine, un système louable pour alimenter une saine démocratie. Finies les affaires politico-financières des années 1980 comme Inusop ou Agusta-Dassault, ainsi que les petits cadeaux des entreprises. L'heure, désormais, est à la transparence. Le "hic", c'est que les politiques érigent eux-mêmes les règles pour l'obtention de cette manne, et ce sans contrôle de quiconque. "Ils sont créatifs en matière de self-service financier", confirme Bart Maddens, politologue à la KUL. Ingénieux, astucieux... et surtout bons gestionnaires. Comme on aimerait qu'ils prennent soin avec autant d'attention et de créativité des budgets de l'Etat ! Qu'ils gèreraient alors en bons pères de famille et non pas sous la pression de promesses électorales qui, comme les certificats verts par exemple, nous coûtent les yeux de la tête. Las. Voeu pieu. Tel Janus, ils affichent deux personnalités. Celle qui danse en permanence au bord d'un volcan, et celle de l'ombre, tel Picsou, qui compte âprement ses deniers. Guère rassurant tout ça !

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