Reconnaissance belge du génocide arménien : "Un signal fort contre les communautarismes"

25/06/15 à 08:43 - Mise à jour à 08:44

Source: Le Vif/l'express

Denis Ducarme, chef de groupe libéral à la Chambre, porte à bout de bras une résolution sur la reconnaissance du génocide arménien. Objectif : faire ce qui était impossible avec le PS, plaide-t-il.

Reconnaissance belge du génocide arménien : "Un signal fort contre les communautarismes"

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Le Vif/L'Express : Le 18 juin, le Premier ministre, Charles Michel, a reconnu le génocide arménien au parlement. Un moment important. Doit-il être concrétisé par le vote d'un texte à la Chambre ?

Denis Ducarme : Non. La reconnaissance par le Premier ministre de ce génocide, au nom du gouvernement, devant la Chambre, est un geste tout à fait formel. C'est fait, la Belgique l'a reconnu, il n'y a rien à voter ! Et c'est historique : ça faisait vingt ans qu'on tournait autour de la question, qu'on n'osait pas le faire en raison, soyons clair, de pressions communautaristes exercées à l'encontre de certains partis. Mais nous voulions associer par ailleurs la Chambre à cette démarche. Voilà pourquoi un projet de résolution devrait être pris en considération ce jeudi. Nous espérons qu'au-delà de la majorité, des députés de l'opposition s'associeront à ce texte et le voteront. Il reprend la déclaration du Premier ministre dans son intégralité, mais il contient aussi des souhaits explicites de dialogue avec la Turquie pour avancer sur le chemin de la réconciliation.

Vous voulez piéger certains élus d'origine turque pour qui cette reconnaissance est difficile, dont le député PS Emir Kir ?

(Il sourit) Je ne veux piéger personne, chacun doit prendre ses responsabilités.

Certains députés, CDH notamment, réclamaient un texte plus dur, avec une pénalisation de la négation du génocide...

Ça peut faire partie du débat, je n'ai pas de difficulté avec ça, mais on ne peut pas non plus faire l'impasse sur le droit. La Belgique a posé un acte moral fort, mais le génocide en tant que tel n'a pas été reconnu par une Cour internationale, à la différence de la Shoah ou du génocide rwandais. C'est pourquoi en 2012, la Cour constitutionnelle française a cassé la résolution prise par l'Assemblée nationale pour sanctionner ceux qui posaient un acte niant l'existence de ce génocide.

Il y a donc une faille à éviter ?

Voilà. Prendre un risque comme celui-là alors que l'on vient de poser un geste aussi fort, ce serait fragiliser la démarche. Mais le texte sera transmis à la Cour européenne des droits de l'homme en espérant qu'un tribunal international, à un moment donné, puisse prendre ses responsabilités comme nous les avons prises.

Craignez-vous des représailles de la Turquie ?

Certains lobbys ont compris que nous faisons la différence entre l'Empire ottoman et la Turquie d'aujourd'hui. L'idée n'est pas de condamner la Turquie, mais bien de porter un jugement moral étayé sur l'histoire. Les mêmes comprendront que nous n'admettrons plus d'assister à ce qui s'est passé au gouvernement bruxellois, il y a deux mois. Des députés socialistes d'origine turque y ont empêché une minute de silence et ont, en outre, été félicités pour cette obstruction par la presse en Turquie. Je vais vous dire une chose : cet acte a mobilisé davantage nos volontés que tout autre chose. Ces personnes ont commis une faute politique majeure. Il faut envoyer un signal fort montrant qu'on ne plie pas devant ces communautarismes.

L'intégralité de l'entretien dans Le Vif/L'Express de cette semaine. Avec :

- sa défense du plan fédéral anti-terrorisme porté au Parlement cet été

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