Ewald Pironet
Ewald Pironet
Ewald Pironet est rédacteur du Knack.
Opinion

09/04/14 à 11:20 - Mise à jour à 11:20

Qui pour mener la fronde contre la N-VA ?

La N-VA est la meilleure propagande pour le PS. Et inversement. Il ne reste plus qu'aux autres partis à jouer des coudes pour se mêler au débat.

Qui pour mener la fronde contre la N-VA ?

© Belga

En physique, il existe un terme pour désigner ce concept : quand deux opposés se renforcent, on appelle cela une "interférence constructive". C'est le cas par exemple quand deux vagues se touchent et augmentent en taille et en puissance. À l'heure actuelle, ce phénomène se produit en politique belge, en vue des élections du 25 mai : la N-VA et le PS sont à l'opposé l'un de l'autre dans pratiquement tous les domaines et ne font que se renforcer mutuellement. Chaque mot exprimé par le PS aujourd'hui accroît la N-VA en Flandre. Et toutes les déclarations de la N-VA stimulent le PS de l'autre côté de la frontière linguistique. Les deux partis renforcent mutuellement leur propagande.

C'était également le premier débat direct entre Bart De Wever, président de la N-VA et bourgmestre de l'Anvers, et son homologue francophone, Paul Magnette, président du PS et bourgmestre de Charleroi. Durant cette confrontation orchestrée par les journaux L'Écho et De Tijd, les deux politiques n'étaient d'accord que sur un point : l'âge de retraite de 65 ans qui ne peut être rehaussée. Une telle hausse n'a pas de sens tant que les personnes de plus de 55 ans continuent à pouvoir partir en préretraite, ce qui est toujours le cas aujourd'hui, même si on l'appelle "chômage avec complément d'entreprise". Récemment, Het Mediahuis, l'éditeur des journaux De Standaard, Het Nieuwsblad, Het Belang van Limburg et Gazet van Antwerpen, a conclu un accord en ce sens impliquant une centaine de personnes.

Pour tout le reste, non seulement Magnette et De Wever ne partagent pas le même avis, ils sont même diamétralement opposés. Le 25 mai, il faudra choisir entre le modèle de société du PS, qui prend la France comme exemple, et celui de la N-VA qui s'inspire de l'Allemagne. C'est du moins la façon dont le plus grand parti de Flandre et le plus grand parti en Belgique francophone présentent les choses. La Belgique comme pays de compromis est derrière nous, la polarisation domine.

Les autres partis doivent jouer des coudes pour se mêler au débat. La semaine passée, une enquête réalisée par Knack a révélé que les démocrates-chrétiens Wilfried Martens et Jean-Luc Dehaene sont les premiers ministres les plus influents depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette semaine, nous avons demandé aux mêmes participants qui était le politique le plus influent depuis les dernières élections fédérales. La lutte s'est avérée très serrée entre Elio Di Rupo (PS) et le leader de l'opposition Bart De Wever. Que le ministre-président Kris Peeters (CD&V) soit troisième et loin derrière ne manquera pas de le blesser et démontre que les chrétiens-démocrates ne comptent pas vraiment dans la discussion est menée aujourd'hui.

Quels bénéfices les partis peuvent-ils tirer de l'interférence constructive entre la N-VA et le PS? Le sp.a de Bruno Tobback peut-il attirer les voix de Flamands en désaccord avec le modèle de société de la N-VA ou le CD&V de Kris Peeters/Koen Geens réussira-t-il cette performance ? Et le MR de Didier Reynders peut-il aspirer les voix anti-PS en Belgique francophone ? Bien entendu, De Wever et Magnette martèlent qu'il est d'une importance capitale que leur parti soit aussi fort que possible, de sorte qu'ils puissent réaliser le mieux possible leur vision de la société. Il est plus important encore de voir qui en Flandre réussira à rassembler les opposants de la N-VA et qui de l'autre côté de la frontière linguistique arrivera à rallier les adversaires du PS. Finalement, ce seront ces partis-là qui décideront de la composition du gouvernement.

Dans le magazine Knack, De Wever qualifie le premier débat avec Magnette de "rumble in the jungle" (bataille dans la jungle), une référence au célèbre match de boxe opposant George Foreman et Mohammed Ali à Kinshasa il y a quarante ans. De Wever ne le dit pas, mais il le sait sans aucun doute : C'est le chalenger qui a gagné. Même s'il est loin d'être sûr que la N-VA sera au pouvoir après le 25 mai quand bien même elle remporterait les élections haut la main. Gagner et perdre quand même, il existe sûrement une expression en physique pour qualifier ce concept. Il ne fait pas de doute que cinq ans d'opposition sont le plus grand cauchemar de Bart De Wever.

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