Réseaux sociaux : partager les moments plutôt que les vivre pleinement

09/03/15 à 13:52 - Mise à jour à 13:52

Source: The Guardian

Instagram, Facebook, Twitter,... les réseaux sociaux font partie intégrante de nos vies. Au point tel que partager les moments importants de notre vie sur les réseaux serait plus important que d'en profiter. C'est le constat que dresse Jacob Silverman, journaliste et critique américain.

Réseaux sociaux : partager les moments plutôt que les vivre pleinement

© iStock

Les réseaux sociaux ont une grande influence sur notre comportement. Ils modifient notre rapport avec tout ce que nous faisons au quotidien. Lorsque l'on sort boire un verre entre copains ou manger au restaurant en famille, la plupart d'entre nous ont un étrange réflexe : prendre une photo et la partager sur les réseaux sociaux avant de faire quoi que ce soit d'autre.

Le journaliste et critique américain Jacob Silverman, qui sort un livre sur les réseaux sociaux ce mois-ci, consacre un (très) long article à ce phénomène et à notre comportement sur le site du Guardian, repéré par le Courrier International. Selon lui, on peut carrément qualifier notre modification de comportement due aux réseaux sociaux de "nouveau mode de vie".

"Touristes de nos propres vies"

Nous sommes pris par une pulsion de partager quasi en temps réel de ce que nous faisons que cela devient une seconde nature. "Dans un paysage numérique construit sur la visibilité, le plus important n'est pas tellement le contenu de ce que vous postez, mais l'existence même de vos publications", précise-t-il.

On partage des moments qu'on ne vit pas, puisqu'on passe plus de temps à en parler qu'à en profiter dans la vraie vie. "Le fait de prendre des photos fait désormais partie intégrante de nos soirées. Cela vous donne aussi quelque chose à faire, ce qui signifie que vous ne serez plus jamais simplement là, inactif. "Vivre l'instant présent" implique désormais de le capturer et de le posséder. Ce qui fait de nous des touristes de nos propres vies ".

Narcissisme et besoin de récompenses

Avant, on prenait le temps de développer ses photos, on les mettait dans un album, histoire de se souvenir, même des années après du "bon vieux temps". Les photos qu'on partage sur les réseaux sociaux aujourd'hui ne sont pas là pour se souvenir d'un moment, mais bien pour faire savoir à nos "amis" ce que l'on fait. On veut que les autres nous regardent. Narcissiquement.

Et ce narcissisme va encore plus loin. Selon Silverman, nous aurions un pic d'endorphine quand quelqu'un "like" notre photo, la commente ou la partage. Cela stimule notre besoin de "récompenses " pour ce que l'on fait. Le but, plus que de simplement partager, est de faire réagir à nos publications les gens qui nous suivent sur ces réseaux. Aucun like ni commentaire sur une publication, c'est l'échec ! " Le problème des notifications, c'est que, comme les publications, c'est sans fin. Nous sommes constamment en quête d'une bonne nouvelle, même quand nous sommes occupés par une autre activité". On est donc en attente de réactions de nos amis virtuels, au point d'en oublier ce que l'on est en train de faire dans la vie réelle.

A la recherche du parfait "moment Facebook"

Sur Facebook, on ne partage pas les moments importants, on partage plutôt les moments que les personnes sur le réseau trouveront les plus importants. Dans cette optique, certains sont passés maitres dans l'art de dénicher LE parfait "moment Facebook". Le but ? Trouver (et photographier, bien sûr) le moment, l'endroit, la situation qui engendrera le plus de réactions sur les réseaux. Et pas seulement les photos, cela concerne aussi les informations que l'on partage, notamment les articles de presse, confie le journaliste Jacob Silverman, qui inclut son propre comportement dans son analyse : "Je pourrais me justifier en en disant que j'ai envie de partager des informations avec les autres, mais ce serait mentir. La vérité est plus déprimante et se trouve du côté de l'égo : il s'agit avant tout de narcissisme. Le but est d'avoir l'air cool, intelligent et bien informé".

(O.L.)

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