Qui peut encore arrêter la N-VA ?

24/04/14 à 07:08 - Mise à jour à 07:08

Source: Le Vif

Tout annonce un score canon du parti nationaliste le 25 mai. En se posant comme la seule alternative face au PS, il cannibalise le centre-droit en Flandre. Que font et que peuvent faire les autres partis ?

Qui peut encore arrêter la N-VA ?

© Belga

Tous les sondages sont favorables à la N-VA et son discours à l'adresse de l'opinion publique nordiste est affûté comme une lame d'épée : "Nous sommes la seule alternative au modèle PS." Cap donc sur une majorité de droite en Flandre et, par ricochet au fédéral ?

Pour réaliser son plan de conquête du pays, la N-VA n'a d'autre choix que de réaliser un score canon afin d'éviter une prolongation de l'actuelle tripartie flamande au fédéral. De Wever a fixé le seuil minimum à atteindre : 30 %. "Dès lors, un score de 28 % s'apparenterait psychologiquement à un échec et un score de 32% compterait à hauteur de 40%", analyse Carl Devos, politologue à l'université de Gand. "La N-VA doit être incontournable au parlement flamand si elle veut être assurée de participer au pouvoir, insiste Bart Maddens, politologue à la KUL et ouvertement proche du mouvement flamand. Si ce n'est pas le cas, il y aura une volonté des partis traditionnels de se coaliser contre elle." L'improbable défi ne semble pas impossible si l'on en croit les derniers sondages : compte tenu du score du Vlaams Belang, qui se maintient autour des 10% en Flandre, et de la possible percée du PvdA (équivalent flamand du PTB) qui pourrait franchir le seuil d'éligibilité des 5%, on ne pourrait composer de majorité au nord sans la N-VA. "Dans ce cas, rappelle Bart Maddens, l'aile radicale du parti fera pression pour obtenir des avancées institutionnelles. Pour elle, ce sera maintenant ou jamais !"

"Je ne dirais pas que la N-VA a déjà gagné l'élection, tempère Dave Sinardet, politologue à la VUB. La vraie campagne démarre seulement et il peut se passer énormément de choses en trois semaines. Personne n'est à l'abri d'une erreur ou d'un scandale. Et aujourd'hui, les électeurs sont plus volatils que jamais et ils se décident de plus en plus à la dernière minute." L'un des points faibles de la N-VA, prolonge-t-il, c'est qu'elle pourrait être embarrassée par ses penchants indépendantistes, à peine camouflés par son congrès sur le confédéralisme, tenu en début d'année. "Je doute que la vraie priorité de De Wever soit de faire un gouvernement de centre-droit. Sa vraie nature reste celle d'un parti nationaliste : obtenir des avancées en vue d'une plus grande autonomie de la Flandre. Le premier point de ses statuts reste l'indépendance de la Flandre. Or, seule une minorité en Flandre y est favorable, entre 10 et 20 %."

Kris Peeters, ministre-président flamand CD&V et candidat déclaré à sa propre succession, met, lui, en garde : "Les Flamands ne peuvent pas se permettre de mettre en place un gouvernement qui a d'abord besoin d'un an pour étudier la situation. Cela ruinerait la sixième réforme de l'Etat. Si l'on veut éviter le chaos ou l'incertitude, mieux vaut voter CD&V."

Pendant ce temps, Bart De Wever n'est... candidat à rien. Il a annoncé urbi et orbi que le poste de Premier ministre fédéral ne l'intéressait pas. "Occuper le 16 semble impensable pour un nationaliste comme lui", analyse Carl Devos. Il laisserait donc la ministre-présidence flamande à un(e) fidèle parmi les fidèles. Même la présidence de la N-VA changera de main en mars 2015 : inéligible après trois mandats successifs, De Wever devrait céder la main à son second, Ben Weyts. Lui, il resterait "simple" bourgmestre d'Anvers.

"C'est un handicap pour la N-VA", conclut Dave Sinardet. Aurait-on imaginé Jules César lancer ses troupes à la conquête de nouveaux territoires pour se retirer, immédiatement sous sa tente ?

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine

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