Redémarrage de Doel 3 et Tihange 2 : une "négligence coupable", selon Ecolo

17/05/13 à 12:34 - Mise à jour à 12:34

Source: Le Vif

L'Agence fédérale de contrôle nucléaire donne son feu vert au redémarrage des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 "en toute sûreté", a indiqué ce vendredi Jan Bens, directeur général de l'AFCN, lors d'une conférence de presse. D'ici deux à trois semaines, les réacteurs produiront à nouveau de l'électricité.

Redémarrage de Doel 3 et Tihange 2 : une "négligence coupable", selon Ecolo

© Belga

Début 2013, des exigences additionnelles avaient été posées par l'Agence au redémarrage des deux réacteurs, fermés durant l'été 2012 à la suite de la découverte de milliers de microfissures dans leur cuve. Ces conditions comprenaient notamment la poursuite de la validation des méthodes d'inspection ultrasonique, l'accomplissement du programme d'essai des matériaux et la réalisation de tests de charge sur les cuves des deux réacteurs.

Toutes ces exigences sont satisfaites, selon l'AFCN. Par conséquent, l'exploitant Electrabel reçoit le feu vert pour le redémarrage des deux réacteurs. D'après l'Agence, cette opération prendra deux à trois semaines.

L'AFCN a également informé vendredi matin le gouvernement sur les conclusions de son rapport. Le gouvernement en a pris acte. Selon Jan Bens, rien ne s'oppose au redémarrage des réacteurs puisque l'AFCN est la seule à devoir se prononcer et qu'aucune autorisation du gouvernement n'est nécessaire.

Dans un communiqué, Electrabel précise que les microfissures détectées "sont des défauts dus à l'hydrogène, non évolutifs, apparus durant la phase de forgeage des cuves", selon les tests effectués. "L'intégrité structurelle des cuves et leur résistance ne sont pas affectées et répondent à tous les critères de sûreté."

A la suite de la décision de l'AFCN, "Electrabel lancera directement les opérations de redémarrage des deux unités", ajoute le communiqué.

Le gouvernement prend acte

Le gouvernement a confirmé avoir pris acte de l'avis de l'AFCN. Le gouvernement n'a pas à se positionner, a souligné la ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet, précisant que si, "dans les faits", un arrêt des centrales avait été opéré, "juridiquement", on était resté "dans le cadre de l'exploitation".

"Nous sommes face à un régulateur indépendant et nous n'avons aucune possibilité d'immixtion", a-t-elle expliqué, soulignant que le gouvernement avait été informé et que le parlement le serait également la semaine prochaine. Il en aurait été autrement si l'AFCN avait par exemple appelé à la fermeture des centrales.

Le Conseil des ministres restreint a pris acte de l'avis positif rendu après une dernière série de tests et analyses. Selon cet avis, le redémarrage peut avoir lieu en toute sécurité moyennant certaines conditions.

Le Premier ministre Elio Di Rupo a tenu à rappeler que la "sécurité et la santé des personnes" figuraient au coeur des priorités du gouvernement.

"Négligence coupable" et "manque de transparence" dans le chef du gouvernement

Le gouvernement fédéral a choisi d'acter "de manière totalement irresponsable" le rapport de l'AFCN autorisant le redémarrage des réacteurs de Tihange 2 et Doel 3, a affirmé vendredi Ecolo qui estime que ledit rapport "ne lève pas tous les doutes soulevés par les différents experts belges et internationaux qui se sont exprimés quant aux fissures présentes dans les réacteurs et quant à leur redémarrage".

Pour les écologistes, il s'agit là d'une "négligence coupable" et d'un "manque de transparence" du gouvernement fédéral qui a "manifestement préféré répondre aux pressions du secteur nucléaire".

Pour les Verts, il était impératif qu'un débat puisse se mener avant toute décision du gouvernement. La réunion de la sous-commission nucléaire de mercredi aurait notamment dû permettre d'entendre les responsables de l'AFCN mais aussi les experts belges et internationaux. "En refusant ce débat et en chargeant l'AFCN de l'entièreté des responsabilités quant au redémarrage des réacteurs, le gouvernement cesse d'agir au nom de l'intérêt général et tombe dans l'opacité", indique la députée Muriel Gerkens dans un communiqué.

