"Roi potiche", voie royale sans issue

27/06/13 à 07:34 - Mise à jour à 07:34

Source: Le Vif

La Belgique restera une monarchie non protocolaire... ou ne sera plus. Problème : à force de s'abriter derrière Albert II pour se sortir du pétrin, les politiques mettent le roi en danger. Et ses derniers leviers d'influence en péril.

"Roi potiche", voie royale sans issue

Koning Albert II. De grondwet gaat ervan uit dat de koning op de troon blijft tot hij sterft. © ImageGlobe

Un Roi a-t-il encore un avenir sous nos latitudes, et pour peu que la réponse soit positive, quelle raison d'exister faut-il encore lui donner ?

Remodeler la monarchie vaut-il vraiment la peine de s'exciter ? Après tout, prétend-on, le Roi a déjà largement perdu la main. La fédéralisation en mode continu du royaume ne lui laisse plus, pour tout périmètre d'activité, que le niveau fédéral, point de rencontre sensible entre Flamands et francophones. Et encore : à la stricte condition que le souverain s'y manifeste en marchant sur des oeufs, pour ne fâcher personne.

Or, "les affaires" s'enchaînant, on prône de plus en plus souvent, de plus en plus fort, la monarchie protocolaire pour la Belgique.

Même si, dans les faits, un roi potiche, on s'en éloigne ! "Depuis la formation des gouvernements Leterme et Di Rupo, en 2007 puis 2010, le monde politique place le Roi dans une situation intenable. Confrontés à l'impasse, les hommes politiques commencent à improviser, ils incitent la Cour à en faire autant. Ce qui expose le souverain à la critique et le met en danger. La fonction royale risque de se retrouver ainsi politisée", s'inquiète l'historien et spécialiste de la monarchie, Mark Van den Wijngaert.

C'est une bien mauvaise pièce que l'on fait ainsi jouer à Albert II, retenu pour le rôle du casse-cou de service. Danger, prévient aussi l'historien Vincent Dujardin (UCL) : "Au fil de son règne, Albert II agit davantage "à la Baudouin", sous la contrainte du monde politique. Les réticences affichées, y compris au sein du gouvernement fédéral, à l'égard d'une possible abdication du Roi, accrédite faussement l'image d'un homme providentiel dont on ne saurait se passer. Cette façon de surestimer le statut de la fonction royale n'est pas saine."

Encore faut-il que le Roi nouvelle formule garde un zeste d'étoffe, sa part invisible d'influence. "Qu'il soit autre chose que l'automate ou la poupée gonflable que certains en Flandre rêvent de placer sur le trône", assène Olivier Maingain, président du FDF. Sinon, à quoi bon ? "Un roi pot de fleur, sourd, aveugle et muet : non merci. Autant alors supprimer une monarchie qui coûterait cher pour ne rien faire. Et je ne dis pas cela pour sauver la monarchie, mais pour faire fonctionner l'Etat", abonde le sénateur CDH Francis Delpérée.

Le constitutionnaliste Marc Uyttendaele (ULB), lui, s'est bien lâché, dans une récente carte blanche : "Les fossoyeurs de la monarchie sont francophones. En refusant le débat réclamé par les nationalistes flamands sur les pouvoirs du Roi, ils commettent une erreur historique." Celle de louper l'occasion de donner un nouveau départ à une monarchie en quête de souffle.

Pierre Havaux

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine. Avec : - Les trois dernières cartes d'Albert II - Le monde politique rechigne à dépouiller le Roi de pouvoirs qu'il prétend pourtant vidés de leur contenu - Bart Maddens (KUL) : "Son serment oblige le Roi à combattre politiquement Bart De Wever"

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