Ivan Van de Cloot
Ivan Van de Cloot
Économiste principal à l'Institut Itinera et professeur exécutif à l'Antwerp Management School
Opinion

19/08/16 à 12:27 - Mise à jour à 12:27

Quel homme politique qui s'engage sur le long terme n'a jamais été récompensé ?

Pour Ivan Van de Cloot d'Itinera, une question taraude régulièrement les électeurs : Est-ce que nos politiques s'inquiètent suffisamment de ce qui nous menace à l'avenir ?

Quel homme politique qui s'engage sur le long terme n'a jamais été récompensé ?

© iStock

Les médias sociaux sont remplis de tweet d'hommes politiques qui dissertent sur les Jeux olympiques ou tentent de lancer une querelle digne d'une cour de récré. Du coup, la question qui taraude parfois les électeurs est de savoir si nos hommes politiques s'occupent encore parfois de ce qui nous menace sur le long terme. Il existe assez d'études qui montrent que très peu de pays y sont suffisamment préparés. On privilégie régulièrement la voie de la facilité en optant pour une politique au jour le jour sans aucune vision pour l'avenir. Et pourquoi le ferait-on puisqu'aucun politique n'a jamais été récompensé pour s'être engagé sur long terme.

Prenons, par exemple, une des tendances les plus faciles à anticiper qu'est le vieillissement de la population. Or nous savons tous que notre pays a du mal à adapter le système de pension à cette évidence. Surtout si on se compare aux autres pays européens. Une autre tendance inscrite dans les astres est l'afflux de plus en plus grand de migrants.

L'explosion démographique dans les parties pauvres du monde, le fait que l'on sait que c'est mieux ailleurs et le fait que de plus en plus de gens savent se payer le voyage. Tout cela fait qu'on doit s'attendre à devoir accueillir plus de migrants.

La politique de l'autruche

Il est essentiel pour le cas de l'immigration que l'on sorte du cas particulier pour voir qu'il s'agit là d'un phénomène de masse. Dans ce cas bien précis, l'aveuglement et la politique de l'autruche sont encore renforcés par la tentation du politiquement correct.

On ne peut pas en dire autant sur l'exploitation de notre planète où il n'y a pas la moindre vision pour une politique de l'eau, l'énergie ou encore l'alimentation. Et que dire sur le lien entre avancées technologique et, par exemple, la vie privée ? Tous ces discours pompeux que l'on entend au quotidien rejettent au second plan les sujets pour lesquels nous aurions vraiment besoin de leaders.

Gérer des risques que nous ne pouvons pas tout à fait prévoir

Il est crucial que nous apprenions des pays qui parviennent mieux que nous à réfléchir de manière stratégique et qui ont des plans élaborés sur des décennies. En investissant sur des actifs qui rapportent sur le long terme et qui concernent l'énergie, les transports, la télécommunication ou d'autres importantes infrastructures. L'enjeu est aussi d'anticiper des risques que nous ne pouvons pas tout à fait prévoir. Il est vital d'inciter les décideurs du monde politique et des institutions à ne pas perdre de vue le futur.

Fondamentalement, le problème est qu'un groupe qui a des intérêts spécifiques arrive souvent à mieux s'organiser sur le plan politique et à en disperser les coûts sur l'ensemble de la population. Le paradoxe entre intérêts spécifiques et généraux est encore plus difficile à saisir si l'addition ne vient que plus tard. Les plus grands défis ont donc une composante intergénérationnelle.

Une commission parlementaire pour le futur, comme c'est le cas en Finlande, pourrait être un remède au fait que le parlement n'est plus un élément central de notre démocratie. Que son rôle de contrôle et de contrepoids n'est plus tout à fait d'actualité. Que la particratie y règne en maître en se basant sur une majorité docile. Que le parlement n'est plus qu'une machine à voter qui recevrait les instructions d'ailleurs.

Les chercheurs ont aussi mis en avant le lien très fort qui existe entre la croissance économique et une "juridification" de la société. Un lien négatif. Car les juristes ont du mal à évaluer les effets économiques de leur travail, mais aussi à distinguer l'essentiel de l'accessoire.

Saboter le progrès

De Soto (2000) dit que les juristes sont bien plus à même de saboter le progrès que les terroristes, parce qu'ils savent comment utiliser la loi. Nous ne le formulerons pas de façon aussi brutale, mais il est important de mettre au jour l'influence implicite du juridique. De veiller à le cantonner dans son rôle de base qui est d'aider un cadre à notre société et non pas d'être un but en soi.

Néanmoins, ce serait bien trop se regarder le nombril que de dire qu'il n'y a que dans notre pays que l'on n'arrive pas à avoir de vision sur le long terme. Il suffit de jeter un oeil vers les États-Unis pour se rendre compte qu'ils ont échoué dans leurs politiques sur l'enseignement, les armes ou encore la santé.

C'est aussi aux politiques qui souhaitent être réélus (mais aussi aux fonctionnaires ambitieux) d'être forts et de ne pas succomber au court terme. Innover en matière d'intendance, de planification ou encore de système électoral sont quelques pistes.

Il est aussi crucial de travailler à la fois sur la motivation des différents acteurs et sur leur capacité à embrasser un horizon plus large. Car une bonne gestion requiert davantage qu'une belle rhétorique.

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