Tant les rapports intermédiaires de plusieurs organes de contrôle comme AIB-Vinçotte et Bel V, que des experts internationaux reconnus comme l'ancien directeur de l'agence de contrôle nucléaire allemande, Dieter Majer, avaient pointé l'étendue des problèmes de sécurité liés aux fissures décelées dans les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2. Des doutes quant à un redémarrage sans danger de ces réacteurs ont également été formulés, dit Ecolo.

Des questions fondamentales pointées par ces experts restent pourtant aujourd'hui sans réponse, regrettent les Verts. "C'est notamment le cas en ce qui concerne les défauts découverts en 2012. Ceux-ci n'ont pas été détectés au cours de l'inspection finale après la fabrication des cuves, alors qu'ils auraient dû être détectables avec l'appareillage de test par ultrasons disponible à l'époque", avancent-ils encore.

Les écologistes annoncent qu'ils poursuivront leurs interpellations mercredi prochain en commission.

Greenpeace dépose plainte pour négligence coupable

L'organisation de défense de l'environnement Greenpeace va déposer plainte contre le gouvernement pour négligence coupable, a indiqué ce vendredi Eloi Glorieux, responsable de la campagne Energie chez Greenpeace. L'organisation dénonce l'absence de plan d'urgence adéquat en cas d'accident nucléaire.

Greenpeace avait déjà par le passé attiré l'attention des médias et du monde politique sur l'importance de mettre sur pied un véritable plan d'évacuation en cas d'accident nucléaire. "Ce n'est toujours pas le cas. Au contraire, ce risque est aujourd'hui encore augmenté avec le redémarrage des réacteurs. C'est pourquoi nous déposons plainte pour négligence coupable", selon M. Glorieux.

La plainte sera déposée encore ce vendredi ou en début de semaine prochaine. "Le gouvernement ne prend pas sa tâche, à savoir la protection de la population, au sérieux", précise l'organisation. "Sous la pression du lobby nucléaire, le gouvernement opte une nouvelle fois pour un système énergétique dépassé", ajoute Greenpeace dans un communiqué diffusé après l'annonce du redémarrage de Doel 3 et Tihange 2. "Il rejette par ailleurs toute responsabilité en suivant aveuglément l'avis de l'AFCN. Et ce, alors qu'il n'y a aucun consensus au niveau des experts et que le rapport de l'AFCN même est basé sur des suppositions."

Selon Greenpeace, "différents experts et agences de contrôle ont mis en doute la sécurité de Doel 3 et Tihange 2, parmi lesquels l'ancien directeur de l'AFCN, Willy De Roovere, l'Autorité de sécurité nucléaire (ASN) française et Dieter Majer, l'ancien directeur de l'agence de contrôle nucléaire allemande". Et de conclure que, si différents experts et scientifiques indépendant ne sont pas parvenus à se mettre d'accord, alors "le gouvernement doit exclure tout risque et fermer définitivement Doel 3 et Tihange 2".

Inter-Environnement Wallonie condamne la décision de rouvrir les réacteurs

Inter-Environnement Wallonie (IEW) estime vendredi, dans un communiqué, que c'est une décision "aussi inacceptable qu'irresponsable". Il demande dès lors au gouvernement de s'opposer à la remise en activité des réacteurs et ce, afin de garantir la sécurité des citoyens.

"Face aux conséquences potentielles d'un incident et a fortiori d'un accident nucléaire, aucune prise de risque n'est en effet tolérable", souligne IEW dans son communiqué. "Or, toute la lumière n'a pas été faite sur l'origine et l'évolution possibles des microfissures. La sécurité de millions de personnes, en Belgique mais aussi dans les pays limitrophes, s'en trouve menacée."

Comme l'avait fait l'organisation de défense de l'environnement Greenpeace plus tôt, IEW indique que "l'origine des milliers de fissures détectées dans les cuves de Doel 3 (plus de 8.000) et Tihange 2 (plus de 2.000) n'a pas pu être déterminée avec précision". Et d'ajouter que si certains experts affirment qu'elles sont présentes depuis la fabrication des cuves, d'autres soutiennent qu'elles sont apparues après la mise en marche des réacteurs.

"Dans un cas comme dans l'autre, nul ne peut préjuger de leur évolution sous l'effet prolongé de la chaleur, de la pression et des radiations", ajoute IEW. Il s'inquiète par ailleurs de la méthode de test utilisée pour démontrer l'intégrité des cuves concernées alors qu'elle prend en compte la taille de chaque microfissure mais non leur effet cumulé.

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