Rapatriement d'Afghanistan : un défi logistique pour l'armée belge

03/09/12 à 13:41 - Mise à jour à 13:41

Source: Le Vif

L'armée belge va affronter un défi logistique "sans précédent" à son échelle avec le rapatriement de la compagnie - quelque 270 hommes et leur matériel - déployée sur l'aéroport international de Kaboul pour en assurer la protection, qui nécessitera près d'une dizaine de vols d'avion-cargo géant Antonov à partir de début octobre, ont indiqué des responsables militaires à l'agence BELGA.

Rapatriement d'Afghanistan : un défi logistique pour l'armée belge

© Image Globe

Le personnel rentrera en avion, selon le même schéma que les opérations de relève menées tous les quatre mois depuis le début de cette opération en mars 2003, le matériel par une combinaison de voies aérienne et maritime, ont confirmé deux spécialistes, les colonels Jan Meeusen et Patrick Mollet, qui planifient ce retrait depuis un an environ et chiffrent son coût à "entre quatre et neuf millions d'euros".

Pour le matériel (une soixantaine de véhicules et de 45 à 50 conteneurs), "nous avons choisi l'option la plus sûre", en passant par la Turquie, un pays membre de l'Otan, avec lequel des accords existent, a souligné le colonel Meeusen.

"Nous avons privilégié à la fois la sécurité du personnel et la sauvegarde du matériel, nous n'utilisons que des vecteurs existants et maîtrisés", a-t-il ajouté en expliquant avoir rejeté des solutions moins onéreuses, mais plus incertaines.

La France a ainsi choisi pour son retrait d'Afghanistan de faire transiter le matériel par les Emirats arabes Unis (EAU). Mais elle y dispose d'une base permanente en vertu d'accords de défense.

Quant à la voie terrestre passant soit par le nord et les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan et Oubbékistan) soit par le sud, via le Pakistan, elle apparaît comme plus aléatoire en raison de nombreuses limitations.

Neuf vols d'Antonov An-124 "Ruslan", l'un des plus gros avions du monde, sont ainsi prévus au cours d'une période interrompue de dix jours entre "un endroit intermédiaire" - qui n'est pas Kaboul et que les militaires se refusent de préciser pour des raisons de sécurité - et la ville portuaire turque de Trabzon (nord-est), sur la mer Noire. De là, le charroi et les conteneurs seront rapatriés par un navire affrété de manière assez classique vers Zeebrugge ou Anvers, a ajouté le colonel Mollet.

Cet itinéraire a été choisi après une longue analyse des différentes options possibles, notamment pour "optimiser" le plan de vol des Antonov loués à des sociétés russe et ukrainienne par un groupe de pays membres de l'Otan et/ou de l'Union européenne en vertu de l'accord Salis ("Strategic Airlift Interim Solution"). La durée du vol entre l'Afghanistan et Trabzon n'est en effet que d'environ quatre heures, alors que le coût de l'heure de vol est estimé à quelque 30.000 euros.

La Turquie présente plusieurs avantages, selon les militaires belges: elle est membre de l'Otan - qui dirige la force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) en Afghanistan -, et des accords existent dans ce cadre sur le transit et le dédouanement de matériel militaire. La Belgique dispose aussi d'un attaché de défense à Ankara, susceptible de faciliter les formalités.

A la fin de la mission de protection de l'aéroport internationale de Kaboul (Kaia, en jargon), prévue le 30 septembre, une quarantaine d'hommes sera envoyée en renfort sur les trois sites (Kaboul, la localisation "intermédiaire" et Trabzon) pour démonter les installations, conditionner le matériel et contrôler le déroulement du rapatriement.

L'armée belge n'envisage pas d'abandonner de gros équipements en Afghanistan - "on ne peut pas y laisser de la mitraille, comme l'ont fait les Soviétiques", a souligné le colonel Meeusen - mais est prête à céder du matériel dont le coût de rapatriement serait prohibitif, comme des conteneurs de bureaux, à des pays alliés qui seraient intéressés.

La France a ainsi accepté de reprendre neuf conteneurs en échange, sans le moindre coût pour les deux parties, de logements à Kanahar (sud) laissés vides par le départ des aviateurs français et de leurs Mirage 2000D rentrés au pays.

Mais les militaires belges avouent qu'ils manquent quelque peu d'expérience en matière d'opérations logistiques de cette ampleur. "C'est un exercice inédit, sans précédent" et certainement dans un pays enclavé comme l'Afghanistan, ont souligné les colonels Meeusen et Mollet. "On n'a pas de livre pour préparer un redéploiement", a renchéri le premier.

Avec Belga

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