Rentrée du parlement wallon : du moustique au grand méchant Voo

19/09/13 à 17:15 - Mise à jour à 17:15

Source: Le Vif

Parfum de railleries et de conflit ce 18 septembre lors de la rentrée du parlement wallon à Namur. Le débat sur le rachat de "L'Avenir" par Tecteo se prêtait à quelques piques entre la majorité Olivier et l'opposition MR. Reportage dans les coulisses d'une assemblée aux accents tragi-comiques.

Rentrée du parlement wallon : du moustique au grand méchant Voo

© Image Globe

Revigorés par la trêve estivale, les députés wallons retrouvent leur pupitre parlementaire dans le brouhaha de la grande séance plénière de rentrée, ce mercredi 18 septembre. Les acteurs sont reposés, peignés, relookés, et plus ou moins concentrés devant leur tablette, smartphone ou autres ordinateurs portables. Il est 14 heures et la pièce de théâtre peut commencer.

En guise de rodage, quelques questions d'actualité adressées aux trois partenaires de la majorité. "Oui, certains sujets reviennent comme la malaria, glisse Christine Defraigne (MR) à Jean-Claude Marcourt (PS). C'est le rôle des moustiques de l'opposition de piquer là où ça fait mal." Le ministre de l'Économie rétorque qu'il n'a jamais imaginé l'intéressée en moustique. "En mante religieuse, peut-être ?" ironise une voix dans l'assemblée. Le ton est donné.

Willy Borsus, chef de groupe MR, prend la balle au bond avec bonhomie pour tacler Philippe Henry sur le coût de la semaine de mobilité. "Monsieur le ministre, dites-nous comment vous avez aussi bien dépensé des deniers publics aujourd'hui si rare." Mais l'opaque bataille de chiffres contradictoires - c'est devenu une habitude - prend le dessus. Match nul.

L'hommage inattendu du président de l'assemblée, Patrick Dupriez (Écolo), au travail du cdH Michel Lebrun met un terme à cette ambiance cotonneuse. Mis devant le fait accompli, le député humaniste vient d'apprendre que son propre parti a choisi de le dégommer du bureau du parlement wallon, au profit de son collègue Dimitri Fourny. "D'habitude, les membres du Bureau sont reconduits pour l'ensemble de la législature. C'est une nouvelle aire qui s'ouvre", lance Lebrun avec amertume, avant de quitter la salle d'un pas décidé. La réplique fige le clan humaniste tandis qu'un froid s'installe dans la salle.

Rien de tel qu'un vif débat sur la dernière saga en date pour réanimer les députés distraits par la magie de leur écran tactile. Au menu, donc : l'acquisition ultra-controversée du groupe l'Avenir par Tecteo. Malaise dans les rangs de la majorité. Écolo et cdH égratignent l'opacité de l'intercommunale liégeoise mais pèsent prudemment leurs mots avant d'accabler outre mesure leur partenaire socialiste. Le MR, de son côté, s'en donne à coeur joie pour dénoncer l'aisance avec laquelle Tecteo "s'assied" sur les requêtes de la majorité. Mais oublie un peu vite ses multiples sorties contradictoires sur l'épineux dossier.

La politique ou l'argent

Décidé à s'engager avec plus de franchise, Claude Eerdekens entre en jeu. "On va rire", murmure un journaliste. Mais le député-bourgmestre PS, lui, ne rit pas. Il avoue même être "triste" d'avoir galvaudé son énergie à défendre les intercommunales pour en arriver à un tel scénario. Enrobant sa prose de bon sens populaire, l'Andennais critique l'obscur montage juridique de Tecteo, les revenus de son patron socialiste Stéphane Moreau, tout comme le gouffre financier du grand méchant "Voo". "Que monsieur Moreau respecte la loi, tonne Eerdekens. Et s'il aime à ce point l'argent, qu'il quitte la politique."

Dans sa plaidoirie, il s'adresse avec fougue aux élus de la région de Liège. "Il faut vous ressaisir, les copains !" Le discours plaît au MR, au cdH et à Écolo. Les députés et ministres PS, eux, se demandent l'espace d'un instant s'ils doivent applaudir ou rester de marbre suite à cette courtoise mutinerie. Ils choisissent le silence.

Le discours de Paul Furlan, ministre des Pouvoirs locaux, ne satisfera pas davantage les autres formations. La troupe se quitte sur un profond désaccord. C'est l'inévitable rançon de cette rentrée agitée.

Christophe Leroy

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