Reculade, soumission, mauvais signal : les réactions politiques à la volonté de supprimer la taxe sur les transactions financières

23/01/16 à 16:20 - Mise à jour à 16:21

Source: Belga

Les différents partis ont immédiatement réagi à l'annonce du ministre N-VA des Finances Johan Van Overtveldt de rompre avec l'application de la taxe sur les transactions financières en Belgique.

Reculade, soumission, mauvais signal : les réactions politiques à la volonté de supprimer la taxe sur les transactions financières

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Une rhétorique "vaseuse" du gouvernement après la "reculade" de Van Overtveldt

"Le gouvernement n'hésite pas à s'en prendre au pouvoir d'achat des travailleurs et des allocataires, notamment avec le saut d'index, soi-disant au nom de la compétitivité, mais dès qu'il s'agit de faire contribuer le capital, et je ne parle pas ici du petit épargnant, il fait valoir des arguments fallacieux pour s'abstenir", a précisé le parlementaire PS Ahmed Laaouej.

Pourtant, nombre d'instituts et d'universitaires ont validé la taxe sur les transactions qui bénéficie de larges majorités de soutien dans les parlements, a-t-il rappelé. "Contrairement à ce qu'affirme le ministre, la taxe est un élément de régulation. Veut-il revivre la crise des subprimes de 2008? Ce serait irresponsable. Par ailleurs, elle constitue une source de financement pour la relance structurelle de l'économie, les investissements dans les services publics voire la coopération au développement", a argumenté M. Laaouej.

Le député a regretté l'attitude générale du gouvernement qui "préfère s'en prendre aux plus fragiles plutôt qu'à ceux qui font profession de spéculateur". Le député européen Hugues Bayet (PS), membre de la commission spéciale Taxe au sein du Parlement européen a de son côté dénoncé le message d'inéquité fiscale envoyé par la Belgique au sein de l'Europe.

"Soumission au lobby financier"

"Le gouvernement confirme sa soumission au lobby financier", a de son côté déclaré le groupe Ecolo-Groen.

"Cette taxe Tobin, c'est une opportunité pour créer davantage de justice et d'efficacité fiscale au plan européen. La Belgique a joué, par le passé, un rôle en pointe sur ce sujet. Mais il est clair que M. Van Overveldt est davantage le ministre des grandes banques, des multinationales et des spéculateurs que celui de la justice fiscale", a dénoncé Georges Gilkinet, membre de la Commission des finances de la Chambre.

Cette taxe Tobin consiste en un prélèvement minimal sur les opérations financières, dont le revenu devrait pouvoir être utilisé à des fins utiles, comme le soutien aux pays en voie de développement confrontés au défi climatique et énergétique, a-t-il rappelé. "Van Overtveldt doit être rappelé à l'ordre par le Premier Ministre", a jugé le député écologiste, se demandant au nom de qui s'est exprimé le ministre des Finances. "Après nombre d'autres exemples (Taxe Diamant, Excess Profit Ruling...), ce "gouvernement suédois" démontre chaque jour un peu plus qu'il "méprise les familles, les travailleurs et les PME, que le justice sociale ne fait pas partie de ses préoccupations et que son unique combat se résume à satisfaire les désirs du lobby financier", a-t-il conclu.

Un mauvais signal

Enfin, le député cdH Benoît Dispa s'est inquiété des "louvoiements" du ministre des Finances N-VA.

Depuis plusieurs années, la Commission européenne entend donner un cadre commun à une taxe sur les transactions financières afin que le secteur financier, qui a bénéficié d'un soutien massif des pouvoirs publics, participe équitablement au coût de la crise économique et financière, a rappelé le député centriste. Avec la France et l'Allemagne, la Belgique a longtemps été favorable à ce projet, afin de lever des fonds à réinjecter dans l'économie réelle. "En annonçant vouloir enterrer la taxe sur les transactions financières, puis en démentant ses propres propos, tout en multipliant les objections à l'égard de cette taxe, le ministre des Finances N-VA sème le doute quant à ses intentions profondes", a jugé samedi le parlementaire cdH.

L'accord de gouvernement stipule pourtant que "la Belgique poursuivra sa contribution constructive à la mise en place progressive d'une taxe sur les transactions financières dans le cadre du régime de la coopération renforcée". Pour le cdH, toute forme de renoncement serait un "très mauvais signal" notamment dans la lutte contre la spéculation financière à haute fréquence.

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