Réforme du Sénat : la fin des "monsieur 800.000 voix"

15/09/11 à 14:19 - Mise à jour à 14:19

Source: Le Vif

Fini de faire un tabac au Sénat : la réforme prévue sonnera le glas de la course effrénée aux voix. Uniquement peuplée d'élus indirects et cooptés, la nouvelle Haute assemblée cessera de subir le choc des titans. Les ténors politiques vont y perdre un moyen de mesurer leur popularité à coup de scores électoraux monstres.

Réforme du Sénat : la fin des "monsieur 800.000 voix"

© Belga

Yves Leterme (CD&V) y avait conquis près de 800.000 voix au scrutin de juin 2007. Bart De Wever (N-VA) affolait à son tour les compteurs en juin 2010 en captant sur son nom 785.000 voix. Avant eux, les Guy Verhofstadt, Jean-Luc Dehaene, Louis Michel, Elio Di Rupo, Paul Magnette et bien d'autres... raffolaient de faire exploser l'applaudimètre. Le Sénat, "the place to be." A chaque élection, le rendez-vous incontournable des poids lourds de la politique, avides de se faire plébisciter par le peuple flamand ou francophone tout entier. Quitte à délaisser rapidement le quotidien peu trépidant de la Haute assemblée. Le plein de voix ainsi fait, certaines de ces locomotives électorales usaient rarement le tissu de leur fauteuil sénatorial.

La voie du Sénat sans issue pour les attrape-voix

Pour peu que la réforme envisagée tienne la route, ces coqueluches politiques disparaîtront du paysage. Le Sénat (71 membres aujourd'hui) va perdre dans l'aventure ses 40 élus directs pour ne conserver à l'avenir que 50 sénateurs, non plus issus directement des urnes mais désignés sur base des résultats des élections régionales (+ 10 sénateurs cooptés.) Moralité : "il ne sera plus possible de se faire élire au niveau fédéral, sur l'ensemble du territoire de sa communauté. Seules les élections européennes offriront encore cette possibilité", confirme le politologue Pascal Delwit (ULB). Le choc des titans, qui faisait mousser chaque campagne électorale et tenait en haleine les médias, y perdra fortement en intensité. La Flandre ressentira davantage le vide que le sud du pays : "côté francophone, on a pu observer au scrutin de juin 2010 que Didier Reynders, Elio Di Rupo ou Joëlle Milquet ont accordé plus d'importance aux circonscriptions électorales de la Chambre", poursuit Pascal Delwit. A l'inverse du monde politique flamand, plus friand de ce genre d'affrontement au sommet.

Une page devrait donc se tourner. Sauf à imaginer que les niveaux de pouvoir régionaux ne compensent la disparition des collèges électoraux néerlandophones et francophones au Sénat par la création de circonscriptions à l'échelle de la Wallonie ou de la Flandre. Histoire de perpétuer cette espèce de locomotives électorales en voie de disparition.

A moins de se rabattre sur le niveau européen, les candidats aux scores monstres vont devoir se passer "d'une dynamique qui pouvait avoir de petits effet pervers,", rappelle Pascal Delwit. Une popularité phénoménale peut engendrer des effets non désirés. Yves Leterme a fini par porter comme ue croix ses "800.000 voix", uniquement flamandes de surcroît. Aux élections de 1999 au Sénat, rappelle Pascal Delwit, un certain Marc Verwilghen (419.130 voix) dopé par l'affaire Dutroux avait volé la vedette à un Guy Verhofstadt (376.082 voix) au palmarès des chouchous du VLD. Tensions au sommet du parti. Et pour la coqueluche du jour, Verwilghen, des galons de ministre de la Justice, avant un naufrage dans la fonction. Les attrape-voix (l'éphémère Marc Wilmots au MR en son temps) y perdront aussi une occasion de se distinguer aux élections. Si l'ego en politique peut être ramené à de plus justes proportions, ce sera déjà ça de pris.

Pierre Havaux

Quelques scores fleuves au Sénat :

Chez les francophones :
Louis Michel (MR) : 446.469 voix (2003)
Elio Di Rupo (PS): 442.537 voix (2003)
Paul Magnette (PS) : 264.167 voix (2010).
José Happart (PS): 183.388 voix (1999)
Marc Wilmots (MR) : 109.955 voix (2003)

Chez les néerlandophones :
Yves Leterme (CD&V) : 796.521 voix (2007)
Bart De Wever (N-VA): 785.776 voix (2010)
Steve Stevaert (SP.A) : 604.667 voix (2003)
Guy Verhofstatdt (VLD): 573.182 voix (2003)
Jean-Luc Dehaene: 562.239 voix (1999)
Marc Verwilghen (VLD): 419.130 voix (1999)

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