Quatre enseignements de l'arrestation de Salah Abdeslam

18/03/16 à 18:41 - Mise à jour à 18:59

Source: Le Vif

Le dernier auteur en vie des attentats de Paris n'avait donc pas quitté son terreau de la région bruxelloise, bénéficiant des complicités de l'entourage qui avait déjà coordonné l'attaque du 13 novembre. Son témoignage sera capital. Les forces de police belges signent un grand succès.

Quatre enseignements de l'arrestation de Salah Abdeslam

La police bloque la rue des Quatre-vents à Molenbeek. © BELGA/Jan Nagels

L'arrestation de Salah Abdeslam et d'un ou deux complices à Molenbeek est un tournant crucial dans l'enquête sur les attentats de Paris du 13 novembre dernier (129 morts). Quels sont les enseignements que l'on peut en tirer?

1. Le principal acteur en vie des attentats de Paris a réussi à échapper pendant quatre mois aux forces de police lancées à ses trousses en restant confiné dans la région bruxelloise, vraisemblablement dans des planques à Schaerbeek, à Forest et à Molenbeek. L'habitation du 79 de la rue molenbeekoise des Quatre-Vents où il a été finalement intercepté serait celle de la mère d'un de ses proches. Bref, Salah Abdeslam a préféré se cacher dans son milieu de vie habituel plutôt que de risquer une fuite à l'étranger, sans doute parce qu'il savait y trouver les dispositifs matériels lui permettant d'échapper à la police. Un certain temps en tout cas.

2. Salah Abdeslam a bénéficié à l'occasion de cette captivité du soutien de comparses directement ou indirectement liés aux attentats de Paris. Vendredi, on a ainsi appris que Mohamed Belkaïd, tué lors de la fusillade de la rue du Dries à Forest, n'était autre que le "Samir Bouzid" cité dans l'enquête sur les attentats de Paris comme coordinateur de l'opération. Muni d'un faux passeport, il avait été contrôlé jadis à la frontière austro-hongroise en compagnie de Salah Abdeslam. Et c'est lui (avec un autre individu connu comme Soufiane Kayal selon, sans doute, une fausse identité également) qui aurait été en contact avec les terroristes de Paris le soir du 13 novembre. Qu'il ait été protégé par ses pairs semble en outre démontrer que Salah Abdeslam n'a pas été "lâché" par le commando terroriste et par l'Etat islamique comme son comportement présumé le soir des attentats (l'abandon d'une ceinture d'explosifs en banlieue de Paris) aurait pu le laisser penser.

3. Capturé vivant, Salah Abdeslam pourra être interrogé sur les circonstances de cet attentat particulièrement meurtrier : son modus operandi, ses commanditaires, les complicités dont ses auteurs ont bénéficié, les méthodes utilisées par l'Etat islamique pour projeter ses terroristes en Europe, le parcours suivi par un Abdelhamid Abaoud pour revenir de Syrie en chef de commando terroriste... Un procès devrait donc permettre de révéler au grand jour ces agissements (sans doute en France où Salah Abdeslam devrait être extradé) et apporter des éléments d'explication bien utiles aux familles des victimes pour les aider à faire leur deuil.

4. L'arrestation de l'ennemi public n°1 en Europe est un succès d'autant plus retentissant pour les forces de l'ordre belges qu'il a permis de neutraliser Salah Abdeslam vivant et qu'il n'a pas fait de blessés, au moment d'écrire ces lignes, dans les rangs policiers. Cette arrestation consacre aussi un satisfecit pour la coopération antiterroriste entre la Belgique et la France. On sait que des policiers français avaient participé à l'opération de Forest. Et nul doute que le partenariat franco-belge a contribué à l'issue connue vendredi de façon plus efficace que par le passé.

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