Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

12/01/13 à 11:53 - Mise à jour à 11:53

Quel épilogue belge?

Quelle vision précise le PS a-t-il du futur belge, lui qui est au pouvoir depuis un quart de siècle?

Deux Régions bien cloisonnées et une solution à trouver pour Bruxelles (© N-VA). Quatre Régions et des liens d'interdépendance entre elles (© Ecolo). Une nation wallo-bruxelloise (© Paul Magnette). Trois Régions et l'application de la réforme de l'Etat dessinée fin 2011 et ayant donné naissance au gouvernement Di Rupo (© PS, SP.A, CD&V, CDH, MR et Open-VLD). L'année à peine ouverte, c'est l'avenir à long terme de l'architecture institutionnelle de la Belgique qui occupe tout l'espace médiatico-politique. Avec, en amont des différents scénarios, des empoignades autour de termes utilisés : "populisme", "confédéralisme", "nation"...

On peut estimer que voilà beaucoup de vent brassé, alors que les priorités sont ailleurs (économie, social, emploi). On peut considérer qu'on s'émeut pour bien peu de choses : la N-VA répète depuis des mois qu'elle vise le confédéralisme puisque la Flandre elle-même n'est pas encore mûre pour épouser l'idée de séparatisme pur et simple. On doit surtout comprendre que rien n'est inévitable, ni bétonné. Et que, donc, dans l'optique des législatives de 2014, et tant que tout indiquera une victoire large de la N-VA, les formules de nouvelle réforme vont pulluler.

Il y a de quoi s'étonner, pourtant. Voire s'irriter : sur une question aussi sensible que l'avenir du pays, quelle cacophonie, au PS ! Charles Picqué appelle régulièrement "au plan B" (soit une solution francophone à la scission flamande), Paul Magnette prône les noces bruxello-wallonnes, Jean-Claude Marcourt plaide pour une Wallonie qui prend son sort en main, Rudy Demotte joue son rôle de patron de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Maurice Dehousse accuse Magnette d'être plus dangereux que Bart De Wever, d'autres se calquent sur la réforme en cours... Quelle vision précise le premier parti francophone a-t-il du futur belge ? Lui qui est au gouvernement fédéral depuis 25 ans (mai 1988) sans discontinuer ! La réponse, à la lumière de ses zig-zags pré et post-électoraux depuis un quart de siècle et de ses sorties médiatiques en ordre dispersé depuis l'émergence de la N-VA, semble évidente : il n'a aucune vision claire, cohérente et partagée par le plus grand nombre de ses membres, du moins de ses têtes de pont.

Ce qui pose problème, évidemment. Puisque, sauf surprise majeure, le succès de la N-VA, en juin 2014, ne fait aucun doute, l'enjeu réel étant l'ampleur de ce succès. C'est d'elle que dépendra l'étendue des revendications du parti de Bart De Wever. Ou plutôt des contraintes qu'elle imposera à ses interlocuteurs/adversaires francophones, dont le PS ne devrait pas encore être le plus faible. Et qu'on le veuille ou non, une fois bouclée cette réforme-ci de l'Etat, une nouvelle interviendra, réclamée par le nord du pays. Une nouvelle qui passera par moins de pouvoir à l'Etat et au roi, donc plus de compétences aux Régions. Le nom qu'on donnera à ce modèle importe peu. Le fait est qu'elle sera une étape supplémentaire sur la route qui mène à l'objectif quasiment unique du premier parti de Flandre : la fin de la Belgique.

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