Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

06/09/13 à 10:02 - Mise à jour à 10:02

Retours sur terre, revoilà la vraie vie

Terminées les romances de vacances. Juillet et août n'ont été que réjouissances (météorologiques, monarchiques, sportives et festivalières), sans tragédie sociale, sans drame national, sans polémiques environnementales, sans alertes alimentaires. Deux authentiques mois de répit. Mais revoilà la vie, la vraie vie.

La lumière est encore estivale, la température toujours euphorique mais le calendrier est implacable : c'est début septembre. Donc, c'est la reprise (à défaut de relance). Et cette année, elle a des allures de fin de trêve. Pour ceux qui nous gouvernent, et donc qui conditionnent directement notre quotidien, présent et à venir, c'est même carrément le sentier de la guerre qui s'ouvre. Parce que c'est la dernière rentrée avant les élections du 25 mai prochain. Et plus personne ne peut proclamer qui en sortira immanquablement vainqueur absolu.

Si l'on en croit les différents indicateurs de l'été, la confiance bivouaque dans le camp des adversaires de la N-VA : les nationalistes retomberaient à leur niveau le plus bas depuis trois ans, leurs barons tiennent des discours contradictoires sur le modèle précis prôné à court terme pour le pays, le gouvernement fédéral règle ses dossiers explosifs les uns après les autres et sans incidents, une majorité de Flamands et de francophones ne considèrent plus Philippe comme un problème, les Joyeuses Entrées du nouveau couple royal commencent, les Diables Rouges mobilisent les foules et le citoyen a retrouvé le moral selon le tout dernier baromètre Le Soir/Itinera qui mesure le sentiment des ménages face à la situation socio-économique.

Mais si l'on regarde la réalité, les yeux dans les yeux, sans lunettes roses, la confiance a planté sa tente bien loin du champ de bataille et des QG belligérants : Bart De Wever et les siens restent très largement en tête dans les intentions de vote, le Vlaams Belang ne serait plus si moribond qu'annoncé, le gouvernement fédéral a commis ce qu'on peut qualifier au mieux de grosse maladresse en désignant les nouveaux top managers des entreprises publiques selon le principe de donnant-donnant entre partis et la règle de protection/promotion des vieux serviteurs maison, un nouveau Roi et une qualification pour une Coupe du monde ne modifient pas une culture de repli sur soi ancrée dans une communauté depuis des décennies et les perspectives économiques européennes devraient assez rapidement rabaisser le moral des ménages.

Conclusion : à huit gros mois d'un scrutin crucial pour l'évolution socio-économico-institutionnelle du pays, chacun répète avec un dégagement plein d'assurance que la priorité des priorités est de ramener la confiance au sein de la population (l'électeur, le travailleur, l'employeur, le consommateur, l'investisseur) mais en réalité tout le monde est gagné, de plus en plus, par le stress, le doute et l'anxiété.

De quoi déjà effacer les idylles de cet été. Sans du tout garantir que d'autres, et d'aussi belles, naîtront à la même époque l'an prochain.

Bon retour sur terre à tous, donc.

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